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17/12/2012

Au pays de la Petite Pierre

La Libre, Momento, Escapade, randonnée, parc régional, Vosges du Nord, FrohmuhlEté comme automne, le Parc naturel des Vosges du Nord offre un superbe espace de randonnée à quelques heures de Bruxelles pour un prix défiant toute concurrence.

1 kilomètre à pied... Valentin Dauchot

LA BELGIQUE A TENDANCE à enchaîner les saisons plus vite que la Norvège. Passé le mois d’octobre, les brumes hivernales succèdent aux douceurs d’été en un rien de temps, au grand dam des amateurs de promenades qui se replient sur la taverne la plus proche ou sortent l’appareil à raclette avec quelques semaines d’avance. Pour les irréductibles, il reste deux alternatives : braver le crachin et se lancer à l’assaut d’une marche éclair, ou quitter le royaume le temps d’un long week-end pour s’aventurer au-delà de nos Ardennes nationales. Exit le plat pays, cartes et compas sont ressortis d’un vieux cartable pour localiser une montagne accessible dans un rayon de 400 km avec la ferme intention de partir en trekking, mais la tâche n’est pas aussi aisée qu’elle y paraît : la Suisse est trop éloignée, le Luxembourg trop proche, et les Alpes tout simplement inaccessibles ! A viser trop haut, on oublierait presque que les montagnes du sud des Vosges sont précédées, au Nord, par quelque 130 000 hectares de vallées généreuses et de forêts infinies où des milliers de sentiers balisés relient entre eux d’authentiques villages de gîtes.
 
 
Bienvenue dans le Parc régional des Vosges du Nord ! “Destination européenne d’excellence”, clament à l’envi guides et brochures qui cherchent désespérément à attirer des touristes en voie de disparition. L’année n’a pas été bonne, et le climat pluvieux des mois passés est définitivement venu à bout des derniers habitués.
 
Moins connues que leurs sœurs montagneuses, les vallées alsaciennes regorgent pourtant de charme et de villages assoupis qui offrent à très bon prix des gîtes de qualité. A Frohmuhl, par exemple, petite localité de 200 âmes coincée entre deux collines, les habitants aussi sont partis. Descendus vers Strasbourg pour y trouver du travail. Depuis que la gare a été supprimée pour diminuer le temps de trajet vers Sarreguemine, il faut se rendre dans le village voisin de Tieffenbach pour rejoindre la ville la plus proche et trouver un peu d’activité. En langue allemande, pratiquée dans toute la région, Froh signifie “joyeux” et “Muhl”, le moulin. La joie ne saute pas aux yeux, mais le moulin, lui, est bien là et trône juste en face du restaurant du village tenu par un couple sympathique. “Ici, il n’y a que des veuves et des personnes âgées”, soupirent les tenanciers du “Lavoir”, seul lieu de restauration des environs, mondialement réputé pour sa Flammekueche. Une onctueuse tarte flambée, garnie d’un subtil mais roboratif mélange de crème, lardons, oignons et fromage, à faire éclater de plaisir la panse des plus affamés. “Avant, nous avions beaucoup de touristes belges et suisses, mais avec la pluie, il n’y a plus personne”, ajoutent-ils alors qu’arrivent le gratin vosgien et la bouteille de Pinot noir. “Beaucoup de restaurants de la région ont fait faillite parce que la France ne fait absolument rien pour soutenir les villages. L’usine d’orfèvrerie a dû fermer, la cristallerie existe encore mais elle a été rachetée par une entreprise suisse, et il n’y a plus beaucoup de petites entreprises, faute de clients.”
 
 
Pas l’ombre d’un agriculteur ou d’un éleveur. L’activité économique est au point mort, mais ce qui frappe – et concerne – nettement plus le voyageur, c’est l’extraordinaire gentillesse des habitants qui soignent leur accueil avec énergie et nous indiquent volontiers les sentiers de randonnée les plus prisés. Ici aussi, il y en a pour tous les goûts ! De la petite balade digestive de trois heures au sentier escarpé de deux jours qui traverse le Château fortifié de Lichtenberg, le village de la Petite Pierre et les Maisons de Rochers, utilisées autrefois comme entrepôts d’abbaye.
 
Dans les régions, tout a une histoire que les musées se font un plaisir d’illustrer, mais l’essentiel est ailleurs, étalé à perte de vue dans un espace naturel où vert, jaune, rouge et brun se mélangent à l’infini pour sublimer un paysage de grès rose qui touche à la magie lorsque le soleil se couche. De pins et de feuillus, les forêts débouchent ci et là sur un rocher, une ruine, une ancienne fortification ou une petite maison au colombage fleuri qui permettra, avec un peu de chance, de s’attaquer à la gastronomie locale. Personne ne vient interrompre la quiétude des lieux où tout incite à prendre son temps, et quelques jours durant : on mange, on dort, on marche, et l’on s’échappe du quotidien avec une facilité déconcertante dans ce microcosme délicieusement désuet. Certains week-ends, ça fait du bien.
 
 
Ph.: Valentin Dauchot

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