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01/12/2012

Pas si simple d’identifier un “haut potentiel”

La Libre, Bien-être, identifier, détecter, enfant, haut potentielIl ne suffit pas – ou plus – d’avoir un QI supérieur à 130 pour être classé “HP”. Il existe en effet plusieurs formes de HP et la réalité s’avère nettement plus complexe. De la nécessité d’adapter les critères.

Entretien: Laurence Dardenne


IL FUT UN TEMPS PAS SI LOINTAIN – et d’ailleurs peut-être est-ce toujours le cas – où, à entendre les discussions de mamans pas peu fières, on aurait pu croire qu’il y avait, en moyenne, un HP par foyer. Un quoi ? Ben, un HP, un enfant à haut potentiel. Un surdoué, si tu préfères. Ah… L’une avait son petit dernier brillant au point de pouvoir passer de sa troisième année de primaire directement à la cinquième en sautant la quatrième, mais finalement, on ne l’a pas fait, question de maturité ... Une autre avait sa gamine qui cartonnait … en première année primaire. Et la troisième, un petit matheux – avec une bosse (des maths) à lui défigurer le visage – dont on avait prédit, dès ses 7 ans, qu’il serait plus que probablement un sacré ingénieur, parce qu’on n’a pas osé dire un Nobel. Comme s’il suffisait d’aligner trois 96 % sur son bulletin de 2e primaire pour se voir labelliser HP !
 
La chose n’est pas aussi simple et ce n’est pas le Pr Jacques Grégoire, de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation à l’UCL, qui nous contredira. Lui qui donnera, ce mardi 4 décembre, à Louvain-la-Neuve, une conférence grand public sur les personnes à HP (1). En l’intitulant “Les défis de l’identification du haut potentiel”, l’orateur annonce la couleur.
 
 
Qu’on se le dise d’emblée, il n’existe pas de définition du HP qui soit universellement acceptée. Les critères vont dépendre de la nature même du HP , nous dit Jacques Grégoire. Depuis les premiers tests de développement intellectuel, datant de 1905 et mis au point par les docteurs et psychologues français Alfred Binet et Théodore Simon pour identifier les retards chez l’enfant, à l’utilisation du QI, due au psychologue américain Terman, comme critère de haut potentiel intellectuel, bien des subtilités sont apparues et des questions se sont posées, mettant en évidence une réalité nettement plus complexe.
 
Au cours du temps, on s’est rendu compte que le haut potentiel intellectuel pouvait se manifester dans des facettes très différentes, qu’il soit plutôt orienté vers la facette verbale, numérique, visio-spatiale…, nous dit encore le psychologue. Même dans le domaine strictement cognitif de l’activité mentale, on peut en effet avoir des facettes très différentes. En outre, on peut avoir des hauts potentiels dans des domaines de compétence qui sont non intellectuels : on peut par exemple être très brillant dans un domaine sportif ou artistique, créatif… Le haut potentiel peut donc se manifester dans de nombreux domaines et ces facettes peuvent se combiner avec d’autres. Ainsi, un HP verbal et artistique.
 
Au fil du temps et des recherches, les formes de HP sont ainsi apparues comme de plus en plus variées, d’où la difficulté de les identifier. Et d’où le thème de la conférence : “Les défis de l’identification du haut potentiel”.
 
Le développement ces dernières années de tests d’intelligence permettant de mesurer une palette d’aptitudes de grande amplitude, en plus du traditionnel QI, a remis en cause nos pratiques d’identification du haut potentiel, précise à ce titre le Pr Grégoire, dans le cadre de sa conférence. Des tests comme le WISC-IV ou le KABC-II (NdlR : pour les initiés…) mettent aujourd’hui en évidence des profils hétérogènes chez de nombreux enfants antérieurement identifiés comme à haut potentiel sur la base de leur seul QI. Parallèlement, les modèles récents du haut potentiel soulignent l’importance de caractéristiques non intellectuelles comme la motivation ou la créativité. Cet élargissement du tableau psychologique associé au haut potentiel remet en question les critères diagnostiques classiques et laisse certains praticiens perplexes et désemparés…
 
La conférence exposera les principaux problèmes diagnostiques et présentera diverses pistes pour les surmonter.
 
(1) La conférence sur “Les défis de l’identification du haut potentiel”, par le Pr Jacques Grégoire, aura lieu le mardi 4 décembre de 18 h 30 à 20 heures, à l’auditoire Socrate 11, Place Cardinal Mercier, 10 à Louvain-la-Neuve. Entrée libre et gratuite. Rens. : IPSY – Institut de recherches en sciences psychologiques. Tél. : 010 47 45 47. Site : www.uclouvain.be/ipsy.htlm
 
 
Et l’intelligence, au fond, c’est quoi ?
 
Tout comme il n’existe pas de définition universellement acceptée du haut potentiel, on ne peut pas dire qu’il y a une seule et même définition de l’intelligence qui soit acceptée par tous. Demandez à 100 personnes de vous définir ce qu’est pour chacune d’entre elles l’intelligence et vous aurez autant de définitions différentes, nous dit Jacques Grégoire. Pour moi, l’intelligence, c’est l’organisation de toutes vos facultés mentales de manière à résoudre des problèmes : cela inclut la mémoire, l’attention, l’analyse visio-spatiale, le raisonnement numérique… Toutes ces facultés concourent à l’intelligence. On pourrait dire que l’intelligence, c’est l’organisation efficace de votre système cognitif.”
 
Lors de la conférence, nous expliquerons que le développement des modèles de l’intelligence montrent à la fois la complexité du HP et sa variété, nous explique encore le psychologue. Car en fait, il n’y a pas un HP, mais il y a bien plusieurs formes de HP. Ce qui soulève la question de la référence à un critère unique. Très longtemps, on a estimé qu’au-dessus de 130 de QI, une personne était HP. Maintenant que l’on sait que l’intelligence est un phénomène complexe, qui comprend de nombreuses facettes, on se rend compte que certains sujets peuvent avoir des facettes très performantes et d’autres qui le sont moins. Il est en effet rare d’avoir des sujets performants dans tous les domaines.
 
La conférence tentera de démontrer que les critères utilisés aujourd’hui s’avèrent très simplistes et qu’ils doivent être revus. “Le critère classique du QI supérieur à 130 comme indicateur de haut potentiel présente plusieurs limites qui nous conduisent à l’utiliser avec beaucoup de prudence, écrit à ce titre le Pr Grégoire (1). Si, dans certains cas, il est un indicateur pertinent, dans d’autres cas, il ne nous permet pas d’identifier correctement certains enfants à haut potentiel. Dans le cadre de l’examen, il est important de prendre en compte l’hétérogénéité des performances et l’histoire développementale de l’enfant. Il faut aussi être attentif à des facettes de l’intelligence qui ne sont pas prises en compte dans les tests classiques de QI. Quant aux caractéristiques comportementales et émotionnelles, elles permettent d’enrichir le tableau clinique, mais ne peuvent servir de critères diagnostiques. Les praticiens ne doivent pas perdre de vue que les EHP ne constituent pas une population homogène. Même si ces enfants partagent certaines caractéristiques, ils se différencient également en fonction de leur histoire et des conditions d’actualisation de leurs potentialités .”
 
(1) Article paru dans le n°119 de la revue scientifique “A.N.A.E.” (approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant).
 
 
Ph.: Reporters/Image Source

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