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19/11/2012

Les prix du vin augmenteront-ils en 2013 ?

La Libre, Momento, Papilles, Vins, prix, 2013La faible récolte 2012 et la diminution du vignoble mondial risquent d’avoir un impact sur les prix.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


LE RAPPORT ANNUEL sur la conjoncture vitivinicole mondiale 2012 présenté par Fredierico Castellucci, Directeur Général de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (O.I.V), présage, dès le début de l’année prochaine, de sérieuses turbulences sur le marché du vin, et le consommateur doit se préparer à subir des augmentations de prix.
 
L’O.I.V. observe l’évolution des trois facteurs principaux qui influencent l’offre et la demande mondiales du vin et donc son prix.
 
1. L’évolution de la superficie viticole mondiale
D’une part, sous l’impact des primes à l’arrachage, la surface du vignoble des 27 Etats membres de l’U.E. a reculé d’environ 270 000 ha ces quatre dernières années. D’autre part, le rythme global de croissance des surfaces plantées dans l’hémisphère sud et aux Etats-Unis, quoiqu’il se soit ralenti depuis plusieurs campagnes par rapport à ce qui avait été observé autour de l’an 2000, reste cependant positif. En Chine, où il est difficile d’obtenir des informations fiables, le rythme de croissance du vignoble semble se stabiliser. Globalement, le vignoble mondial devrait entre 2011 et 2012 reculer de 47 000 ha.
 
2. La production de vin en 2012
La diminution du vignoble mondial mais surtout les mauvaises conditions climatiques ont affecté la récolte 2012. On estime la production mondiale à 248,2 millions d’hectolitres soit un net recul de 16 millions d’hectolitres équivalent à une diminution de 6 % par rapport à la production de 2011. En 2012, parmi les pays vinicoles européens, seuls le Portugal et la Grèce sont en progression mais par référence à des volumes vinifiés en 2011 modestes. Tous les autres pays producteurs s’inscrivent en recul significatif par rapport à 2011. L’Italie enregistre un recul de 3 %; pour la France le recul attendu est très important : -19 %, soit 9,3 millions d’hectolitres de moins qu’en 2011; l’Espagne : -6 %; la Bulgarie : -16 %; l’Allemagne : -3 %. Il s’agit d’un niveau historiquement faible.
 
3. Evaluation du niveau de la consommation mondiale
Alors que la crise économique de 2008 avait freiné la consommation du vin, il semblait se dessiner, depuis 2010, quelques signes de reprise, mais la conjoncture en 2012 laisse planer un doute sur la solidité de cette reprise.
 
En résumé, malgré l’incertitude quant à la reprise de la consommation, la diminution du vignoble mondial ainsi que les mauvaises conditions climatiques, qui ont affecté la récolte 2012, auront comme conséquence un écart entre la production et la demande des consommateurs qui devrait se réajuster par une hausse des prix.
 
Concrètement que va-t-il se passer en Belgique qui commercialise 80 % de ses vins via la grande distribution et s’approvisionne pour 80 % dans les vignobles européens ? Il est clair que les négociations individuelles vont être tendues entre les acheteurs et les vignerons qui n’ont cet automne rempli que partiellement leur cuve à hauteur de 70 à 95 % de leur volume. Les uns tenteront de refuser catégoriquement toutes augmentations de tarifs nets, argumentant que, dans le climat d’austérité économique actuel, le consommateur ne suivra pas, se désintéressera du produit et que dès lors ils seront obligés de retirer le vin des rayons. Le producteur, lui, est partagé entre deux sentiments. Celui de récupérer le manque à gagner dû à la diminution de son volume disponible par une augmentation du prix de la bouteille, afin d’assurer la rentabilité de son exploitation. Il ne faut pas perdre de vue que ses coûts de production sont pratiquement les mêmes indépendamment du poids de sa récolte. D’autre part, il souhaite conserver ses différents marchés et ne pas perdre ses référencements car, l’année qui suit, il espère bien pouvoir vendre toute sa production. On a encore en mémoire la triste expérience des producteurs de Muscadet qui, ayant subi une gelée fatale en Loire, n’ont rien eu à vendre. Les vins ont été remplacés cette année par d’autres vins blancs “de substitutions”. Mais malheureusement, malgré de bonnes récoltes les années suivantes, le muscadet n’est jamais parvenu à regagner les parts de marché initiales.
 
La différence sur ce millésime 2012, c’est que ces baisses de production sont généralisées en Europe et qu’il n’y a pas beaucoup de solutions alternatives d’approvisionnement. Les producteurs devront donc contingenter leurs clients et éviteront de leur accorder des ristournes. Ils profiteront peut-être de cette situation pour imposer des augmentations de prix qui leur sont refusées depuis plusieurs années par la grande distribution qui se retranchait derrière l’argument de la chute du pouvoir d’achat dans une conjoncture économique défavorable.
 
Les pays du nouveau monde qui n’ont pas été touchés par cette baisse de rendement devraient en tirer avantage, comme le Chili qui a connu cette année une croissance de sa production de 3 %. Certains en profiteront pour rafler des parts de marché aux vins européens, mais nous avons plutôt l’impression que les marques bien établies profiteront de cette opportunité pour augmenter leur marge. A l’heure actuelle, aucun prix n’est encore fixé pour 2013, mais les conditions semblent remplies pour que le prix d’équilibre entre l’offre et la demande augmente dans les prochains mois. L’avenir nous le dira !
 
 
Ph.: B.H.

10:00 Publié dans Papilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, papilles, vins, prix, 2013 | |

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