Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

27/10/2012

Burundi, brutale beauté

La Libre, Momento, Escapade, Burundi, Vélo, ravel du bout du mondeLes Ravélistes du Bout du Monde ont avalé plus de 400 bornes et pas mal de poussière au Burundi. Au final, une expérience gravée à jamais dans les mémoires.

En selle (parfois): Christophe Blaivie


LE GRAND BARNUM ! A défaut d’être bénie des dieux, la dixième édition du Ravel du Bout du Monde sera inaugurée par le président de la République, Pierre Nkurunziza, élu démocratiquement en 2005 et réélu en 2010.

Les Ravélistes sont surpris et honorés mais, en attendant, ils cuisent sous le cagnard de Bujumbura – “Buja” pour les initiés. Tout le monde patiente : les personnalités (Mme la Ministre du Tourisme; son excellence M. l’ambassadeur de Belgique, Marc Gedopt, fraîchement émoulu, etc.); la vedette : Axelle Red, ambassadrice bénévole de l’Unicef, qui cache mal son impatience derrière ses lunettes de soleil.

Les tambourinaires (voir photo) sont de la partie et les bambins de l’école belge sont sagement assis en tailleur à l’ombre. On attend, alors on taille une bavette avec le chef d’établissement, Benoît Lenoble, originaire du Namurois : “Au départ, l’école a été conçue pour les coopérants. Au jour d’aujourd’hui, nous ne recensons plus que 20 % d’élèves belges. Les 80 autres pour-cent proviennent de toutes les nationalités. La sécurité retrouvée, la classe moyenne qui se développe, nous sommes passés de 300 enfants il y a deux ans à 500 actuellement.”

Si l’enseignement public est gratuit, ses moyens sont dérisoires. Les enseignants sont sous-payés et il y a parfois 80 élèves par classe. Dans les campagnes, nous croiserons des écoliers bien moins reluisants que ceux de l’école belge, qui fonctionne sur base du minerval. Dans les campagnes, les cahiers des enfants – quand ils en ont – sont de vieux modèles : papier gris et tables de multiplication sur le quatrième de couverture. Ceux qui ont fait leurs primaires dans les années 70 savent de quoi il retourne.

Un gros 4x4 déboule au coin d’une rue en cours d’asphaltage (quand même pas pour le passage du Ravel, si ?), les tambourinaires font résonner les peaux. Fausse alerte, il y en aura d’autres.

Le Président arrive enfin. Son vélo de course est d’abord extirpé du véhicule. Les chasseurs d’images sont écartés. Les sbires du Président sont armés jusqu’aux dents et il fait trop chaud pour faire du zèle.

Adrien Joveneau joue les bons offices entre Axelle Red, visiblement gênée aux entournures de devoir prendre la pause au milieu d’hommes en armes et d’un chef d’Etat qui ne fut pas un enfant de chœur quand il était chef dans la rébellion.

Après bien des palabres, le ruban est – enfin – coupé, le Ravel peut s’élancer sur les routes du Burundi. Le Président – un grand amateur de sports – enroule le grand braquet et met les participants dans le rouge, au propre comme au figuré, avant de s’arrêter au bout de 15 bornes. Les autres avaient encore une longue route qui les attendait.

Délivrés du protocole, les cyclistes jouissent enfin du pays, même si c’est en côte et vent de face. Ils ont de l’entraînement mais les fatigues du voyage et le choc thermique ont parfois raison de leur enthousiasme. Le camion balai se remplit doucement. Ils échangent leurs premières impressions sur le Burundi, leurs premiers maux, le tout dans une ambiance de “colo”.

Les 15 gagnants du “Beau Vélo de Ravel” ne le savent pas encore mais ils vont en baver au gré des sept étapes concoctées par le solide Francis Hubin, coordinateur du voyage. Bitume ardent, pistes piégeuses, côtes interminables… Au terme de leur périple, les courbatures et les images se rappelleront à leurs – bons – souvenirs, nourries d’échanges harmonieux, que ce soit avec les cyclistes burundais, toujours prêts à porter main-forte (aux dames mais pas seulement), ou avec une population accueillante malgré son dénuement.

Des Ravélistes qui s’impliqueront dans leur aventure avec leur personnalité propre. Gris sous le harnais et voix de stentor, Bruno-le-Verviétois gratifie ses entrées de village de sonores “Bonjour les amis” qui dérident participants et locaux, ces derniers amusés de voir autant de “Muzungus” (blancs, NdlR) pédalant “pour rien” alors que le vélo est pour eux un instrument de travail. Du moins pour ceux qui ont la chance d’en posséder un.

Fabrice est l’athlète de la bande. Muscles saillants, il est vite surnommé “Van Damme” (pas José, hein) par les cyclistes burundais. Triathlète, Pascal est toujours de bon conseil pour un réglage optimal du vélo. Christophe a vécu ses sept premières années à “Buja” et c’est avec émotion que le “cagnoteur” de la bande était de retour. Idem pour Marie, qui a retrouvé la maison – et surtout la piscine – de sa prime jeunesse. Francine, la métronome; la coquette Véronique; le “sage” Luc, etc. Un casting d’enfer !

Lucie (22 ans), de Merbes-Sainte-Marie (région de Binche) a beau être la benjamine du peloton, elle mâche moins ses mots que la carbonade servie à tous les repas. Déjà sensibilisée aux causes humanitaires via sa famille, elle a pu se confronter au terrain : “Le vélo est idéal pour découvrir un pays, cela me donne l’envie de faire d’autres voyages. La solidarité était bien présente dans le groupe mais aussi avec les cyclistes burundais grâce à qui nous avons pu entrer en contact avec la population. Les relations sont très différentes selon que l’on soit en ville où les enfants mendient et à la campagne où ils ne demandent rien. Ils n’ont rien mais affichent une joie de vivre. Dans un village, je me suis approchée d’une maman et de son bébé qui avait l’oreille purulente, j’ai mesuré combien nous avions de la chance d’avoir un système de sécurité sociale aussi performant. Par ce voyage, j’attendais d’être confrontée à la réalité. Je ne suis pas déçue. Je suis chanceuse, je le sais.”

Jean-Christophe, bouillonnant Bouillonnais de 44 ans, était tout aussi enchanté : “Les Burundais sont chaleureux, accueillants et paisibles. Mon attente a été comblée, tant par le pays que par le groupe au sein duquel nous partagions les mêmes envies sportives et une pareille soif de découvertes. Le seul petit bémol viendrait des forces de l’ordre, trop présentes pour nous encadrer. Nous avons sans doute perdu en spontanéité vis-à-vis de la population.”

Des berges du lac Tanganyica au parc de la Ruvubu jusqu’à l’arrivée en grande pompe au stade de Bujumbura, les Ravélistes garderont longtemps le souvenir ému d’un périple au sein d’un pays qui offre le peu qu’il a. Et c’est beaucoup.

Retrouvez cette aventure sur la Une, ce dimanche 28 octobre à 22h30.


Quid du tourisme?

“Malgré une stabilisation générale de la situation sécuritaire après de longues années de guerre civile, des actes de violence ponctuels impliquant des individus lourdement armés se produisent encore régulièrement dans certaines régions du Burundi.” Voici texto ce qu’on peut lire sur le site des Affaires étrangères. A vrai dire, si le Burundi vaut indéniablement le coup d’œil par sa nature et sa population lambda super accueillante, notre vision a pu être biaisée (lire l’intervention de Jean-Christophe ci-contre) par une dizaine de policiers armés jusqu’aux dents (Kalachnikov et même une mitrailleuse sur pied) qui nous ont accompagnés tout au long de notre périple. Sans compter l’appui des autorités locales quand nous nous sommes retrouvés entourés de milliers de personnes, notamment à Ngozi – comparable à une arrivée du Tour de France.
Bref, en une semaine au Burundi, aucun incident, RAS, et des potentialités à développer. Le lac Tanganyica, les parcs, les vallées verdoyantes, etc. En dehors des villes principales, difficile de trouver un service hôtelier comparable à nos standards. Mais est-ce le but ? Trekking, VTT, le Burundi peut se découvrir, sans doute en veillant à respecter certaines règles de sécurité. Ne pas sortir tard le soir ni exposer certains signes de richesse (GSM, liasse d’argent liquide…). Le Burundi est l’un des pays les plus pauvres du monde.

Ph.: Thierry Gridlet

Les commentaires sont fermés.