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27/10/2012

Et les Anglais prirent Waterloo (again)

la libre,momento,24h avec,ryan o'reillyLe public belge ne le connaît pas encore, mais cela ne saurait tarder. Ryan O’Reilly est jeune – 26 ans –
et talentueux. Il écrit ses propres chansons – paroles et musique. Et a une façon bien à lui de tracer sa route, d’avancer pas à pas, en toute simplicité et avec beaucoup de bon sens, vers le succès. Qu’on lui sait assuré.

Reportage: Frédérique Masquelier
reportage photo: Jean-Christophe Guillaume


BRUXELLES, GARE DU MIDI. UN ENTASSEment d’enceintes et autres amplis, guitares et percussions dans leurs étuis de voyage, sacs remplis de fils électriques et objets non identifiés jonche le sol de l’entrée Horta. Tandis que, veillant sur leur précieux matériel, quatre garçons (bientôt) dans le vent attendent, l’air préoccupé.
 
Ryan O’Reilly semble moins détendu qu’en septembre, lors de son dernier passage en Belgique. Il faut dire qu’il vient de descendre du train en provenance de Paris, où il jouait la veille, alors qu’il était supposé arriver jusqu’à nous en mini-van. “Nous sommes tombés en panne aux environs d’Arras, en France, 45 minutes à peine après avoir traversé la Manche, explique-t-il. Avant même le premier concert de notre tournée européenne ! Nous voyageons donc en train en attendant que le van soit réparé, mais cela nous retarde et augmente considérablement nos frais.” D’autant que le programme de cette tournée de promotion de leur dernier album, “The Blighted Apple”, s’annonce chargé. “Nous jouons à Waterloo ce soir (le 4 octobre dernier, NdlR), puis on prend le chemin de l’Allemagne, avec des concerts prévus dans des villes différentes tous les soirs : Cologne, Hambourg, Berlin, Kiel, Munich, Leipzig…” Le tout en visitant aussi la Suisse (Altdorf), l’Autriche (Wattens), la Norvège (Oslo), la Suède (Borlänge et Göteborg), le Danemark (Copenhague) et les Pays-Bas (Nimègue). Soit un mois sur les routes, du 3 au 29 octobre inclus.
 
C’est notre quatrième visite à la Belgique, compte Ryan. La première remonte à janvier 2011, lors de notre toute première tournée européenne. Bruxelles était n° 1 sur notre itinéraire. Puis nous avons participé à la première édition du Soundgé Festival (à l’abbaye de Brogne, Saint-Gérard, NdlR), en septembre 2011. Et nous sommes revenus pour la seconde, le 1er septembre dernier.
 
Toutefois, certains membres du groupe foulent le sol belge pour la première fois. Car, si celui-ci se fait appeler “The Ryan O’Reilly Band”, c’est aussi parce que le chanteur – qui joue également de la guitare et de l’harmonica – en est le seul pilier inamovible. “A u fur et à mesure des années, les membres du groupe vont et viennent. Et puis, tous ne sont pas nécessairement disp onibles pour partir un mois en tournée. La plupart ont d’autres groupes sur le côté, voire un petit boulot.” Ainsi, pour traverser à nouveau l’Europe de part en part, Ryan s’est entouré de David Granshaw, aux percussions – son éternel “band mate”, à ses côtés depuis 2008 –, mais aussi de Redvers Bailey, aux chœurs et à la basse – “un ami de toujours, qui nous a rejoints depuis trois semaines” – et, enfin, de David Klinke, à la guitare électrique – “rencontré il y a tout juste une semaine, par l’intermédiaire d’un ancien membre du groupe”.
 
la libre,momento,24h avec,ryan o'reillyLes présentations faites, les quatre musiciens décident de mettre à profit les quelques heures qui les séparent de leur concert en terres waterlootoises. Et prennent, d’emblée, le chemin de la gare de Bruxelles-Centrale. “La première fois que nous sommes venus en Belgique, nous avions déjà joué sur le parvis de la gare, se souvient Ryan. C’est un bon spot pour vendre des disques.” Or, en matière de “street performing”, les Anglais connaissent la chanson. C’est d’ailleurs en jouant dans les rues de Londres, les jours de marché, à Portobello Road, Camden ou Covent Garden, qu’ils se sont fait un nom. “Nous avons eu l’idée de nous produire en rue en 2009, raconte Ryan. Nous venions d’enregistrer notre premier CD, ‘Live at the Half Moon’, mais nous ne savions pas comment le faire connaître auprès du public.” “Et ce, intervient David Granshaw, sans se faire happer par l’engrenage de l’industrie londonienne de la musique, complètement biaisée. Nombreux sont les groupes qui sont signés sur un label avant même d’avoir écrit une seule chanson ! C’est n’importe quoi !
 
Les voilà donc sur une scène de pavés, à la merci du bon vouloir d’un public de badauds, un étui à guitare rempli d’albums à écouler.Nous avons appris énormément, souligne Ryan. En rue, l es gens s’attendent à ce qu’il se passe quelque chose. Si notre show ne leur plaît pas, ils passent leur chemin.Du coup, le groupe teste et améliore ses prestations, comme ses chansons. “Nous avons remarqué, par exemple, que ‘There for you’fait s’arrêter les gens. Et que ‘November’est un titre vendeur de disques.Très vite, le succès est au rendez-vous.Chaque semaine, en jouant quatre heures le samedi matin, nous vendions quelque 250 exemplaires et récoltions entre 1 200 et 2 000 £, en comptant les donations.Un pactole dont un cinquième est soigneusement mis de côté, en vue de l’enregistrement d’un CD… En studio cette fois.
 
Ce qui ne tarde pas à arriver. Leur premier EP, “Emily”, est compilé à Brixton quelques mois plus tard, en 2010. Fort de ces deux opus et de sa renommée grandissante, le groupe décide, en septembre 2010, de préparer une première tournée. Ne sachant très bien comment s’y prendre, Ryan décide de faire appel directement à… ses fans. Ou, faudrait-il préciser, ses “followers”.Via les réseaux sociaux – YouTube, Myspace et, surtout, Twitter et Facebook – nous sommes entrés en contact avec eux, et leur avons demandé de nous conseiller des endroits sympas où se produire en live, des cafés et des bars qu’ils connaissent et fréquentent.Non seulement son appel est entendu, mais le retour des fans dépasse toutes ses attentes.Très vite, notre tournée a pris forme : nous savions où aller, nous avions des personnes de référence sur place, nous étions guidés dans la ville et même accueillis à loger !
 
En théorie, du moins. Sur le terrain, l’expérience se révèle tenir tout autant de l’aventure que, parfois, de l’expédition ou même de l’improvisation la plus totale. Chez nous, le groupe est escorté et pris en charge par Clio Boreux (26 ans). Qui, contrairement à la plupart de leurs contacts, ne les avait jamais vus jouer – à Portobello Road ou ailleurs – avant leur arrivée.Un de mes amis anglais m’a fait écouter leur CD, commente-t-elle. J’ai tout de suite accroché. Et, après avoir ‘liké’leur page Facebook, j’ai vu l’appel de Ryan et y ai répondu, en proposant d’organiser leur concert et leur séjour ici.Ce dernier confiera ensuite que ce premier show belge – leur baptême du feu, en quelque sorte, puisqu’il ouvrait la tournée – était le plus abouti.C’est vrai que j’ai de l’expérience dans l’organisation de concerts, admet l’intéressée. J’ai travaillé bénévolement pour le festival Esperanzah ! et organisé deux années de suite le festival Universatil.D’autres reçoivent les Anglais plus simplement. “A Hambourg, par exemple, ils ont joué dans le salon de leur hôte, qui avait réuni pour l’occasion une cinquantaine de ses amis !
 
la libre,momento,24h avec,ryan o'reillyIl n’empêche, chaque rencontre forge la renommée du groupe, qui gagne, par ailleurs, en assurance.Partir en tournée n’a pas été une décision facile à prendre pour eux, confie encore Clio. Ils ont longtemps hésité à placer toute leur confiance dans leurs fans. S’en remettre totalement à eux et se retrouver, dans un sens, en position de vulnérabilité.Mais une fois le pas franchi, le bilan est plus que positif. “Ils ont développé des réseaux un peu partout en Europe, poursuit-elle. En multipliant les rencontres et, avec elles, les opportunités. Par exemple, lors de leur premier show en Belgique, ils ont rencontré l’organisatrice du Soundgé Festival, Pauline Willot, qui les a programmés sur scène deux années de suite.
 
Il faut leur reconnaître que cette façon de procéder peu commune, voire plus qu’originale, fait ses preuves. C’est une petite révolution musicale. Nous coupons court aux agents et autres intermédiaires entre le public et les musiciens”, analyse Ryan. En guise de rémunération, outre le cachet de l’établissement, le groupe fait passer un chapeau à la fin de sa prestation. Mais, le succès aidant, The Ryan O’Reilly Band remplit à présent des salles de concert, avec prévente de tickets “online” à la clé.En août dernier, nous avons donné notre premier concert ‘officiel’, dans une ancienne église londonienne, la St Pancras Old Church.Une réussite, puisque la représentation se révèle rapidement “sold out”, au point de devoir ajouter une seconde date le lendemain. Et le groupe ne s’arrête pas en si bon chemin, puisque deux autres dates, “sold out” elles aussi, sont prévues lors de leur passage outre-Rhin, à Hambourg.Si Londres est sans conteste notre premier public, l’Allemagne et l’Italie se révèlent être très réceptives à notre musique, remarque Ryan. C’est pourquoi nous y inscrivons toujours un maximum de dates.A quand la Belgique… ?
 
Cela étant, le choix de la St Pancras Old Church pour cette première scène en bonne et due forme n’est pas anodin. “Jouer dans une ancienne église sort de l’ordinaire, c’est sûr, acquiesce Ryan. Il nous fallait marquer le coup et répondre aux attentes de notre public, qui veut nous voir jouer de manière inhabituelle.” Inhabituelle, c’est certain. Naturelle, également. En tout cas, c’est en ces termes – “organic” – que Ryan conçoit et interprète la progression de son groupe. “Chaque étape succède à la précédente de façon naturelle et intuitive. Depuis les concerts en rue, où l’on crée et partage un moment unique à partir de rien, en passant par les tournées, où l’on vit au rythme de notre public en s’immisçant dans leur vie, 24 heures durant, jusqu’à ces premiers concerts, organisés avec des moyens simples voire, dans le cas de Hambourg, carrément par nos fans.” Sans oublier la composition du groupe : des musiciens hypercalés bien sûr, mais des amis avant tout.
 
la libre,momento,24h avec,ryan o'reillyDe retour à Bruxelles. Après en avoir arpenté l’hypercentre de long en large, de la Grand-Place au Mont des Arts, l’heure est venue de prendre la route de Waterloo. The Ryan O’Reilly Band est, en effet, programmé au bar à vin “In Vino Veritas”, à 21h30. Et le patron, Daniel Spiegel, compte sur eux pour chauffer la salle, avant de laisser place à une “jam session”, comme chaque jeudi. “Cela fait deux ans que nous sommes installés ici et un an et demi que nous ouvrons nos portes à la musique, explique-t-il. Les jam sessions marchent bien en Brabant wallon. Mais je tiens à laisser la place à des concerts avant, parce que cela apporte du sang neuf.” Et, s’il confie “adorer la musique”, il s’en remet entièrement à Maxime Simon (25 ans) pour dénicher les jeunes talents et tenir son calendrier musical. Une tâche dont le jeune homme connait toutes les facettes, étant lui-même membre des “Whylanders”, “un duo rock avec un grand R”. “J’ai découvert le groupe de Ryan via Frédéric Bulté et ses ‘Soirées Cerise’ bruxelloises, qui poussent des petits groupes alternatifs sur le devant de la scène, précise-t-il. Ils se sont produits ici l’année passée et ont fait un carton. Je les ai recroisés le mois passé au Soundgé festival et leur ai proposé de revenir jouer.” Ce qui lui plaît dans la musique du Ryan O’Reilly Band ? “Elle est très mélodieuse. Ils chantent à plusieurs voix, ce qui fonctionne toujours très bien dans la musique. Et puis, il y a des choses qui ne s’expliquent pas, comme la sincérité et le bonheur simple de jouer, qui transparaissent à chacune de leurs prestations.

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