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06/01/2013

“La source”, l’espionnage au 50 mm

La Libre, Momento, Derrière l'écran, La source, série, France 2, tournageChristophe Lambert porte un des rôles principaux de cette série d’espionnage mise en scène par un réalisateur venu du cinéma, Xavier Durringer. Une approche soignée, intimiste, et une audace qui ont séduit France 2 et un casting de choix.

Reportage: Caroline Gourdin, correspondante à Paris

RAREMENT UNE AFFICHE AURA été aussi impressionnante pour une série télé française : Christophe Lambert, Maruschka Detmers, Clotilde Courau ou Edouard Montoute. Au-delà du projet de série d’espionnage abordée sous l’angle de l’intime, c’est le réalisateur, Xavier Durringer, qui semble avoir attiré un tel casting sur “La source”. Il faut dire qu’on a beaucoup parlé de son dernier film en 2011, “La Conquête” avec Denis Podalydès, qui retraçait l’ascension au pouvoir de Nicolas Sarkozy.
 
La série, qui arrive au terme de son tournage à Paris et à Morzine, compte 6 épisodes de 52 minutes. Elle met en scène une jeune femme, Marie Voisin (Flore Bonaventura), une étudiante et baby-sitter, soudainement contactée par les services secrets français, qui la forcent à espionner la famille pour laquelle elle travaille. En particulier le père, John Lacanal (Christophe Lambert), employé d’une multinationale française soupçonné d’être partie prenante d’un trafic de déchets nucléaires. Marie doit aussi enquêter sur la mort d’un agent infiltré du DCRI (ex-DST et RG). Elle est ainsi projetée dans un monde qui lui est totalement étranger, et dans un rôle pour lequel elle n’a jamais été formée, celui de “source”.
 
“Ce qui nous intéresse, c’est comment cette jeune fille prise au piège se voit contrainte de collaborer sur une enquête qui la dépasse. Tous les personnages, sous surveillance, sont pris dans des problèmes de conscience, dans un processus de trahison”, explique le scénariste Laurent Burtin, coauteur de la série avec Nathalie Suhard. Cette dernière de préciser que “la psychologie des personnages, les trajectoires humaines comptent davantage que l’action. Nous nous sommes notamment appliqués à raconter le cheminement de cet agent et de son chef de groupe, Claire Perrini, incarnée par Clotilde Courau”. Laurent Burtin confirme : “Il n’y a quasiment pas de meurtres, pas de flingues. On a pris le contre-pied de la culture de l’action. L’intrigue repose sur les mécanismes du thriller intimiste. On tend plus vers le cinéma de Polanski que vers les grands films d’action à l’américaine.”
 
 
Pour faire vivre cette approche intimiste, qui a particulièrement séduit France Télévisions, en quête de “nouvelles formes de narration”, selon la conseillère de programmes à France 2 Carole Le Berre, le réalisateur Xavier Durringer a fait un choix très personnel de mise en scène. Il tourne presque exclusivement avec un objectif de 50 mm. “Cette focale permet d’être proche des acteurs, d’être dans l’intimité des personnages. Elle ne déforme pas les visages, elle ne ment pas. Je raconte une histoire, de l’affectif, de l’émotionnel. Je filme des acteurs, pas des décors, qui sont seulement un support de crédibilité”, détaille-t-il. Le réalisateur évite les très gros plans. “J’aime voir les épaules, les nuques, pour permettre au téléspectateur d’être dans la pensée du personnage. Dans les fictions télé, on a tendance à faire des mises en scène statiques. Les acteurs sont toujours en place, installés. Là, le steadycam permet d’avoir tout le temps du mouvement, de donner du rythme, et de créer un mouvement de pensée.” Pas question non plus d’imprimer une mise en scène outrancière. “Pour ne pas se sentir en retrait, il ne faut pas faire des mouvements inconsidérés de caméra, mais avoir des mouvements de caméra qui épousent ceux de l’acteur.” Une seule caméra, enfin, pour pouvoir soigner la lumière… et gagner du temps sur ce tournage de 63 jours pour 6 épisodes.
 
C’est “ce parti pris de mise en scène, ce cadre, ce langage extrêmement précis” qui a poussé Clotilde Courau à rejoindre l’aventure. “Xavier Durringer, qui est par ailleurs un immense auteur de théâtre, prend des risques, repousse les limites. La seule chose qui compte, c’est le metteur en scène, et, aussi, le fait que la série permet, sur la longueur, un travail plus intense”, confie la comédienne, dont le personnage, contact de Marie Voisin à la DCRI, “va au bout de sa mission d’agent secret, quitte à mettre en danger sa famille et sa vie affective”.
 
Preuve supplémentaire du soin apporté à l’image, chaque personnage dispose de “son propre filtre, de sa propre couleur”. “Il y a un travail sur la carnation de chacun, et les coupes de cheveux, les costumes sont très soignés. Cette accumulation de détails amène des moments de vérité”, poursuit Xavier Durringer, qui a également introduit le principe d’une caméra de surveillance dans la narration et renforcé le côté technique de l’espionnage, alors que le scénario de départ se concentrait davantage sur les aspects domestiques. Sa décision de tourner avec Christophe Lambert, “incroyable sur un plateau, dont on arrive à montrer la fragilité et la force, et qui peut être inquiétant”, a également influé sur l’écriture. “Sa présence au casting nous a permis d’aller plus loin en étant confiants de ce que ça allait donner au résultat. Nous avons mis davantage en valeur son personnage, Lacanal, en le faisant évoluer vers quelque chose de plus héroïque, de plus complexe. Il ne trahit pas sa famille. Il la protège”, confirme Nathalie Suhard.
 
Les scénaristes travaillent déjà à l’écriture d’une deuxième saison. Son entrée en production dépendra du succès en audience de la saison 1, qui ne sera pas prête avant la rentrée de 2013-2014.
 
 
 
La Libre, Momento, Derrière l'écran, La source, série, France 2, tournage"AVOIR PLUS DE MOYENS NE CHANGE PAS LA QUALITE DU TRAVAIL"
 
Guère habitué des productions télé, Christophe Lambert a accepté de se lancer dans l’aventure
de la série…
 
Dans "La source", Christophe Lambert incarne le n°2 d’une multinationale du traitement des déchets nucléaires, embarqué dans une situation qui le dépasse. “Il a une connaissance de certaines choses, et pas d’autres. Il est l’objet d’une manipulation”, résume le comédien, attiré par le script de cette série, “formidablement bien écrit”, et surtout par son réalisateur, Xavier Durringer, “réalisateur extrêmement rigoureux, précis, talentueux. Quoi qu’il arrive, il sait tirer les choses vers le haut”.
 
Qu’avez-vous découvert de ce réalisateur ?
Je le connais depuis plus de 20 ans. J’ai produit son deuxième film en 1997, “J’irai au paradis, car l’enfer est ici”. Je voulais travailler avec lui depuis longtemps, et quand il y a eu cette possibilité, j’ai sauté sur l’occasion. Il amène un vrai talent de metteur en scène, il aime vraiment les acteurs, il a une constante attention au texte, il amène quelque chose de rassurant par rapport à la justesse de la situation et c’est quelqu’un d’atypique dans sa manière de filmer. Il aime les risques, il n’est pas conventionnel. Sa caméra n’est pas envahissante. Il est extrêmement structuré, et du fait de cette structure, de sa préparation, il amène un rythme. Le grand talent des séries américaines, à part la bonne histoire, c’est le rythme, le montage. Xavier s’est entouré à 95 % de gens de cinéma. Comme il y a une obligation de rapidité, il ne voulait pas faire de concessions sur la lumière, les décors, les costumes, le montage.
 
L’accent est mis dans “La source” sur la psychologie des personnages, et sur la tension dans laquelle chacun se trouve.
Tout repose constamment sur la manipulation de quelqu’un ou de quelque chose. On ne sait jamais qui manipule qui, qui tire les ficelles. On est constamment dans un état de surprise, baladés de gauche à droite. Il y a un côté parano, pour nous, acteurs, et pour le spectateur. Il y a une surveillance constante, la présence de quelque chose qu’on ne voit pas, qui crée une angoisse, un suspense. On apprend des choses sur la manière dont les services secrets arrivent à s’accaparer la vie de quelqu’un ou de plusieurs personnes, sur les moyens qu’ils emploient pour arriver à leurs fins. Avec cette série, on se pose des questions sur tout le monde. N’importe qui peut faire partie des RG. On se dit que c’est possible.
 
Quels sont les avantages à tourner pour la télévision ?
On essaie de trouver des histoires de plus en plus originales pour la télé et l’exigence y est de plus en plus forte. J’aime aussi le rythme effréné du tournage. On n’a pas le temps de s’ennuyer, et on reste toujours dans l’énergie du personnage. En plus, vous ne pourriez pas raconter l’histoire de “La source” en deux heures, ce serait bâclé.
 
La série a bénéficié d’un budget habituel pour une série sur France Télévisions. Vous avez dû limiter votre cachet ?
Pourquoi limiter mon cachet sur un film qui est fait avec 100 millions de dollars ? Mais, s’il y a “0” budget, mais que l’histoire est fabuleuse, je prendrai “0”. Le fait d’avoir fait beaucoup de films me permet d’acheter une forme de droit de décider, de ne pas être obligé de faire des choses parce que j’aurais besoin d’argent.
 
Vous avez tourné quatre épisodes de “NCIS : Los Angeles”. Les manières de travailler sont-elles très différentes sur une série américaine comme celle-là ?
Au niveau du rythme de tournage, c’est la même chose : on tourne non-stop, et il faut que le texte soit su au cordeau. Ensuite, qu’il y ait, comme sur “Greystoke”, une grosse équipe de 450 personnes, ou plus de moyens sur “NCIS” que sur “La source”, cela ne change pas franchement la qualité du travail. J’ai l’impression que, sur les grosses productions américaines, 70 % des gens se tournent les pouces. Sur “La source”, on n’a qu’une caméra mais un steadycamer hors pair, Matthieu Poirot-Delpech, un chef opérateur de cinéma. Sur “NCIS”, il y avait des grues et 4 caméras, au cas où, mais ils n’en utilisaient qu’une à la fois.
 
 
Ph.: DANIEL ANGELI / FRANCE TÉLÉVISIONS

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