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18/12/2012

Et le pédopsychiatre s’imagina grand-père…

La Libre, Momento, Bien-être, rôle, grand-parent, Marcel Rufo, Grands-parents à vous de jouer L’envie lui est venue brutalement, mais à présent, le PMarcel Rufo est prêt à jouer ce nouveau rôle. Dans son dernier ouvrage, il se projette en situations avec son futur petit-enfant imaginaire.

Entretien: Laurence Dardenne


PARFAIT. LE PMARCEL RUFO SERA LE GRAND-PÈRE parfait. C’est en tout cas ce qu’il nous a répondu du tac au tac quand on lui a posé la question du grand-père qu’il sera un jour alors qu’il venait nous entretenir de son dernier ouvrage, un essai, intitulé : “Grands-parents, à vous de jouer” (*).
 
 
Car voici le célèbre pédopsychiatre français arrivé à cette nouvelle tranche de vie, paré à “jouer” le rôle du grand-père. L’envie lui est venue brutalement , nous confie-t-il. Lorsque nous l’avions rencontré à l’occasion de la sortie de son précédent ouvrage, loin de lui cette idée : Nous sommes tous des grands-parents imaginaires avant de devenir des grands-parents réels, écrit-il. Nos petits-enfants existent dans nos têtes avant d’être présents dans nos vies. J’ai envie aujourd’hui d’être grand-père, ce qui n’était pas le cas il y a seulement un ou deux ans. Comme le désir d’enfant, le désir de petit-enfant est précédé d’une période de maturation, mais il finit un jour par s’imposer dans notre pensée. Je suis prêt désormais, mais comment faire pour anticiper les situations que je pourrais traverser avec ces petits-enfants à venir ? Une solution : leur écrire des lettres .”
 
Et donc voilà comment se présente la seconde partie de l’ouvrage. Une succession de cas de figure, situations de la vie quotidienne, que ce soit face à un échec scolaire, les émois d’une amourette, la transmission d’une passion, de valeurs, l’évocation de la religion, une séparation des parents, la vie en vacances, les dangers de la Toile, la drogue, la maladie, le partage d’un hobby, la première cigarette…
 
Mais avant de se projeter dans ces multiples situations avec son futur petit-enfant – fille ou garçon ? – imaginaire, décrites par le grand-père avant d’être décryptées par le pédopsychiatre, Marcel Rufo propose, en première partie de l’ouvrage, une “Plongée dans la mémoire”. L’auteur nous conte le lien très fort qui l’a uni à sa grand-mère, Eugénie, sacrée personnalité, Arbre de vie , qu’il remercie pour son enfance, son optimisme, sa force dans les difficultés .
 
 
L’envie de devenir grand-père lui est ainsi venue subitement. Depuis que ma fille a terminé toutes les études que j’ai voulues qu’elle fasse, c’est-à-dire celles que j’aurais voulues faire et qu’elle a faites à ma place. Depuis qu’elle a rempli le mandat que, sans réfléchir une seconde, je lui ai demandé” , analyse Marcel Rufo. Avant de passer à l’autocritique : Parce que j’ai dû être pénible, comme père… Heureusement qu’elle a une mère plus cohérente ! Ma fille a été gentille. Elle est à présent conseillère à l’Elysée et, maintenant qu’elle est grande, j’ai envie d’une seconde chance. De persécuter une autre petite fille, ou un petit garçon…” Il sourit de son regard malicieux.
 
“Je rêverais – je vous le confie – d’avoir un joueur de rugby un peu féroce qui plaque bien les All Blacks ou les Anglais… , poursuit-il. Et s’il n’aime pas le rugby ? Alors là, non, s’il joue au foot, je meurs… Il doit être un joueur de rugby qui compense ma médiocrité dans ce sport , où on m’avait baptisé ‘épuisette’. Je vais l’amener avec moi, avec les écharpes, les déplacements dans le Sud-Ouest… Et Rufo s’y voit déjà.
 
Si c’est une petite-fille ? Alors, j’aimerais bien qu’elle fasse un métier difficile, à risque, avec doute de soi… Comme comédienne. Pour que je puisse discuter des nuits entières avec elle sur le rôle de l’actrice, les difficultés du cours Florent… J’adorerais ça .”
 
Hâte d’être grand-père ? Depuis que j’ai écrit le livre, ça va mieux. C’était cathartique. Puis, je me tue à la fin du livre. Depuis que je me suis tué, ça va mieux…
 
 
(*) Grands-parents, à vous de jouer, PMarcel Rufo, essai, Anne Carrière, 17 €.
 
 
Mais au fond, quel est le rôle des grands-parents ?
Et quel n’est pas leur rôle ?
 
De notre entretien avec le Pr Marcel Rufo, voici quelques morceaux choisis.
 
Les erreurs à ne pas commettre : “Il faut prendre garde, en tant que grand-parent, à ne pas rejouer ce que nous avons manqué avec nos enfants, c’est-à-dire à ne pas être ‘trop bien’ là où on a été parfois mauvais.”
 
 
Est-ce grave ou mal, pour un grand-parent, d’avoir un chouchou parmi ses petits-enfants ? “C’est normal et même inévitable. Il faut surtout que le grand-parent soit attentif à celui avec lequel il a moins de facilités, qu’il fasse un effort avec celui-là. Un peu comme dans la paternité ou la maternité. On a toujours un enfant qu’on préfère. Il n’y a que les parents qui disent qu’ils aiment ‘pareil’ tous leurs enfants. C’est une grosse bêtise parentale.
 
Dans les consultations, l’alliance des grands-parents est-elle indispensable ? “Oui, aujourd’hui, le pédopsychiatre ne pourrait pas fonctionner sans eux. Ils peuvent apporter une certaine distance, donner un avis, dire s’ils sont ou non d’accord…
 
 
Les grands-parents sont des psychiatres. “Je l’ai écrit, en effet. Cela signifie que je pense qu’il faut qu’ils aient une empathie sensible, une proximité qui soit intéressée par le sujet en difficultés et qu’en même temps ils n’aient pas une technique de séduction, d’érotisation ou, au contraire, de rigueur. Qu’il y ait une juste place sans complicité morbide mais sans, non plus, intolérance parentale.”
 
Et quand les grands-parents sont absents, que ce soit parce qu’ils sont décédés, géographiquement éloignés ou alors désintéressés…, les petits-enfants ressentent-ils un manque ? “En tout cas, je pense que l’idée d’avoir un passé actualisé par la présence des grands-parents est une force. Il faut pouvoir aller dans le passé pour se projeter dans l’avenir.”
 
 
Quel est le rôle des grands-parents ? “L orsque les parents sont trop séduits par leurs enfants, les grands-parents ont un rôle d’appoint à jouer. De facilitateur, de soutien, de confident, une sorte de ‘doudou social’… Les grands-parents sont là pour accompagner en cas de difficultés, pour aider quand c’est possible, pour atténuer les douleurs. Un des mandats essentiels des grands-parents est aussi de raconter d’où vient la famille, de quel village, de décrire la vieille maison familiale, de parler de leur métier, de leurs origines...”
 
Quel n’est pas leur rôle ? Ils ne sont pas là pour sanctionner, pour évaluer, pour décider de l’avenir de leurs petits-enfants. L’avenir ne les concerne pas tout à fait. Ils aident le présent en mobilisant le passé. Les grands-parents ne doivent pas non plus combler les vides laissés par les parents. Le rôle le plus rude des grands-parents, c’est lorsqu’ils veulent rejouer tout ce qu’ils ont raté avec leurs propres enfants. C’est alors que le conflit apparaît.”
 
Et vous, comme grand-père ? Je vais être vachement bien, d’autant que je vais être grand-père à temps partiel. Je continuerai à être psychiatre quoi que ma fille en pense. Il y a un problème lorsque les grands-parents ne sont plus actifs. Je pense qu’être trop disponible amoindrit la qualité de la rencontre.
 
Qu’est-ce qu’un enfant peut dire à ses grands-parents plus qu’à ses parents ? Il peut dire ‘je n’ai pas bien travaillé’, ‘je suis jaloux de mon petit frère’… Pourquoi ? Parce que le jugement ne va pas tomber. Le grand-parent est quelqu’un d’un peu socratique, qui repose une question à la question de l’enfant et celui-ci n’attend pas forcément un jugement de valeur.”
 
C’est quoi, un grand-père parfait ? C’est un grand-père qui donne des matériaux du passé qui vont devenir quelque chose d’enchâssé dans le psychisme de l’enfant pour qu’il puisse le revisiter et le faire vivre sans arrêt. Comme un souvenir réactualisé.”
 
 
Ph.: Johanna de Tessières

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