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25/11/2012

Valeurs positives

La Libre, Momento, Autoportrait, Anne Closset, hip-hopAprès des années passées dans le secteur des arts de la scène, Anne Closset réalise aujourd’hui des films documentaires d’auteur et des films d’atelier.


ANNE CLOSSET EN 6 DATES

5 juin 1960 : je suis née à Kisantu, au Congo, alors que l’indépendance grondait. Mais à peine née, il fallait partir, rejoindre la Belgique. J’étais déjà Anne, l’indépendante qui voyage…

Juillet 1968 : j’ai 8 ans, nous quittons Rixensart, la tranquillité de la campagne et les escapades dans les bois, pour aller vivre à Bruxelles. Au début c’était dur, la maison était très petite et l’école bien trop grande !

Novembre 1979 : je suis dans un avion qui m’emmène à New York. J’ai 19 ans, il me faut prendre mon indépendance, voler de mes propres ailes. Je pars seule pour une année d’aventures où tout me semble possible. J’ai besoin de me sentir libre de prendre le temps, de voir le monde, pour pouvoir l’appréhender. Une deuxième naissance.

Avril 1997 : un avion m’emmène dans le désert du Mojave, près de Las Vegas. J’ai décidé de tout arrêter, de faire le vide. J’ai travaillé pendant 15 ans dans les arts de la scène comme comédienne puis productrice. Je suis épuisée et triste, mais mûre pour aller vers une envie qui m’a toujours animée : réaliser des films.

Avril 2002 : naissance de mon premier film “Parle”. Il s’intéresse au travail du célèbre metteur en scène tunisien, et ami, Fadhel Jaïbi. Réalisé en arabe dialectal, ce film questionne la société tunisienne et son rapport à la parole au travers d’une expérience théâtrale.

Mars 2012 : naissance de mon dernier film “Get Your Funk !”. Ce documentaire témoigne d’une expérience exceptionnelle en danse urbaine en Belgique. Au-delà du hip-hop dont il dévoile les fondements, il interroge la place de l’artiste dans notre société.


UN EVENEMENT DE MA VIE

Lorsque j'ai entendu parler du projet “Du tremplin à la scène hip-hop” porté par le Centre culturel Jacques Franck, j’ai proposé de venir filmer quelques moments de cette formation afin de laisser une trace. Après quelques jours de tournage, il m’a semblé évident qu’il fallait en faire un film. Aucun documentaire sur la danse hip-hop n’avait encore vu le jour en Belgique alors que le mouvement existe depuis plus de 30 ans !
Le hip-hop a un langage très codifié au niveau de la gestuelle et très en lien avec l’histoire sociale des grandes villes américaines. C’est aussi une culture qui porte des valeurs positives. Il y a un vrai enjeu à faire reconnaître cette danse en Belgique et tout le mouvement qui y est lié. J’ai le sentiment qu’il y a toute une part d’identité qui appartient à la jeunesse et que le monde d’aujourd’hui ne reconnaît pas. Ça a été une grande découverte pour moi.
La plupart du temps, ce genre de film reste dans des tiroirs après (au mieux) une diffusion télé et le public n’y a pas accès. Pour faire ce lien et rendre accessible cette expérience, nous avons décidé de sortir un DVD. Pour les petits producteurs indépendants que nous sommes, c’est un vrai événement de mettre tout ça en œuvre !


UNE PHRASE

“Peace, Love, Unity & Having Fun.”
C’est la devise du mouvement hip-hop et je trouve finalement qu’elle me correspond assez bien ! J’ai envie de la poser à la mémoire de Jean-Claude Pambé Wayack, artiste, chorégraphe et pédagogue, qui me l’a transmise et qui nous a quittés alors que l’on finissait ce film, qui lui est dédié.


TROIS SPECTACLES

“Fastes Foules” d’Ymagier Singulier
Créé en 1982 par un collectif dont je faisais partie, l’Ymagier Singulier s’inspirait des Rougon-Macquart de Zola. Ce spectacle, dont la première fut donnée à Milan, a beaucoup influencé le théâtre italien. Théâtre total, physique, visuel, où le public était inclus dans le décor. La limite entre le réel et la fiction était très ténue. Ce spectacle fut tellement à l’avant-garde au niveau formel que, comme comédienne, j’ai eu l’impression que tout était là. J’ai encore joué une pièce après cela mais très vite j’ai décidé d’arrêter le théâtre.

“Familia” de Fadhel Jaïbi
Lorsque j’ai vu ce spectacle à Tunis en 1994, je n’en ai pas compris un mot et j’ai pourtant l’impression de n’en avoir rien perdu. C’était une tragi-comédie autour du charme discret de la vieillesse dans la bourgeoisie tunisoise, avec quatre comédiennes sur scène. Leurs personnages étaient tellement incarnés, dégageaient une force, une justesse de jeu qui me donnaient des frissons. Elles étaient méconnaissables, un violent contraste avec ce qu’elles sont en réalité. Une performance d’acteur dans ce qu’elle a de plus abouti.

“Du Tremplin à la Scène Hip-hop”
Ce spectacle au pluriel sera joué à nouveau au prochain festival de danse du Jacques Franck au printemps. Trois univers tout à fait différents qui nous prouvent que la danse hip-hop peut nous emmener loin, sans cloisonnement de style ou de genre. C’est un langage ouvert et en perpétuelle recréation. Ces jeunes danseurs se le sont réapproprié pour en faire quelque chose de très personnel, tantôt graphique, tantôt vers le music-hall, tantôt vers l’engagement et l’épuration de la forme.


TROIS VILLES

New-York
J’ai eu le coup de foudre pour cette ville. J’y ai vécu 6 mois, uptown à Harlem, et j’y ai découvert la culture noire américaine. Cela sonnait déjà hip-hop dans les rues. C’était la ville de la création et de l’avant-garde. Je prenais des cours de danse afro-cubaine et de mime. J’ai fait un assistanat à la mise en scène de Françoise Kourisky au Théâtre de la Mama. Cette ville me donnait plein d’audace, tout me semblait possible.

Tunis
Quand je suis à Tunis, c’est comme si j’étais un peu chez moi. J’y ai monté en 1994 une production théâtrale, “La maison de Bernarda Alba”, qui réunissait des comédiennes tunisiennes et belges. Au travers de cette aventure, j’ai rencontré des personnes qui, au fil du temps et des projets, sont devenues des personnes importantes. C’est aussi à Tunis que j’ai fait mes premiers pas en cinéma.

Bruxelles
C’est la ville où je vis, c’est souvent à partir d’elle que je construis mes films. Dans “Au-delà”, j’accompagne Emin, un jeune turc du Quartier Nord, dans une quête identitaire qui le conduira vers une résilience. Avec Carmen Blanco Principal, je réalise deux projets avec des habitants de Schaerbeek : “Intérieur Rue” qui donne naissance à 21 courts métrages réalisés avec les habitants de deux rues, et un moyen métrage, “Extérieur Rue”, qui s’intéresse à la vie d’une rue et questionne ses utopies. Une rencontre avec des adolescents de l’école Mercelis donnera naissance à une fiction-documentaire : “Comme une envie de Bouger”.


TROIS FERMES

La Ferme Bio Champ d’Ail
Christian était parmi les premiers à se lancer dans le maraîchage bio. A l’époque, tout le monde le prenait pour un fou qui n’arriverait pas à gagner sa vie. Aujourd’hui, à travers le réseau bruxellois des Groupes d’Achats Solidaires à l’Agriculture Paysanne auquel je participe activement, c’est Christian qui me nourrit !

La Ferme de Jambjoule
La petite ferme herbagère de Bernard et de sa famille fait de l’élevage de vaches jerseys et d’agneaux. Ils transforment leur lait en fromages succulents et fournissent une viande bio pleine de qualités. Leurs troupeaux participent aussi à la gestion des paysages de la Famenne namuroise. Il faut leur rendre visite.

La Ferme Arc-en-ciel
Au-delà des variétés de légumes anciens qu’elle produit, j’aime beaucoup cette ferme pour son amour de la terre très contagieux. Elle défend une réflexion très avant-gardiste et engagée sur la manière de produire les denrées et la façon de renforcer le lien entre producteurs et consommateurs.


UNE DATE

Janvier 2012
Le printemps tunisien et… la menace.
J’ai le sentiment que cette révolution marque un tournant, dans la manière dont les sociétés s’organisent. Face à des positions qui se radicalisent, c’est comme si l’individu prenait davantage en main son pouvoir de changement.
Là où l’artiste belge est aujourd’hui menacé dans son économie et donc dans sa survie en tant qu’artiste, en Tunisie c’est de menace de mort qu’il s’agit.
Et puis c’est au printemps que poussent les meilleurs légumes !


Ph.: Johanna de Tessières

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