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03/11/2012

Le Canada, par la petite lucarne

la libre,momento,derrière l'écran,canada,société radio canada,srcQue signifie aujourd’hui la notion de service public dans le monde et particulièrement dans les pays francophones ? Zoom sur le Canada, ses spécificités et ses habitudes de consommation.

Entretien: Aurélie Moreau


SOCIÉTÉ DE LA COURONNE CANADIENNE créée en 1936, la société Radio-Canada (SRC) est le plus ancien service de diffusion public au Canada. En raison du caractère bilingue du pays, la Loi sur la Radiodiffusion de 1991 impose au radiodiffuseur la diffusion de programmes en français et en anglais. Résultat : le groupe public détient 5 radios et 9 chaînes de télévision. Sans oublier la production d’émissions à destination de l’Arctique canadien et les réseaux satellitaires. Louis Lalande, vice-président principal des services français, était en visite à Bruxelles. Il a accepté de répondre à nos questions.

5 radios et surtout 9 chaînes de télévision. Ça vous permet de facilement faire face à la concurrence ?
Nous ne sommes pas très différents du reste de la planète dans le sens où nous sommes dans une mouvance mondiale qui s’est beaucoup affirmée et développée ces dernières années et qui restreint davantage la place des entreprises publiques dans le secteur de l’audiovisuel. Nous sommes confrontés à une concurrence classique de type privée/publique d’autant que nous devons faire face à trois groupes privés anglophones et deux groupes privés francophones. Mais ce qui est particulier au Canada, c’est que nous assistons à une concentration de plus en plus élevée des entreprises de distribution qui contrôlent maintenant des entreprises de contenus. C’est un cas unique. L’enjeu est important car nos contenus sont pris en otage par les distributeurs tant anglophones que francophones.

Il semblerait également que les Canadiens francophones regardent davantage les chaînes thématiques que dans d’autres pays.
Oui, tout à fait. Nous avons d’ailleurs franchi le point de bascule. Dans la partie francophone du pays, la durée d’écoute des chaînes thématiques dépasse celle des chaînes généralistes. Contrairement à d’autres pays, nous devons donc également faire face à ce type de concurrence. C’est pourquoi, dans notre offre, nous avons dorénavant des chaînes thématiques. Nous avons une chaîne généraliste, une chaîne d’infos en continu, une chaîne culturelle en partenariat avec Arte, une chaîne sciences/nature et environnement, et nous avons également un projet de chaînes d’archives pour laquelle nous avons obtenu la licence. Nous sommes actuellement en train de finaliser les plans. En radio, nous avons un réseau parlé, une chaîne musicale, plusieurs webradios, 4 signaux sur réseaux satellites. Notre plus grand défi, en radio, est de rester connecté à l’auditoire, de plus en plus fragmenté. Bref, nous avons rapidement dû réagir à la concurrence. Mais cette augmentation du taux d’écoute au profit des chaînes thématiques est grandissante et n’est pas près de s’arrêter chez nous.

Vous disposez également d’un budget à faire pâlir d’envie la RTBF… Il y a encore trois ans, vous disposiez d’une enveloppe annuelle d’1,2 milliard de dollars canadiens !
Oui, c’est vrai. Mais notre marché est plus grand. En termes de nombre de téléspectateurs potentiels, nous avons 7 millions de francophones au Canada. Je crois que c’est bien plus qu’en Belgique. Par ailleurs, nous avons subi une restriction de 12 % la dernière année. Et ce budget avait déjà été restreint de 12 %, il y a 3 ans également. Ce qui représente une perte de 500 millions de dollars… Cet été, nous avons en plus reçu la mauvaise nouvelle que le fonds spécial destiné à la programmation n’était pas renouvelé. En raison des restrictions budgétaires, nous avons dû mettre en place un plan agressif de génération de revenus. 35 % de nos revenus proviennent de la publicité mais nous avons également d’autres sources de revenus tels que l’immobilier. Nous avons diversifié nos sources de revenus en optimisant la gestion de nos droits sur les différentes plateformes et en maximisant les auditoires. Les deux étant liés. Nous avons également un centre de production avec beaucoup de facilités que nous louons à nos producteurs.

Vous produisez, en effet, beaucoup de contenus propres, ce qui constitue d’une part votre force mais aussi – paradoxalement – votre faiblesse au regard des programmes très séduisants provenant des Etats-Unis…
Oui, c’est notre marque de fabrique. Pour l’ensemble des programmes, toutes chaînes confondues, nous avons près de 85 % de contenus canadiens francophones. On produit beaucoup et dans tous les genres (variétés, jeux, infos, etc.) car ce sont des programmes dans lesquels les gens se reconnaissent. La raison est que nous avons réussi à créer un star system très fort et unique au Canada. Ce star system fait vivre tous les acteurs du secteur culturel.

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