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09/12/2012

Dans l’Anvers du décor

La Libre, Momento, Derrière l'écran, coulisses, Gazet van Antwerpen, rédactionAnvers, agglomération de plus d’un million d’habitants, a son journal éponyme depuis plus de 120 ans. Impossible d’évoquer la ville sans rendre visite à ceux qui ont pour métier d’en parler chaque jour.

Reportage à Anvers: Samuel Hoste


AU SORTIR DU TUNNEL Kennedy et à un jet de pierre de l’Escaut, coule l’encre de la “Gazet van Antwerpen”. Le quotidien anversois est incontournable dans le paysage médiatique de la province. Après plusieurs mues, celui-ci revendique son ancrage régional et veut démontrer qu’il est possible d’allier une certaine qualité à une proximité certaine.
 
Sur l’immense façade vitrée qui longe le boulevard , s’alignent les lettres du logo du journal. Passé la porte, on se perd un peu dans ce cube tout vitré, où quelques œuvres d’art moderne apportent de rares touches de couleur. Au centre, un arbre paré de mille lumières dorées rappelle que les fêtes de fin d’année ne sont plus très loin. Enfin, voici l’accueil, où nous nous annonçons. Deux secondes plus tard, le rédacteur en chef, Pascal Kerkhove, vient nous accueillir et nous introduit dans la rédaction.
 
A l’entrée, des présentoirs proposent les six éditions du jour de la “Gazet”. A gauche, un porte-manteau et des casiers, à droite, le service marketing et, dans le coin de la pièce, une immense sculpture moderne, une vache brune comme en dessinent les enfants. Devant le bureau du rédacteur en chef, une autre sculpture, un bloc et une chaîne d’amarrage, fait penser aux docks. Sur le mur d’en face, défile le télétexte de la VRT. Il est 10 heures et la rédaction s’anime doucement.
 
10 h 15. Le tintement d’une cloche retentit à travers le silence de l’open space... Le son fait penser aux écoles des années 50, en décalage total avec le décor ultra-moderne. Les journalistes et la rédaction en chef prennent place autour de la table de réunion. Peu de sièges sont vides. Bics et blocs note ont toujours la cote, seul un iPad s’est invité à côté du traditionnel papier.
 
La réunion commence par le débriefing de l’édition du matin. Ensuite, le newsmanager fait le tour de la table pour noter les sujets que les journalistes ont repérés. Cela va de la polémique aux Pays-Bas sur le caractère raciste du “Zwarte Piet” qui accompagne saint Nicolas au règlement urbanistique flamand, en passant par l’ouverture d’un nouveau restaurant “raw food” et l’annonce de la future naissance royale en Angleterre. Pour chaque sujet une petite discussion s’engage : “Que fait-on ?” “A ce propos, j’ai lu ça sur tel site...” “Comment penses-tu traiter le sujet ? “Bof, si tu n’as rien de neuf sur la polémique aux Pays-Bas, laisse tomber.” Etc. Au sortir de la réunion, les journalistes disparaissent fumer à l’extérieur malgré la pluie battante.
 
11 h. Sur le tableau blanc à côté du bureau des journalistes politiques, on peut lire à gauche l’équation N-VA + CD&V + Open VLD = 30/50 (sièges). “C’est notre war board”, rigole Patrick Van de Pere, le chef de la section info locale. A droite une liste de communes et les majorités potentielles. “Anvers est divisée en 9 districts qui disposent de compétences propres. Ceux-ci sont chapeautés par le pouvoir communal”, explique-t-il à propos de la spécificité de la gestion politique anversoise. En effet, après avoir englobé huit autres communes en 1983, Anvers est la seule commune belge avec une telle structure hiérarchique.
 
 
13 h 20. En plus d’avoir appelé le restaurant, Kristin Matthyssen a recueilli le témoignage d’une famille qui ne mange plus que des aliments crus. Son article prend forme. “Infanta, ça veut dire princesse en espagnol ?”, demande tout à coup Dirk Hendrickx, qui fait le tour des jeunes héritiers du trône dans le gotha européen.
 
13 h 30. La rédaction s’anime. Les claviers chauffent et les GSM aussi. Peter Goris, le newsmanager, vient s’enquérir de l’avancement des recherches de Wim Brillouet. Le dossier est particulièrement complexe. Il s’agit de la réglementation pour la construction d’habitations en milieu naturel. Peter met le doigt sur ce qui deviendra l’angle du papier de Wim : toutes les provinces n’ont pas encore fini de cartographier leur territoire; des constructions actuelles pourraient donc devenir illégales dans quelques temps. Peter se tourne ensuite vers Kristin : “Tu as des photos pour ton sujet ?” “Je pensais qu’on pouvait peut-être envoyer un photographe au restaurant”, répond-t-elle. Peter acquiesce : “Ok, c’est noté.”
 
 
14 h 05. Dehors, le ciel s’éclaircit. Patrick Van de Pere et Rudy Collier discutent des relations entre le secteur culturel et Bart De Wever. La rumeur veut que celles-ci soient tendues mais qu’en est-il réellement ? Tous deux réfléchissent à la question de savoir qui serait l’interlocuteur idéal pour en témoigner. “On soupçonne un conflit ou du moins une divergence d’opinion”, précise Patrick. “Encore faut-il trouver les bonnes personnes pour témoigner. On ne peut pas se contenter de confronter le point de vues des extrêmes. Quelle en serait la valeur ajoutée ?”, conclut-il.
 
15 h. Le tram glisse en silence devant le bâtiment. Quelques minutes plus tard le photographe vient livrer ses images au desk photo.
 
15 h 45. Patrick brieffe la secrétaire de rédaction qui s’occupera des pages de son service. La tension monte du côté des newsmanagers. Les différents responsables de rubriques ont envoyé leur programmation et Peter prépare le planning de la réunion de 16 h.
 
15 h 55. Tom De Smet, le newsmanager du soir, a répéré une photo sur Facebook d’un saint Nicolas noir et d’un Zwarte Piet blanc. L’info fait le tour de la rédaction comme une traînée de poudre. Et le sujet qui avait été abandonné ce matin reprend de l’actualité. C’est Dennis Van Damme qui va s’en charger. De son côté Sacha Van Wiele croise les infos qu’il a reçues sur les négociations politiques en cours. Celles-ci sont contradictoires. Il fait le point avec Patrick pour voir s’il est possible d’en tirer une conclusion.
 
16 h 30. Dennis a retouvé la trace du “Witte Piet” et l’a eu au téléphone. L’histoire n’est pas directement en lien avec la polémique néerlandaise mais est suffisamment intéressante pour qu’il en fasse un papier. Il contacte l’association qui a posté la photo, il s’agit d’une asbl qui œuvre au rapprochement des communautés.
 
18h12. La cloche sonne à nouveau. Quelques minutes plus tard la réunion du soir commence. Tom fait le point sur le contenu du journal page par page. Le sujet de Kristin se situera en page 6, entre l’histoire des saint Nicolas et Zwarte Piet “inversés” page 5 et celle sur les constructions illégales en page 7. Les jeunes têtes couronnées trouveront place page 11. Pour la une, les deux sujets forts du jour sont moins locaux. Proposition est faite de descendre le logo pour mettre une info locale tout en haut de la page. Le rédacteur en chef accepte en émettant une réserve. “Je veux d’abord voir à quoi cela va ressembler”, conclut-il.
 
 
Ph.: Johanna de Tessières

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