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03/11/2012

“Doom”, révolution US du joystick

La Libre, Momento, Pixels, Doom, jeu vidéoNé au Texas, “Doom” a bouleversé l’approche culturelle et commerciale des jeux vidéo. Près de vingt ans après sa sortie, ses effets se font encore sentir aujourd’hui. Rétrospective à l’occasion de sa réédition.

Aux manettes: Michi-Hiro Tamaï

AVEC SES GRAPHISMES PIXÉLISÉS en 3D, il fait aujourd’hui mal aux yeux. Mais “Doom” d’id Software a bouleversé à jamais l’industrie vidéoludique à sa sortie en 1993. Cette production texane charnière a ainsi fait basculer le jeu vidéo dans une nouvelle ère, popularisant des idées créatives, techniques et commerciales jamais vues jusque-là. Derrière cette production, John Romero et John Carmack, un artiste et un technicien hors pair qui finiront par se séparer mais resteront à jamais dans les annales des icônes de la pop culture US des années 90 (1). Une sorte de miracle à la Silicon Valley reproduite à Dallas où des kids en baskets deviendront multimillionnaires en l’espace de quelques années. Et un jeu.
 
Il y a bien entendu derrière “Doom” le souvenir de polémiques autour de la violence des jeux vidéo. Son influence supposée sur la funeste fusillade de Colombine en témoigne. Bien plus réaliste que “Wolfenstein 3D”, la précédente production d’id Software, “Doom” donne des lettres de noblesse au First Person Shooter (FPS). Monstres intelligents, architectures audacieuses (et piégeuses), armes hyper réalistes et pitch satanico martien brossent un univers jamais vu auparavant. Aujourd’hui, le FPS est devenu un genre majeur sur consoles de jeu.
 
Des machines commerciales consensuelles en sont les rejetons comme en témoignent les récents “Medal of Honor Warfighter” et “Halo 4”. Heureusement, les jeux de tir en vue subjective que certains joueurs qualifient avec défiance de simulateur de meurtre ont réussi à transcender leur condition bête et méchante pour prendre des formes plus subtiles. Allant même jusqu’à supprimer toute arme à feu comme en témoignent les philosophiques “Portal 2” ou “The Unfinished Swan”. Boostant le passage du jeu vidéo de la 2D à la 3D, “Doom” a également posé les bases de l’exploitation du Web par le jeu vidéo.
 
 
Premier jeu à atteindre le record de 15 millions de téléchargements en 1993 alors que le Net ne crépite pas encore dans les foyers, le titre aux lettrines gothiques est également le pionnier des parties multijoueurs entre PC reliés à courte ou longue distance. Aujourd’hui, les abonnements Gold que vend Microsoft pour pratiquer “Halo 4” à plusieurs sur le Xbox Live de sa Xbox 360 en dérivent directement. Sans oublier que les fondations de ses règles en deathmatch ont transformé le jeu vidéo en discipline sportive à part entière. Certains gamers comme les membres de compLexity gagnent ainsi leur vie en pratiquant leur passion via l’e-sport, lors de tournois de renom comme l’ESWC ou la CPL.
 
La contre-culture numérique enfantée par “Doom” ne s’arrête pas là puisque John Carmack et John Romero étant des hackers, ces derniers ont ouvert leur jeu fétiche aux développeurs en herbe. L’idée ici est de pouvoir ouvrir le capot de “Doom” pour créer des niveaux et les distribuer gratuitement via le Net. Ces modifications, appelées “mods”, recréaient, par exemple, des environnements du film “Alien”.
 
Le concept a sans surprise fini par être repris commercialement par les grands éditeurs de jeux vidéo. Aujourd’hui, de “Bordelands 2” à “New Super Mario Bros. 2”, tous les noms du jeu vidéo proposent après leur sortie des DLC. Soit des niveaux, des armes ou des personnages supplémentaires voire même de simples costumes… payants bien entendu.
 
Last but not least, “Doom” a eu le coup de génie d’être distribué via l’idée de shareware ou partagiciel. Soit un chapitre de plusieurs niveaux complètement gratuit, pour pousser le joueur à poursuivre l’expérience contre monnaie sonnante et trébuchante. Un modèle qui est à la base du commerce de nombreuses apps sur terminaux tactiles Android et Apple ces jours-ci…
 
 
(1) Lire à ce sujet “Les maîtres du jeu vidéo”, l’excellent livre de David Kushner publié à l’Ecole des Loisirs qui retrace la destinée et le divorce de John Carmack et John Romero.

13:34 Publié dans Pixels | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, pixels, doom, jeu vidéo | |

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