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27/10/2012

Adrien Joveneau : au taquet !

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Beau Vélo de Ravel, Burundi, Adrien JoveneauCela fait 25 ans qu’Adrien Joveneau court le monde pour la RTBF, jamais blasé, toujours sur le grand braquet.

Christophe Blaivie


MOTEURS. L’ACTION se déroule à la sortie de Bururi – Sud du Burundi (*) : Adrien Joveneau s’installe à l’arrière du pick-up, dans un fatras de bagages. Au programme, une bonne centaine de kilomètres de liaison avec un mauvais tronçon sur une piste aussi ocre que défoncée. Un plumitif – que l’on soupçonne douillet – s’inquiète de la situation : “Adrien pourrait venir dans la cabine, il y a encore une place sur la banquette avant.” Bernard Blave, ingénieur du son depuis 26 ans, tue dans l’œuf l’élan de solidarité toute confraternelle : “T’inquiète, Adrien, il aime prendre la poussière.”
 
Voilà qui est dit. Entre l’animateur et le technicien de “Vivacité”, des dizaines de reportages à travers le monde dans des conditions pas toujours évidentes. “Avec Adrien, nous sommes l’eau et le feu, nous confiera Bernard dans l’avion du retour. Adrien, il a 42 idées par minute, je lui suggère d’en laisser tomber vingt. Il faut le freiner.” L’animateur est toujours au taquet, tout juste s’accorde-t-il une bière bien fraîche (ce qui relève de la gageure au Burundi) mais uniquement le soir. Ouf !
 
Le reste du temps, il semble animé d’un foisonnement tout intérieur. Et ce, dès potron-minet : “Je suis des ‘Petits matins’, j’ai pris l’habitude de me lever tôt, 5h30, 6h maxi.” Cela lui permet d’anticiper. “Samedi, à Gitega – deuxième ville du Burundi, NdlR –, j’ai enfourché un vélo pour trouver un hôtel disposant du Wi-Fi. Je consulte mes mails, j’écoute les actualités sur la RTBF entre 6 et 7. Je prends le pouls de la société pour savoir dans quel contexte je vais intervenir.”
 
A 7 heures, il s’accorde un petit-déjeuner – de travail – avec l’équipe, Bernard mais aussi Manu et François, cadreurs pour le compte d’IPEP, une boîte de production qui fournit des magazines “clés sur porte” à la RTBF. “On cale les différents plateaux que l’on va enregistrer. On se comprend très vite.”
 
Pour travailler avec Adrien Joveneau, il ne faut pas compter ses heures et il faut faire preuve de souplesse. “Cela fait 17 ou 18 ans que je n’ai plus la notion des lundis. C’est un choix de vie. Cela pèse parfois sur l’entourage. Le jour où j’en aurai marre, je ferai autre chose”, conclut Bernard Blave sans se départir de son flegme.
 
Mais, ce samedi, les “Ravélistes” sont déjà sur la ligne de départ de la troisième étape entre Gitega et Ruyigi, 67 kilomètres accidentés sous le cagnard. Plateau radio et télé s’enchaînent, Adrien pédale mais pas tant qu’on pourrait le croire, finalement.
 
Les impératifs sont ailleurs : un direct sur “Vivacité” à 13h30 et un autre, également sur cette fréquence, dans le cadre de l’émission “Grandeur nature” de 15 à 17 heures : “Là, c’est retour à l’hôtel, on réécoute les reportages de la veille, on les monte, on y ajoute du son d’ambiance… Une fois que les huit sujets de trois minutes sont ‘dans la boîte’, nous ouvrons la valise satellite et nous expédions le tout vers Mons. Aurélie Hougardy, notre assistante, est à la réception.”
 
Ce jour-là, le timing était serré et, dans la foulée, les duettistes “mettent en boîte” des sujets pour l’émission “Les Belges du Bout du Monde au Burundi”, programmée sur “La Première” le lendemain matin. C’est une autre assistante, Yasmina Moudou, qui se chargera de la réception à Bruxelles.
Tout juste le temps d’avaler une petite bricole à la “boulangerie” du coin et il est déjà temps pour l’équipe de rattraper les cyclistes à Ruyigi. “Nous avions une séquence à tourner avec le groupe ‘Peace & Love’, à 18h30 nous étions bons.”
 
Petite douche réparatrice, repas du soir partagé avec tous les participants, une petite bière (fraîche, donc) et un dernier tour avec le micro. “Là, c’est plus relax, on n’est plus dans une course contre-la-montre.” A 22 heures, Adrien Joveneau lâche la pression : “Direction la chambre, la lampe frontale, un bouquin et après deux pages, je dors comme un bébé.”
 
 
Difficile de ne pas croire ce diplômé en Communication (Ihecs) qui a connu la période enivrante des radios libres au tournant des années 80 : “On payait pour faire des émissions, je me disais que l’inverse serait mieux.” Fraîchement émoulu, Adrien a envoyé ses cassettes un peu partout avant de rentrer en tant que CST (Cadre Spécial Temporaire) dans une petite radio. “En 1983, suite à une rupture sentimentale, je suis parti faire le G.O. en Grèce pendant six mois. Jouer au volley avec un chef d’entreprise, parler en public, mine de rien, cette expérience m’a donné l’assurance qui me faisait défaut à l’époque.”
 
Son premier vrai job, ce fut à la RTBF. “Au début, on me mettait à toutes les sauces : musique classique, jazz, etc. Quand on est disponible, cela finit toujours par payer et on m’a proposé un ‘prime time’ radio de 6 à 9h à Namur, dans une émission qui s’appelait ‘Nationale 4 matin’, c’était avant la construction de l’E411...”
 
Puis, c’est la révélation : “On m’a vite proposé d’être en direct de quelque part, le jeudi. Pompiers, bureau de poste, boulangerie…, j’allais à la rencontre de ceux qui se lèvent tôt. J’ai toujours aimé ce concept d’émission qui bouge à l’instar de ‘La Chasse aux Trésors’ avec Philippe de Dieuleveult. En direct à bord d’un camion poubelle, j’étais tout fou. Puis, la RTT (ancêtre de Belgacom pour les plus jeunes, NdlR) qui nous offrait la ligne, a suggéré que l’émission se fasse chez eux. Je me suis donc retrouvé à Lessive où il n’y avait rien à part le téléphone gratuit. J’ai proposé aux auditeurs : ‘Appelez-moi, j’appellerai pour vous au bout du monde, c’est gratuit.’ Nous avons été débordés d’appels et c’est sur cette base qu’est né, en 1987, ‘Les Belges du Bout du Monde’.”
 
Adrien Joveneau a la bougeotte inscrite dans ses gènes : “Mon père était militaire, nous allions de garnison en garnison en Allemagne avant qu’il ne soit muté en Crète.” Ceci explique peut-être cela en effet.
 
Si les produits estampillés “Joveneau” – l’animateur est également producteur – ne datent pas d’hier, ce “désir d’ailleurs” épouse plus que jamais l’air du temps : “C’est vrai qu’il y a eu un regain d’intérêt pour l’émission ces dernières années. C’est la crise, les carrières ne sont plus linéaires, pourquoi ne pas tenter sa chance à l’étranger ? Internet, le billet d’avion qui est moins cher…, tout cela contribue à mettre le rêve à portée de mains.”
 
C’est dire si l’animateur n’est pas près de remiser son bermuda de cycliste : “Tant que je prendrai du plaisir à pédaler avec un émetteur sur le dos, je continuerai. Je vis un rêve éveillé. Mes journées sont longues, certes, mais le jeu en vaut la chandelle.”
 
De longues journées et des impondérables à gérer dans des contrées où le sens des priorités n’est pas toujours compatible avec un direct radio : “Un invité qui ne sait pas honorer un rendez-vous, d’instinct, je sens le plan B et là, il faut tracer. Il faut préparer mais pas trop. L’auditeur sent que l’on évolue sur le fil du rasoir et je pense qu’il aime ça.”
 
Roi de la rustine mais pas que : “A la RTBF, on me surnomme ‘Ikea’ pour ma capacité à meubler.”
S’il a parcouru le monde, Adrien Joveneau peut aussi se targuer d’avoir mis en lumière les voies lentes de la Communauté française avec “Le Beau Vélo de Ravel”, émission qui date déjà de 1999 : “Modestement, je crois avoir contribué à remettre la Belgique en selle.”
 
En selle au Burundi avec Adrien Joveneau dans le cadre du Ravel du Bout du Monde, c’est ce dimanche 28 octobre à 22h30 sur La une.
 
 
Ph.: Ch. Blaivie
 

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