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17/11/2012

Dis-moi à quoi tu joues…

La Libre, Momento, Sorties, expo, on disait que... jeux de rôle et drôles de jeuxUn festival, des expos, un défilé.…décidément le jouet est à l’honneur en attendant le grand saint.

Plongée dans le coffre à jouets: Samuel Hoste


En marge de l’exposition “On disait que... Jeux de rôle et drôles de jeux” qui se tient actuellement au musée de Louvain-la-Neuve (et dont vous pourrez lire la critique dans la LLC du 21/11) nous avons voulu en savoir un peu plus sur le sujet.
Philippe Capart, diplômé des arts visuels de La Cambre, a fait des recherches sur l’histoire du Playmobil – dans le cadre d’un documentaire qui malheureusement n’a pu voir le jour. Il a accepté de nous livrer son éclairage sur le monde du jouet en général.
 
D’où vous vient cette passion du jouet? 
Personnellement, je viens du monde de l’animation et de la BD Si je me suis intéressé au Playmobil, c’est parce que je me suis rendu compte à quel point cela m’avait structuré. Les jouets sont en quelque sorte les premiers outils d’expression dont disposent les enfants. Beaucoup d’inventions humaines, si pas toutes, partent du jeu. Sans jeu pas de flexibilité, pas d’intelligence, pas d’empathie. Et le jouet, c’est l’interface du jeu, son outil.
Il n’y a pas une transition nette, on n’arrête pas tout d’un coup de jouer avec nos jouets d’enfants pour passer à quelque chose qui serait “plus sérieux”. Cristobal Leon, un artiste chilien, m’a dit un jour:  “Un créateur, c’est celui crée ses propres jouets.” Je trouvais que c’était très juste.
 
Quelle est la place du jeu et du jouet dans notre société? Les jouets sont-ils le reflet d’une époque (ou d’une société)? 
Il y a des jeux qui ouvrent sur le monde et d’autres qui nous en aliènent. Les magasins de jouets (chaînes de magasins) sont souvent du deuxième type. Le peu de cas qu’une société fait des ses jouets, leurs auteurs, leurs productions, leurs provenances, leurs impacts me semble inquiétant. Nos magasins de jouets semblent refléter un abandon de l’enfant à des compagnies qui n’ont que faire de leur épanouissement.
Un jouet, même un jouet en bois, est programmé pour qu’on joue avec celui-ci d’une certaine manière et c’est pour ça que je trouve important d’en savoir plus sur ceux qui les ont conçus.
 
Les jouets cristallisent-ils les espoirs, les craintes ou les valeurs des adultes? 
Pas des adultes en général, de certains adultes à la tête des manufactures de jouets.
Je regrette que la bulle de liberté des enfants soit en train de se rétrécir. La plupart des compagnies de jouets se lient avec des licences du divertissement (films, dessins animés, etc.). Les jouets sont ainsi emballés dans un storytelling bien précis, laissant peu de place à la projection personnelle de l’enfant. Les joueurs se sentent libres mais sont enfermés dans un programme/circuit bien défini et copyrighté. Néanmoins, je comprends que ce n’est pas facile pour les fabricants de jouets. Ils subissent de plein fouet cette pression, cette tendance générale liée au marché actuel. Même Playmobil n’a pas su rester totalement fidèle à ce qui faisait l’originalité de la création de Hans Beck au début des années 70. De petites figurines “interchangeables” et peu sexuées qui pouvaient jouer tous les rôles en fonction des accessoires (chapeau, casque, pelle, etc.) qui définissaient leur personnage.
 
Pourquoi accorde-t-on autant d’attention/d’importance aux jouets? 
Je ne trouve pas qu’on y accorde autant d’importance. L’intérêt est superficiel. Quand on parle de jeux vidéos, par exemple, la critique parle technique, innovation, graphisme, peu de choses sur le moteur des créateurs, des créatifs, l’éthique, ce que les jeux développent comme capacités auprès des joueurs, leurs impacts.
 
Que penser de ce catalogue “asexué” édité par un magasin français? 
Il n’est pas asexué mais mélange les genres qui sont très, très profondément prédéfinis dans le jouet (par ex.:  les jeux de construction = garçon, les poupées = fille). C’est ludique mais je crains que ça ne suffise pas à amorcer une remise en cause des stéréotypes véhiculés par les jouets. Ce n’est pas en échangeant les stéréotypes que l’on sort de leurs ornières.
 
Exposition “On disait que… Jeux de rôle et drôle de jeux” jusqu’au 23/12. Dimanche 02/12 - entrée gratuite et visite guidée à 15h. Musée de Louvain-la-Neuve, info et réservation : 010.47.48.45.
 
 
Ph.: Musée du jouet de Bruxelles

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