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20/11/2012

Aruba, le bonheur contagieux et pernicieux

La Libre, Momento, Escapade, Aruba, CaraïbesSéparée des Antilles néerlandaises en 1986, Aruba l’Oranje est une île heureuse. Prisé pour ses somptueuses plages et ses trésors marins, ce minuscule bout de terre au nord du Venezuela peut aussi décevoir les plus aventureux en quête d’authenticité.

Coquillages et crustacés: Benjamin Adler


SEPT ANS APRÈS LA DÉCOUVERTE de l’Amérique par Christophe Colomb, l’Espagnol Alonso de Ojeda et l’Italien Amerigo Vespucci, au service du royaume ibère, abordent Aruba et ses deux anciennes grandes sœurs, Bonaire et Curaçao. Avec la création de la première Compagnie des Indes occidentales en 1621, les Pays-Bas s’arrogent le monopole de la traite pour le compte des Espagnols et scellent leur empreinte sur la plus petite et la plus occidentale des Iles-Sous-le-Vent. A partir de l’abolition de l’esclavage en 1863, Aruba construit sa diversité multiculturelle sur l’autel d’une immigration asiatique, nord et sud-américaine qui fait aujourd’hui la fierté de ses si accueillants habitants.
 
“L’île heureuse”, comme elle s’autoproclame, chérit son bonheur, et son bon vivre déteint sur ses visiteurs. De toutes les îles de la mer des Caraïbes, ce ridicule (193 km²) caillou au sable aussi blanc que son eau est bleue se targue du plus haut taux de récidive touristique : les novices qui la découvrent reviennent ensuite toujours. Pour beaucoup la tradition annuelle devient quasi séculaire. Située à l’ouest de Curaçao et Bonaire et au nord du Venezuela, Aruba l’oisive est un havre de calme et de jouissance aquatique, à l’image de Baby Beach à sa pointe sud-ouest.
 
Avec ses quelque 100 000 résidents, sa paix sociale, sa richesse matérielle et infrastructurelle, Aruba dénote dans le paysage caribéen pour son imperméabilité aux ouragans. Sur son territoire, les précipitations n’ont pas franchement droit de cité. Forcément, son climat très sec confère toute sa particularité aux paysages de cactus, buissons épineux et de Divi-divi tordus. Dans la quiétude chaleureuse de l’ancienne colonie néerlandaise devenue Territoire d’outre-mer, le visiteur est roi.
 
Première manne financière de l’île, le tourisme est choyé. Mais à force de le cajoler, ce paradis bleu aux plages somptueuses a perdu de son identité originelle. Siroter un cocktail dans une cahute en bois tropicale ou déguster un plat typique dans un restaurant autochtone traditionnel relève presque de l’utopie. Symbole d’une occidentalisation presque outrancière : High Rise et ses complexes hôteliers luxueux empalés les uns sur les autres. Sur cette zone de la côte nord-ouest, à moins de dix kilomètres de la capitale Oranjestad, centres commerciaux, bars, casinos, chaînes de restauration et de vêtements tuent le dépaysement. Aruba n’y est là que densité de matérialisme sans âme.
 
Sur cette côte ouest où se concentrent les touristes et la population locale, il faut se rendre à Malmok Beach pour commencer à s’éloigner des clichés du tourisme de masse. Goûter aux délices d’une Dame nature plus intacte y est plus aisé. Si Aruba se targue à raison de jouir de quelques-unes des plus belles plages des Antilles, étendues sur des kilomètres de sable farineux, la plus sauvage Arashi Beach est de ces trésors. Nichée à la pointe nord, devant le phare California, et adjacente au splendide parcours de golf du Tierra Del Sol Resort Country Club, elle symbolise la beauté intrinsèque d’Aruba. L’eau y est cristalline, le snorkling extraordinaire et quelques coulées de brasse à peine suffisent pour disposer d’une vue impériale sur la côte.
 
En continuant encore quelques kilomètres vers l’extrême nord (à pied ou à vélo de préférence), Aruba offre la magie d’une diversité plus discrète qu’ostentatoire pour le chaland engoncé dans les sentiers battus. Là, devant des dunes de sable ouvertes au vent, les vagues agitées ourlent les rochers noirs. Dans ce décor irlandais, le silence de la contemplation sincère est indispensable.
 
Cette variété de paysage, le parc national Arikok en constitue également un porte-drapeau incontournable. Accessible uniquement en 4x4, dans la partie est de l’île, il représente 18 % de la surface d’Aruba et se compose de trois formations géologiques de l’ère primaire. Populaire pour ses pistes de randonnées, ses mines d’or et la visite des anciennes plantations, Arikok et son micro-climat disposent également d’une piscine naturelle qui vaut le détour. Pour ceux qui veulent quitter Palm Beach ou Eagle Beach, dans le High Rise, y passer une journée entière est une obligation.
 
Aruba, c’est aussi, et surtout, une diversité sous-marine impressionnante. Terre de mariage et de lune de miel comme de retraite paisible et exotique, l’île attire également les amoureux de plongée et de sports aquatiques. Pour les passionnées des fonds sous-marins, ce sont pas moins de 42 sites différents qui sont à leur disposition, avec épaves de la Seconde Guerre mondiale et coraux rares au programme. Ceux qui préfèrent la planche à voile, la voile ou le Stand up paddle surf seront tout autant servis. Les accros ou curieux du Kitesurf seront, eux, au nirvana, l’île étant une Mecque pour ce sport.
 
Contrairement à la boîte de chocolats chère à Forrest Gump, Aruba n’est pas imprévisible : on sait ce qu’il y a dedans. Ile aux deux visages et vide de tout intérêt culturel hormis la spontanéité affable de son peuple, elle ravira en connaissance de cause. Elle pourra aussi décevoir les moins avertis, débarqués à l’improviste en quête d’authenticité.
 
 
Ph.: B. Adler

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