Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

18/11/2012

L’expo qui vous fait porter le chapeau

La Libre, Momento, Tendances, chapeau, musée de la vie wallonne, expo, une vie de chapeauxA Liège, au Musée de la Vie wallonne, une exposition consacrée aux couvre-chefs interroge le sens de cet accessoire. Et revient sur la manière, intime et sociale, dont on le porte.

Travaillant du chapeau: Aurore Vaucelle

LE JEU DE MOTS est tentant mais l’on souhaite néanmoins lever notre chapeau à la démarche du Musée liégeois de la Vie wallonne qui propose aux visiteurs une expo sur les galures et autres couvre-chefs. Une expo qui prend prétexte à l’artefact pour évoquer une pratique toute à la fois intime et sociale.
 
Le musée sort littéralement un lapin d’un chapeau – dès les premiers pas de l’expo – pour faire vivre avec intelligence cet objet qui balade avec lui toute une somme de significations. Amusant de se dire qu’il y a encore cinquante ans, personne n’aurait imaginé sortir “en cheveux”, en société. A l’époque, le chapeau est l’élément fondateur de la mode. C’est ce qui explique l’étymologie même du mot “modiste”; la modiste, faiseuse de chapeau pour dames donne le “la” en matière de tendances. Les hommes, quant à eux, vont chez leur chapelier. Tout le monde est alors chapeauté et l’objet ne sert pas seulement à se protéger mais bien à positionner chacun par rapport à l’autre.
 
Le facteur, le curé, le policier : tout le monde est identifié et la symbolique évidente. La mitre de l’évêque, toute en hauteur, dit son pouvoir hiérarchique, tandis que le couvre-chef est devenu dans le langage une métonymie, identifiant celui qui le porte. “Tiens voilà les képis !”, l’expression met en garde contre l’arrivée de la marée-chaussée, qu’on ne saurait rater. Le chapeau indique le rôle que l’on joue dans la société, souvent il investit d’un certain pouvoir (la mitre de l’évêque, la toque du chef cuisinier), et fait partie de la panoplie. Quelqu’un imaginerait-il Lucky Luke ou J.R. sans leur Stetson ?
 
Quoi qu’il en soit, il permet de se positionner, d’indiquer qui on est.
 
Dans une immense vitrine circulaire dans laquelle défilent les artefacts, on observe tous les chapeaux d’une vie. Le petit bonnet tricoté de baptême, la coiffe de mariée en dentelle, la coiffe de demi-deuil ou le haut-de-forme en feutre de deuil – la hauteur du haut-de-forme indique alors le degré de parenté que l’on a avec le défunt. Comme quoi le chapeau est un bavard, il en dit parfois plus que celui qui le porte.
 
Au début du XXe siècle, les jeunes filles pas encore mariées portent d’ailleurs un canotier en paille que l’on nomme ingénieusement le “Suivez-moi jeune homme”. Les rubans qui entourent le chapeau sont comme des messagers de la jeune fille à marier et font signe aux jeunes hommes qu’ils peuvent se manifester, en tant que galants.
 
On pourrait croire que les significations inhérentes aux couvre-chefs se sont effacées dans la mesure où il n’est plus un accessoire nécessaire de la tenue conventionnelle du quotidien, mais tel n’est pas le cas. En effet, le costume social a tendu a se neutraliser ces dernières décennies – le couturier Christian Lacroix rappelait dans “La Libre” de ce 14 novembre que le sportswear avait pris le pouvoir, en cause une volonté de jeunisme et de neutralité sociale dus à la crise. Mais dans le même temps, porter un chapeau n’est pas moins signifiant. Arborer une casquette de la FGTB ou du Tour de France marque la manière dont on est impliqué en terme personnel et collectif. Une casquette de rappeur indiquera une attitude de rébellion, ou en tout cas, évoquera l’appartenance à un groupe donné.
 
Porter un chapeau demeure un trait personnel marquant. On ne saurait imaginer Amélie Nothomb sans son chapeau, sorte d’accordéon tout en hauteur. Son galure à fière allure porte d’ailleurs un nom, il s’appelle Diabolon, et il est l’un des invités de marque de l’expo. Il explique au visiteur que, si le chapeau est parfois perçu en tant que déguisement, il cache à peu près autant qu’il ne montre sur son propriétaire.
 
“Une vie de chapeaux”, au Musée de la Vie wallonne, jusqu’au 31 décembre 2013. De 3 à 5 €. Agenda des activités jeune public sur www.viewallonne.be. Infos et réservations au 04.237.90.50
 
 
Une tête à chapeau, c'est quoi?
 
Comme à chaque fois que l’on évoque les chapeaux, on aura tendance à entendre tout un pan de la population expliquer comme elle n’a pas une “tête à chapeaux”. Mettons fin à ce mythe. Que tout le monde n’ait pas envie de poser quelque chose sur sa tête, on l’entend, mais que l’on ne brandisse pas l’exclusivité du port du chapeau réservée à une certaine population, pour raison esthétique, comme excuse. Porter un chapeau est possible pour tout le monde à condition, bien sûr, de le choisir avec justesse. En fonction de sa morphologie.
 
Si vous avez un visage poupin, arrondi et de jolies joues, c’est une mauvaise idée de porter un chapeau melon tout rond qui accentuera vos joues rebondies. Par contre, un chapeau avec une calotte plus large que le visage, une casquette gavroche par exemple, ou un képi porté un peu incliné, structurera votre visage.
 
Les visages allongés pourront se tourner vers des galures qui rééquilibrent les proportions du visage. Stetson, chapeau de feutre à larges bords, sur le modèle du chapeau d’Al Capone.
 
Les petits visages peuvent s’orienter vers des bibis ou calots, posés sur le haut du crâne. Un chapeau cloche, pourquoi pas ? Enfoncé jusqu’aux sourcils alors. Panama et Borsalino entoureront également les petits visages pour les structurer.

Bref, aucune excuse pour ne pas se pavaner en chapeau.
 
 
Ph.: Musée de la vie wallonne

Les commentaires sont fermés.