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12/01/2013

Le jardinier débrouillard

La Libre, Momento, Dehors, jardinier, débrouillard, débrouille, jardinOn ne naît pas jardinier, on le devient. On se contente d’abord de gérer l’urgence en apprenant sur le tas, tant bien que mal. Sans nul doute, la débrouillardise est l’apanage du jardinier.

Observation: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur

CEUX QUI SONT UN JOUR “ENTRÉS en jardinage” le savent bien : c’est en pratiquant qu’on progresse. La devise “Fac et spera” (“Agis et espère”) des anciennes éditions françaises Le bêcheur est assez proche de celle du jardinier. Dès qu’une idée germe dans l’esprit du novice, l’envie de tenter l’expérience le titille et devient vite irrésistible. Mais la situation recèle bien des inconnues dans lesquelles il a peur de se fourvoyer. C’est pourquoi il a tendance à se plonger tout d’abord dans divers manuels, avec le secret espoir d’y trouver les certitudes d’un parcours sans faute, peuplé de récoltes et de floraisons miraculeuses. Il se renseigne et réfléchit, se tenant déjà mentalement à la porte du jardin.
 
Puis il se lance et creuse les premiers trous de sa vie jardinière. Il repique plein d’espoir quelques plants achetés en jardinerie. Pour ce faire, il suit scrupuleusement les conseils glanés. Ne pouvant s’empêcher, in petto, de souhaiter que cette mise en terre de ses modestes achats ne se transforme pas en mise en bière. Il s’applique et tasse doucement la terre, arrose sans raz de marée. Puis contemple d’un œil ravi le fruit de son travail. Lui trouvant fière allure. Alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Il s’enhardit et s’essaie à une petite taille au sécateur, observant les bourgeons comme le précise la littérature. Quand les premiers boutons s’ouvrent, il pense, émerveillé, qu’il a la main verte.
 
 
La chance sourit souvent au débutant, mais il lui arrive aussi de croiser sur le chemin quelques épines parfois douloureuses. Impossible d’échapper aux vigoureuses protestations musculaires d’un corps malmené. Peu habitué aux postures qui lui sont infligées. Ou alors, les végétaux fraîchement replantés ne s’enracinent pas, jaunissent, sèchent sur pied malgré des arrosages de plus en plus fébriles. Les attaques de pucerons ruinent les floraisons. Une série calamiteuse qui pourrait conduire au désenchantement. Et pourtant, le jardinier débrouillard ne se laisse pas décourager. Bien au contraire, il poursuit à tâtons ses expérimentations.
 
Chaque réussite le confortant dans son désir d’entreprendre sans cesse des tâches inconnues jusqu’alors et de se mesurer à elles. Il papote avec ses congénères, lit un peu, pas trop, l’essentiel, surtout l’hiver. Préférant le terrain quotidien. Il confronte les données et se fait fort d’aboutir là où il a échoué précédemment. Persuadé avec raison que toute personne pourvue d’un minimum de bon sens et de capacité d’observation peut jardiner. En cette matière, les réussites en disent plus que les échecs. Il suffit de répéter.
 
 
Les premiers résultats encourageants engrangés, le jardinier prend confiance et comprend très vite que jardiner, c’est trouver des solutions à partir de pas grand-chose avec ingéniosité et habileté. Le secret ? Etre débrouillard et inventif en plus d’être observateur. De chacune de ses expériences, il tire des leçons. Très vite, il comprend qu’il n’est pas nécessaire d’acheter systématiquement tout ce qui est mis à sa disposition et dont il croit avoir besoin. Il peut tirer profit de bien des choses offertes par son propre jardin. Le jardinage est avant tout une question d’investissement personnel, pas financier. La qualité d’un jardin ne se mesure pas aux sommes dépensées. Travailler en accord avec la nature, à son rythme. Apprendre lentement à connaître son territoire. Mais, avant toute chose, y prendre plaisir.
 
 
Système D
Le système D au jardin, mieux connu comme art de la débrouille, consiste à se tirer d’affaire avec ce que l’on a sous la main. Et si ce n’est pas possible de réutiliser, recycler les objets dont les autres n’ont plus l’usage. Mieux encore : les détourner de leur utilisation habituelle. C’est ainsi qu’aujourd’hui les fers à béton se plient et se contorsionnent pour faire des arcades, des plessis et des treillages. Le système D soulage le porte-monnaie et permet quelques économies. Les tuteurs et supports réalisés à partir de branches taillées au jardin sont aussi beaux et plus discrets que ceux achetés dans le commerce. On prend vite goût à leur confection même si, au début, on chipote un peu. Le système D fait travailler l’imagination. Cela commence par “je me demande si je ne pourrais pas m’en servir pour…” et cela se termine par une trouvaille originale ou, plus simplement, par une création très personnelle, voire improbable. Lire et relire, à ce propos, le livre de Derek Jarman, "Un dernier jardin" aux éditions Thames et Hudson.
 
 
Ph.: MNC & MPV

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