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14/01/2013

La quête de pièces “télégéniques”

La Libre, Momento, Derrière l'écran, théâtre, télé, coups de théâtre, France télécisions, RTBFPremières partenaires du théâtre à la télé, les chaînes de France Télévisions proposent une programmation spéciale "Coups de théâtre 2013", du 13 au 20 janvier. L’occasion de préciser l’approche du groupe en la matière.

Entretien: Caroline Gourdin, correspondante à Paris


“C’EST LA PREMIÈRE FOIS QUE l’on fête la Saint-Molière !”, avance Nicolas Auboyneau, directeur de l’unité de programmes musique et spectacles vivants de France Télévisions. “Le 15 janvier est la date anniversaire de la naissance de Molière et la Comédie-Française lui rend hommage chaque année avec un défilé de comédiens ou autre. Avec Muriel Mayette, l’administratrice de la Comédie-Française, on s’est dit que ce serait joli que ce 15 janvier puisse, un jour, être la Fête du théâtre, comme il existe la Fête de la musique. Nous nous sommes prêtés à un exercice de programmation pour montrer les savoir-faire de France Télévisions dans le genre du théâtre et la diversité de ce qu’on peut proposer. Nous diffusons au moins un spectacle par mois sur France 4, qui mise beaucoup sur l’humour, une dizaine de spectacles par an sur France 0, deux ou trois primes sur France 3…”
 
Concrètement en 2013 ?
“Harold et Maud” avec Line Renaud a été enregistrée juste avant son départ en tournée et sera diffusée au printemps sur France 3, pour ne pas déranger la vie commerciale du spectacle. On verra aussi en direct en septembre 2013, sur France 2, “Les Tontons flingueurs”, une adaptation théâtrale du film de Georges Lautner, à l’occasion des 50 ans de sa sortie. Elle sera mise en scène par Stéphane Hillel. La distribution n’est pas définitive. Cela fait partie de ces exclusivités pour la télé que l’on met sur pied pour quelques représentations, avec des auteurs, des metteurs en scène ou des comédiens qui ont envie de jouer peu de temps. Nous allons encore proposer en juin sur France 2 “Quadrilles” de Sacha Guitry, mis en scène par Bernard Murat, avec François Berléand, François Vincentelli, Pascale Arbillot et Florence Pernel. Cet énorme succès du Théâtre Edouard VII reviendra à Paris après sa tournée, pour être capté en direct.
 
Combien diffuserez-vous de pièces ?
Entre 30 et 40 pièces par an, en fonction de l’offre. Il est arrivé en 2012 que France 2 ou France 3 ait besoin d’une pièce pour un soir, mais que je n’aie rien de disponible. Les pièces peuvent être encore en exploitation et il faut tenir compte de la contrainte télégénique : si la mise en scène d’une pièce est compliquée, le texte difficile ou les acteurs moins connus, on ne peut pas la diffuser. Il y a assez peu de spectacles télégéniques, même s’ils sont très bons. Il peut y avoir des maquillages drôles en salle qui deviennent repoussoirs à l’antenne. Ce qui est de l’ordre du grotesque, de la réflexion ou de la douleur a moins sa place en prime que la comédie ou les émotions.
 
Quels sont vos plus gros succès d’audience ?
Il remonte à janvier 2007, avec “Fugueuses” de Pierre Palmade, avec Line Renaud et Muriel Robin, qui a fait plus de 8 millions de téléspectateurs, pour 30,4 % de part d’audience. “Faisons un rêve” de Guitry en novembre 2007 avait rassemblé 5,4 millions de téléspectateurs, et c’est Pierre Arditi, parrain de “Coups de théâtre”, qui nous avait conseillé de mettre du théâtre en direct. On s’est aperçus que ce n’était pas un genre ringard, 20 ans après la fin d’“Au théâtre ce soir”, mais un genre qui fonctionne s’il est de qualité. Ce qui est important pour nous, c’est que le public, familial et âgé, reste jusqu’à la fin.
 
Les classiques fonctionnent-ils mieux ?
Les succès ne sont pas liés à l’époque, plutôt à l’accessibilité du spectacle. Un Feydeau délirant peut cartonner. Et un Molière sera plus dangereux parce que la langue de Molière n’est pas immédiatement accessible à 100 % du public français. C’est plus difficile qu’un Shakespeare qui aurait été traduit par un auteur d’aujourd’hui.
 
Quel est votre budget ?
Le groupe France Télévisions s’est engagé à investir 14,5 millions d’euros dans le spectacle vivant, à savoir le théâtre, l’opéra, les concerts… Avec une grosse part pour le théâtre.
 
Vous allez retransmettre à nouveau les “Molière” ?
Les directeurs de théâtres privés et publics se sont mis d’accord pour refaire un palmarès du théâtre en France, avec un jury de personnalités qui attribueront des prix après avoir vu les spectacles, ce qui n’était pas le cas avant. Nous diffuserons un dimanche d’avril une grande soirée de fête du théâtre, avec un spectacle de variété théâtrale, et un résumé de la remise des trophées.
 
D’autres projets ?
Nous préparons avec le Théâtre du Rond-Point et la Direction des Nouvelles écritures et du transmédia de France Télévisions une expérience de théâtre enrichi autour de “Théâtre sans animaux”, pièce de Jean-Michel Ribes qui démarre le 23 janvier. On va filmer le spectacle et proposer un dispositif numérique inédit (*) avec des contenus additionnels, des manières diverses d’appréhender et de jouer avec la pièce, une sorte de timeline sur les tablettes et l’ordinateur, où on pourra naviguer en temps réel. Il y aura aussi au Rond-Point un vidéomaton pour donner la réplique à des comédiens, et le mettre en ligne.
 
(*) A découvrir dès le 15/1 sur www.francetv.fr/theatre-sans-animaux.
 
 
 
Le théâtre a souffert de la crise à la RTBF
 
Le 30 janvier prochain, La Trois proposera à 21 h 05 la pièce de Jean-Marie Piemme Dialogue d’un chien avec son maître sur la nécessité de mordre son maître ***, avec Philippe Jeusette et Fabrice Schillaci, dans une mise en scène de Philippe Sireuil. Celle-ci a été captée au Théâtre National… il y a deux ans déjà ! Philippe Longtain, responsable de l’offre théâtrale de la RTBF ne cache pas qu’il n’est pas simple d’attirer les téléspectateurs belges francophones vers le théâtre, belge surtout. Pour lui, la RTBF joue cependant parfaitement son rôle en programmant du théâtre sur ses ondes.Ce n’est pas une obligation pour nous. Je dirais plutôt une invitation à aller au théâtre. Même une comédie donne envie aux téléspectateurs de découvrir ce qu’il y a à l’affiche…”
 
“Jusqu’en 2008-2009, on avait développé une case quasi mensuelle sur La une et une autre consacrée
au théâtre d’auteur sur La deux. La crise de 2009 est passée par là et tous les budgets ont dû être revus. Le théâtre en a souffert
, concède M. Longtain. Dont les ambitions sont désormais plutôt modestes… Idéalement, on aimerait capter une pièce par an mais c’est difficile car c’est très cher, non seulement la production mais aussi les droits de l’auteur, du metteur en scène, des comédiens… Ces dernières années, ont ainsi été filmées “L’assassin habite au 21” au Théâtre des Galeries en 2008 ou “Laissez-moi sortir” avec Annie Cordy au Festival de Rochefort en 2010, toutes deux rediffusées durant les fêtes. Tandis que la RTBF boucle en ce moment le financement de deux nouvelles captations, dont celle d’une pièce très bientôt à l’affiche en coproduction avec la coopérative de théâtre française Copat, qui garantit un autre diffuseur (essentiellement TV5 Monde) et une sortie DVD.Mais le marché du DVD théâtral n’est plus aussi florissant que ce qu’il était il y a encore 5 ans…, confie M. Longtain.
 
Pour gonfler une offre somme toute assez maigre – avec sa pièce du Télévie (dont la première aura lieu ce samedi à Nivelles), RTL-TVI capte elle aussi une pièce par an… –, la RTBF a donc recours à des achats, essentiellement à destination de La une en prime ou en 2 e rideau” . “Car, qu’on le veuille ou non, ne fonctionnent que des pièces qui ont déjà connu le succès, qui ont fait le buzz ou avec des comédiens renommés. Donc, des succès parisiens : des comédies, du Boulevard… Et d’expliquer qu’une pièce parisienne fonctionne de toute façon mieux qu’une captation belge.
 
Aujourd’hui, la RTBF travaille donc au cas par cas en mettant ponctuellement, comme le fait France Télévisions cette semaine, l’accent sur son offre théâtrale, comme c’est le cas durant les fêtes. Tandis que le directeur de la programmation Emmanuel Tourpe réfléchit à consacrer un mois entier au théâtre en mai. Mon rêve, ce serait de pouvoir proposer, comme France 2, une captation en direct. Nous avons le savoir-faire en termes de production et de techniciens. Mais il faut trouver la bonne pièce pour supporter un prime time. Car si on se plante, ce serait totalement contre-productif pour le théâtre à la télévision, conclut Philippe Longtain.
Hubert Heyrendt
 
 
Ph.: Brigitte Enguérand/France 2

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