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03/12/2012

Les nouveaux paysages radiophoniques

La Libre, Momento, Derrière l'écran, radio, 2.0, radio france, arte radioRadio France surfe sur la vague de la radio à la demande, initiée il y a dix ans par une pionnière,
Arte Radio. Avec davantage de moyens dédiés, le groupe public investit le champ des nouveaux médias, pour toucher plus de publics, sans perdre son âme.

Entretien: Caroline Gourdin, correspondante à Paris


“LE MATIN, LES AUDITEURS écoutent la radio sur leur smartphone, en utilisant éventuellement la fonction réveil de notre application. Ils emmènent leur mobile à la salle de bain, puis allument leur poste de radio à la cuisine. Dans leur voiture, ils sont toujours en mode analogique. Et au bureau, ils écoutent la radio sur le Web”, résume Joël Ronez, le responsable des nouveaux médias à Radio France (et ex-responsable des développements Web d’Arte). En doublant ses effectifs dédiés aux nouveaux médias (de 70 à 140 personnes d’ici à 2013), Radio France veut s’adapter à un nouveau mode de consommation dans un pays où plus de 20 millions de podcasts sont téléchargés chaque mois.
 
Quels sont les enjeux du développement de Radio France sur le Web, les smartphones, tablettes et télés connectées ?
Il s’agit d’écrire le futur de Radio France, de garantir notre mission de service public, en produisant des contenus qui correspondent à notre cahier des charges et qui soient adaptés à l’écosystème dans lequel on les consomme. C’est pour cela que l’on considère le Web comme un média à part entière, un endroit où on peut créer, et pas seulement comme un champ de distribution. Il y a une dimension d’ordre éditorial, qui consiste à renouveler les modes d’écriture, et une logique de distribution, à savoir être présent avec nos programmes et nos services là où les audiences se trouvent. Les modes de consommation ont changé, la concurrence se fait plus vive dans le secteur des médias, et la radio, comme tous les médias d’information ou culturels, se numérise : 8,9 % de l’écoute, un jour moyen de semaine en France (chiffres Médiamétrie), se font sur un terminal numérique. Et cette proportion va augmenter.
 
Vous cherchez à toucher de nouveaux publics.
On s’adresse à des populations qui ne sont pas forcément des auditeurs de la radio linéaire historique. On ne se contente pas de décliner l’offre spécifique des chaînes sur les nouveaux supports. On crée aussi des offres originales dans le champ du Web. Ce qui nécessite des équipes et des lignes éditoriales autonomes, en cohérence avec la ligne éditoriale globale de Radio France.
 
Ce qui signifie concrètement ...
Nous préparons pour le 28 janvier 2013 un site sur la création sonore en multicanal (version 5.1), “NouvOson”, avec des concerts, des documentaires, des fictions et des reportages. On va lancer la refonte du site France Bleu pour les 43 stations locales, le premier à utiliser la géolocalisation comme critère de distribution de l’information : avec des contenus sélectionnés en fonction du lieu où l’auditeur se trouve. Nous souhaitons aussi inscrire la radio dans une logique de numérisation de la diffusion, dont on n’a pas la connaissance des échéances. En Belgique, il y a une forte demande des radios d’avoir un plan sur le sujet et nous y sommes très attentifs. Je partage avec la RTBF la conviction que la radio sera numérique, hybride et visuelle.
 
Quel est l’intérêt de la radio numérique terrestre ?
Aujourd’hui, on est sur un format, la radio analogique, qui n’a pas évolué depuis 30 ans. Avec le numérique, vous diffusez plus de chaînes, du son de meilleure qualité, des données associées et d’autres formats, comme la vidéo.
 
Jean-Luc Hees, le patron de Radio France, disait à la rentrée qu’il ne souhaitait pas que l’on place systématiquement des caméras dans les studios pour ne pas dénaturer la radio…
La tendance sur les tranches d’information est à la captation systématique. Europe 1 filme sa matinale pendant 4 heures, Oüi FM et BFM aussi, la RTBF réfléchit à des formats convergents… On produit déjà plus de 200 heures de radio filmée par an et nous allons augmenter le quota. Les studios sont équipés de caméras pour les matinales, les chroniques. Mais nous nous posons la question de la retransmission de ces images en direct, ce qui suppose des décors, des éclairages, peut-être du maquillage, de la post-production. Le souci de Jean-Luc Hees est que cela soit fait de manière pertinente. La radio reste un média de flux, avec des moyens légers, ce que la télé n’est pas. France Info et BFM TV peuvent faire des produits qui se ressemblent, mais ne seront jamais les mêmes. L’image ne doit pas modifier l’approche éditoriale. Elle ajoute seulement une dimension qui permet d’assurer une meilleure distribution.
 
Quels sont vos projets sur les applications mobiles ?
Le mobile est notre terrain de développement prioritaire. Nous avons une appli pour chacune des 7 chaînes, plus Radio France Direct et Radio France Podcast, qui doit sortir en décembre. Le mobile s’apparente à ce que le transistor a été pour l’explosion de la radio comme média de masse. Il est sur vous, il est fait nativement pour écouter du son, et il a une voix de retour puisqu’il permet à l’auditeur de réécouter un programme, de réagir et de le partager sur les réseaux sociaux. En 2013, nous allons investir sur nos offres Radio France, par chaîne, et sur nos offres thématiques, avec une appli sur Marseille, capitale européenne de la culture “Marseille Provence 2013”, une appli “France Bleu football” pour retrouver tous les matchs des deux premières divisions en direct, une appli autour de la fiction et des offres contributives, comme un projet sur le centenaire du Tour de France.
 
Quid de votre plateforme musicale ?
Elle donnera accès en juin 2013 à des playlists thématiques, avec une forte éditorialisation autour d’un catalogue d’1,8 million de titres, très documenté. Nous avons encore un gros boulot technique, et nous sommes en discussion avec l’industrie musicale, notamment pour les droits d’auteurs.
 
Vous avez obtenu plus de moyens en 2012, 6,7 millions d’euros, contre 4,3 millions en 2011. En 2013 ?
Les arbitrages n’ont pas été rendus, mais nous sommes dans une perspective de stabilité, de consolidation des investissements, qui représentent 2,4 millions d’euros. Ce qui, dans un contexte de recettes budgétaires en baisse pour le groupe, est bon signe.
 
 
Ph.: Radio France

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