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27/10/2012

Jouer à tout prix !

La Libre, Momento, Ludo, prix, jeux de sociétéLe jeu francophone a trouvé sa place sur les podiums.

Entretien: Yves Cavalier


GÉRALDINE (Volders), est l’une des personnalités incontournables du monde du jeu de société en Belgique. Non seulement, elle les connaît sur le bout des doigts, mais en outre elle est en charge du marketing de la société française Asmodée, solidement implantée dans le secteur de la distribution du jeu. Tour du monde des jeux primés en sa compagnie.
 
On remet beaucoup de prix pour récompenser les jouets ou les jeux mais sont-ils crédibles et ont-ils un réel impact sur les ventes ?
La réponse est globalement oui. L’impact du Spiel des Jahres, le prix allemand le plus prestigieux, sur la renommée du jeu, de son auteur et de son éditeur est effectivement comparable au prix Goncourt pour les romans. Le succès commercial est quasiment garanti et les ventes atteignent généralement de 200 000 à 400 000 exemplaires en Allemagne. Les Colons de Catane et Carcassonne, primés en 1995 et 2001 ont chacun dépassé largement le million. Le fait d’avoir remporté le prix a permis à ces jeux une exposition médiatique et, surtout, de rentrer dans les familles. En Allemagne, le Spiel est gage de qualité et signifie que les familles peuvent acheter le jeu les yeux fermés.
 
D’autres exemples ?
Dominion, Dixit et 7 Wonders. La communauté de gamers belges est ravie de voir des jeux issus de l’école francophone recevoir ce prix. Dominion, Dixit et 7 Wonders sont des jeux d’auteurs non allemands et édités en dehors de l’Allemagne. Le fait que ces 3 jeux aient été primés a confirmé la présence d’une nouvelle manière d’éditer des jeux.
 
En quoi les jeux francophones sont-ils différents ?
L’école francophone se place entre l’école anglo-saxonne, aux thèmes très forts et aux mécaniques de jeux parfois très simples, et l’école allemande, aux mécaniques plus lourdes, bien huilées mais aux thèmes moins exploités. L’école francophone, forte de ces deux influences, a mis en avant le fait que mécanique pointue et thématiques peuvent se marier sans se défavoriser mutuellement. L’école francophone s’installe depuis pratiquement 20 ans et a marqué l’arrivée du jeu d’auteur : le nom de l’auteur est indiqué sur la boîte. Ce n’était pas forcément toujours le cas.
 
Vous qui êtes leader de la distribution des jeux de société en Belgique, comment voyez-vous l’évolution de ces dernières années ?
Le marché est en transition. Depuis 20 ans, les jeux de société modernes (Jungle Speed, Time’s up…) rivalisent avec des jeux de société classiques (Monopoly, Scrabble…). En 1995, Catane lance une révolution : il est possible de jouer 45 min en ayant la même tension qu’avec un jeu de stratégie de 4h. Certains joueurs se passionnent et tentent de créer des jeux en ayant Catane comme référence.
 
Cela a relancé la machine ?
Oui, certains joueurs deviennent même éditeurs et font partie de la scène ludique actuelle. Actuellement, l’évolution se marque par la sortie de beaucoup de jeux d’ambiance où il est plus important de s’amuser que de gagner ainsi que de jeu de stratégie aux règles légères permettant de jouer rapidement sans pour autant perdre en profondeur et jouabilité.
 
Comment se situe la production belge dans ce marché ? C’est toujours l’Allemagne qui domine ?
Là aussi le marché est en transition. Depuis quelques années, les jeux en langue française se sont développés et de nombreux éditeurs sont apparus (Repos production, Libellud, Games Works, Ludically, Asmodee…). Pour ce qui est de la Belgique, Repos production fait figure de pionnier avec notamment Time’Up et 7Wonders comme meilleures ventes ! La production belge passe pour pointue et amoureuse de son produit. On ne lâche un jeu dans la nature que lorsqu’il est fini même si un salon international s’annonce.
 
Cela séduit l’étranger ?
Oui, les Américains s’intéressent à ces écoles européennes et éditent des versions anglophones des jeux francophones. C’était plutôt l’inverse il y a 15 ans.
 
Quelles sont les grandes tendances du moment dans les types de jeux ?
La grande tendance, c’est le “party game”. Sa définition est simple : un party game (littéralement jeu de soirée, d’apéritif ou jeu de fête) rassemble les gens autour d’un concept simple, amusant et accessible. Vite expliqué, vite compris et vite joué. Une partie dure environ 10 minutes, ce qui ne vous empêche pas de jouer toute la nuit. Ce qui reste constant c’est que créer/éditer un jeu nécessite la rencontre avec son public et de très longs tests de développement pour arriver à un jeu dont on aura envie de faire plusieurs parties.
 
 
Faut-il faire confiance aux trophées qu’on décerne aux jeux ?
 
Il en va des jeux de société un peu comme des romans : il en sort des milliers chaque année et plusieurs centaines d’entre eux seront proposés à la vente. Le point fort de cet emballement du marché, c’est maintenant. Le mois de novembre annonce la période des fêtes de fin d’année. C’est aussi parce que novembre suit octobre et qu’octobre, c’est le mois de la “grand Messe”, la foire aux jeux d’Essen en Allemagne. C’est là que, chaque année, des dizaines de milliers de professionnels et d’amateurs de jeux se retrouvent pour présenter ou découvrir les nouvelles créations. Et c’est là aussi que chaque éditeur espère pouvoir afficher fièrement le ou les trophées qu’il aura remportés, des signes de reconnaissance attribués par des professionnels eux-mêmes ou par les utilisateurs. Ce sont en général des gages de succès. Mais ces prix sont-ils aussi des gages de qualité ?
 
On peut répondre “oui”. Ces prix sont devenus de plus en plus crédibles parce que, désormais, via le Web ou les réseaux sociaux, un trophée est très rapidement validé ou contesté par la communauté des joueurs et qu’une contre-publicité peut mettre en péril la vie d’un éditeur. Par contre, l’évolution a fait aussi que les prix accordés sont de plus en plus nuancés, il y a de plus en plus de catégories spécifiques.
 
De tout cela, il faut retenir qu’il y a un grand prix de valeur internationale attribué en Allemagne : le Spiel des Jahres. C’est le trophée que tous les créateurs et éditeurs de la planète convoitent et qui va assurer une diffusion de plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Parmi les jeux qui ont bénéficié de ce prix prestigieux, citons Dixit, les Aventuriers du rail, 7Wonders, Quirkle et, en 2012, Kingdom Builder.
 
 
En Belgique francophone, trois grands prix sont attribués. Le “prix du Jouet”, décerné par les professionnels du secteur, il concerne désormais aussi les jeux avec une crédibilité qui augmente. Cette année, c’est notamment l’excellent Time Line qui a été primé avec Dobble Kids, pour les plus jeunes.
 
Le “Ludo” est, quant à lui, attribué par l’association des ludothécaires. Ce prix sera attribué après la mi-novembre sur base du vote des visiteurs des ludothèques où les jeux peuvent être testés. Le très familial et stratégique Water Lilly a remporté le trophée 2011. Enfin, le prix “Joker” est, lui, décerné par les distributeurs spécialisés sur la base du vote de leur clientèle. Cette dernière peut emprunter une sélection de jeux (en échange d’une petite caution). Leur verdict est également diffusé vers la mi-novembre en plusieurs catégories allant des plus petits aux “gamers” fous. Les jeux primés en 2011 allaient de la Bataille d’oreillers pour les plus petits à 7 Wonders pour les grands…
 
 
Ph.: Christel De Greef

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