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10/11/2012

Dallas, icône Eighties

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Dallas, nouvelle versionLancée en 1978, la série “Dallas” est entrée dans l’histoire de la télévision grâce à ses intrigues familiales et un vrai méchant : JR. Trente-cinq ans plus tard, la recette fonctionne toujours…

Hubert Heyrendt


“DAAALLAS ! TON UNIVERS IMPITOYA-AAA-BLE… Daaallas ! Glorifie la loi du plus fort… Daaallas ! Et sous ton soleil implaca-aaa-ble… Tu ne redoutes que la mort.” Quiconque a été en âge de regarder la télévision dans les années 80 se souvient de ce générique usant habilement du split-screen pour poser en quelques instants le paysage texan, filmé par hélicoptère : une ville moderne, des troupeaux de vaches courant librement, d’immenses ranches, des derricks pétroliers… Iconique de la série, le générique a d’ailleurs été tout simplement décalqué dans la version 2012 de “Dallas”. Si la rengaine que l’on ne peut s’empêcher de fredonner n’existe, elle, que dans la VF, ses paroles sont parfaitement en phase avec le propos de “Dallas” et avec les années Reagan qu’elle symbolise…
 
Créée par David Jacobs en 1978 comme une mini-série de 5 épisodes, “Dallas” décrit d’emblée les déchirures entre les membres de la famille Ewing, des Texans qui ont fait fortune grâce au pétrole. Le patriarche John Ross, “Jock”, a deux fils : J.R. Jr et Bobby, son cadet. L’un est bouffé par l’ambition, l’autre essaye de garder une once d’éthique. Casting sérieux, réalisation soignée, thématiques intéressantes (argent, pouvoir, famille, politique…), cette mini-série a de l’allure et se laisse encore regarder près de 35 ans après sa diffusion. Elle captivera en tout cas les téléspectateurs de l’époque, poussant CBS à lui donner une suite qui n’était pas prévue à l’origine.
 
Au final, la rivalité entre J. R. et Bobby virera à la saga familiale interminable, finissant par s’étaler sur 14 saisons, à travers quelque 357 épisodes diffusés jusqu’au 3 mai 1991. Une telle longévité a permis à ses personnages (J.R. et Bobby mais aussi la perverse Sue Ellen, la douce Pamela ou encore Cliff Barnes, l’ennemi juré de J.R.) de s’ancrer dans l’inconscient collectif. Et de faire de la série un modèle de soap opera qui fera des petits. Ainsi, dès 1981, “Dynastie” sera la réponse d’ABC à CBS. Le feuilleton, qui raconte, là encore, la vie d’une puissante famille américaine, durera jusqu’en 1989. Tandis que les années 80 seront marquées par “Santa Barbara”, “Amour, gloire et beauté”…
 
En cette décennie de l’argent roi, les Ewing représentent à la fois le pire (compromission, corruption…) tout en incarnant dans le même temps une forme d’aboutissement du rêve américain : la réussite, les belles voitures, les jolies femmes… Alors que la nostalgie des Eighties commence à pointer le bout de son nez, on ne s’étonne pas de voir une chaîne de télévision s’atteler à un remake de “Dallas”, quand bien même les temps sont aujourd’hui à la crise et plutôt au rejet du libéralisme forcené qu’incarnent les Ewing. Reste que la recette est toujours imparable. Car si le monde a beaucoup changé depuis la fin des années 70, les thèmes, eux, sont éternels. A tel point que les scénaristes n’ont eu qu’à dupliquer J.R. et Bobby en leur donnant deux fils, prompts à réveiller les déchirures des Ewing !
 
Si cette suite 20 ans plus tard fonctionne plutôt bien, c’est aussi parce qu’à l’exception de Victoria Principal (absente des écrans depuis 2001), les Larry Hagman, Patrick Duffy, Linda Gray, Ken Kercheval, Charlene Tilton et autres Steve Kanaly, trop heureux de retrouver un peu d’exposition après des années de vaches maigres, ont tous accepté de retrouver les personnages qui leur ont apporté la gloire. Car on ne s’en souvient peut-être plus mais ces acteurs ont été de véritables stars, suivis chaque vendredi soir aux Etats-Unis par des millions de fans !
 
Surtout depuis le fameux “cliffhanger” de 1980. En mars, les scénaristes bouclaient la saison 3 par un sacré rebondissement : un inconnu entre dans le bureau de J.R. et lui tire dessus à deux reprises… Durant 8 mois, l’hystérie sera totale aux Etats-Unis, entretenue par CBS et son slogan “Who Shot J.R. ?”. Le 21 novembre 1980, pour le lancement de la saison 4, quelque 90 millions d’Américains sont devant le petit écran ! Un record seulement battu par le dernier épisode de “M*A*S*H” en 1983 (125 millions de téléspectateurs), tandis qu’en 1967, le dernier épisode du “Fugitif” avait, lui, été suivi par 72 % des foyers américains. Avec une audience internationale de 360 millions de téléspectateurs, cet épisode “Who Done It ?” reste l’épisode de série télé le plus vu au monde… Une telle réussite poussera d’ailleurs les scénaristes à multiplier les rebondissements à outrance. Jusqu’à la caricature… Ainsi le début de la saison 10 où Pamela retrouve dans sa salle de bains Bobby, qui avait pourtant été tué… à la fin de la saison 8. La série ayant eu du mal à vivre en l’absence de Patrick Duffy, les scénaristes décident tout simplement de le faire revenir en affirmant que toute la saison 9 avait été un rêve de Pamela…
 
 
IMMUABLE, "DALLAS" REENFILE SES SANTIAGS
 
A Southfork, les Ewing se déchirent toujours autour du ranch familial. La saga reprend dès jeudi à 20 h 20 sur La une.
 
Plan d'ouverture sur un troupeau paisible, au loin galopent des chevaux. Sous une tente, un cow-boy se repose mais une alarme le tire de son sommeil, c’est le signal : le pétrole va bientôt jaillir du puits. Au ranch Southfork, dans la banlieue de Dallas (Texas), rien n’a changé. Ah si, le nouveau John Ross affiche 25 ans au compteur, et son oncle Bobby semble en bien mauvaise santé, une tumeur gastro-intestinale vient de lui être diagnostiquée. Mais comme le patriarche marie son fils Christopher dans quelques jours, il veut garder la nouvelle de sa maladie secrète.
 
A l’instar de leurs paternels avant eux, John Ross et Christopher ont des relations plus que houleuses. Le premier, fils de JR, pense avoir trouvé un gisement qui le rendra riche, le second, fils de Bobby, croit dans les énergies alternatives et renouvelables. Au pays du pétrole, c’est presque un sacrilège ! L’oncle Bobby veut vendre le ranch et rappelle à JR junior qu’il a promis à grand-mère Ellie qu’il n’y aurait jamais de forage à Southfork, ce qui, bien sûr, contrecarre sérieusement les plans du jeune homme. La bagarre entre cousins éclate d’autant plus fort que JR Jr rappelle à Christopher qu’il n’est pas un vrai Ewing, mais un enfant trouvé, et n’a donc pas voix au chapitre… La nouvelle de la bataille juridique imminente entre Bobby et son neveu tire, comme par magie, JR, le patriarche retiré dans une maison de repos (!), de sa léthargie...
 
Sous le soleil du Texas, rien n’a changé : les filles sont pestes, les garçons ombrageux et le pétrole continue à rendre les fermiers fous. Stetsons, Santiags et grosses cylindrées ont toujours droit de cité dans ce paysage où les marchés continuent à se conclure par une poignée de main et où les recettes de famille se transmettent avec soin. Liaisons dangereuses, mensonges, secrets, chantages, trahisons et manipulations; éthique des gentils contre avidité des méchants : les travers de cette famille dysfonctionnelle sont restés les mêmes. Comme s’il s’agissait de préserver une sorte de recette magique, gage de succès international.
 
Lancée en juin dernier aux Etats-Unis, Dallas 2012 ** a, en tout cas, fait ses preuves : enregistrant une audience record (6,9 millions de spectateurs) dès son arrivée. Si les chiffres sont devenus plus modestes ensuite, ils étaient suffisamment convaincants pour que la chaîne TNT commande une deuxième saison (15 épisodes, cette fois) attendue en janvier 2013.
 
Pour lancer la production du remake de “Dallas”, en février dernier, il a suffi d’un coup de fil pour que les trois stars d’antan reprennent le chemin des studios. “Ce qui m’a frappé, c’était l’incroyable facilité à renouer avec mon personnage même après toutes ces années, c’était un grand plaisir pour Larry Hagman, Linda Gray et moi”, a confié Patrick Duffy, alias Bobby. “C’est comme si vous rallumiez votre poste télé 20 ans plus tard (la série s’est arrêtée en 1991) et que Dallas était toujours diffusée”, s’était-il amusé lors d’une interview.
 
Une continuité scénaristique soigneusement entretenue par la chaîne et la scénariste Cynthia Cidre. Seuls changements concédés : davantage de scènes d’ébats (on n’est plus dans les années 80) et une Sue Ellen parfaitement sobre… Sacrilège, pensez-vous ? Heureusement, d’autres personnages s’adonnent à la boisson, voire à d’autres substances illicites. A cela s’ajoutent trois petits nouveaux qui ne sont pas des inconnus : Jesse Metcalfe (Christopher), Brenda Strong (la nouvelle femme de Bobby car Victoria Principal a refusé de revenir) et Josh Henderson (JR Junior), tous issus de “Desperate Housewives”, qui révolutionna la recette du soap au début des années 2000.
 
Rien que de l’imparable en matière de casting et de scénario, donc, puisqu’il s’agit, selon les propres termes de TNT de “reprendre les grandes lignes du succès” des années 80, à savoir : “la rivalité acharnée et la lutte pour le pouvoir dans une dynastie de magnats du pétrole et d’éleveurs de bétail.” Bref, du tout cuit. Ils auraient quand même pu faire un effort sur le générique…
 
Karin Tshidimba
 
 
Ph.: Reporters/Imago

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