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19/01/2013

Peur du loup, peur de tout

La Libre, Momento, Bien-être, peur, timidité, anxiété, enfantS’il existe un développement normal des peurs chez l’enfant et si une certaine dose de timidité n’a rien d’inquiétant, certains éléments dévoilent la présence d’un véritable trouble anxieux.

Entretien: Laurence Dardenne


PEUR DU LOUP, DU NOIR, DES FANTÔMES, de la séparation, de la mort; angoisse ou phobie de l’école, timidité excessive voire maladive…, ces sentiments s’expriment de manière plus ou moins rationnelle, intense et régulière aux différents âges. “Si ces peurs témoignent du développement de l’imaginaire de l’enfant et de sa compréhension du monde qui l’entoure, elles ne doivent pas perturber la vie quotidienne”, expliquent Mandy Rossignol, docteur en psychologie et chargée de recherche FNRS à l’UCL (1), et Isabelle Wodon, thérapeute comportementaliste à l’hôpital Erasme, à Bruxelles.
Dans le cadre des conférences UCL-IPSY (Institut de recherche en sciences psychologiques), toutes deux donneront, ce mardi 19 février, une conférence sur le thème “Timidité, peur et anxiété chez l’enfant : quand s’inquiéter, quand consulter ?” (2). En préambule, elles ont accepté de répondre à nos questions.
 
Peur, anxiété, timidité : est-ce nécessairement lié ? Et dans quelle mesure ?
Il est d’usage de distinguer la peur de l’anxiété. La peur est une réponse émotionnelle primaire, dans le sens où elle est dirigée vers un objet précis qui évoque un danger réel pour l’individu. Dans l’anxiété, la menace n’est pas présente mais l’individu appréhende un danger futur. Par exemple, un jeune enfant peut avoir peur d’un chien qui aboie et qui peut mordre. Par contre, si cet enfant a peur de sortir à l’idée de rencontrer un chien susceptible d’aboyer ou de mordre, le sentiment qu’il éprouve est de l’anxiété et non pas de la peur. En clair, les enfants anxieux anticipent constamment ce qui pourrait leur arriver s’ils rencontraient ce qu’ils redoutent, et l’éventail de leurs craintes est très large.
L’anxiété sociale est une forme sévère et chronique de la timidité. Par exemple, alors que les enfants aiment chahuter avec des copains de leur âge, l’enfant anxieux socialement évite les contacts avec ses camarades et avec les adultes en dehors de son cercle familial. Sa plus grande crainte est d’être jugé négativement.
Si une certaine dose de timidité est normale chez les enfants, elle peut constituer le premier signe d’un trouble anxieux sous-jacent. C’est pourquoi il importe de consulter quand une timidité excessive empêche l’enfant de prendre part aux activités de son âge (anniversaires, stages artistiques ou sportifs) et/ou d’en tirer du plaisir.
 
Quels sont les troubles anxieux les plus répandus chez les enfants ?
Les troubles anxieux les plus fréquents chez les enfants d’âge scolaire sont l’anxiété de séparation (5 %), les phobies spécifiques (phobie des araignées, agoraphobie…, 5 %), l’anxiété sociale (1 %), le trouble obsessionnel compulsif (obsessions liées à la saleté, la contamination… conduisant à des rituels de vérification et de contrôle, 1 %), l’anxiété généralisée (inquiétude et appréhension permanente et excessive, 3 à 6 %), et le trouble panique (1 à 5 %). Ces troubles se définissent par une anxiété diffuse (anxiété généralisée) ou dirigée vers une préoccupation particulière (anxiété de séparation, anxiété sociale, TOC, phobies) et, dans tous les cas, par une réelle souffrance psychique.
 
La peur, voire la phobie de l’école est-elle fréquente ?
Le refus d’aller à l’école indique très souvent la présence d’un trouble anxieux sous-jacent. A une époque, on parlait de “phobie scolaire”, mais les auteurs préfèrent maintenant évoquer un refus scolaire anxieux, pour insister sur son aspect symptomatique. L’enfant refuse de se rendre à l’école de peur d’être séparé de ses parents (anxiété de séparation), par crainte du contact avec les autres enfants (anxiété sociale), ou par anticipation de ne pouvoir exécuter certains rituels (TOC). L’enfant peut aussi avoir été agressé à l’école (racket, harcèlement, etc.) et avoir développé des réactions anxieuses “post-traumatiques”. Des crises d’angoisse peuvent survenir si l’enfant anxieux est contraint de se rendre à l’école. Cette situation peut conduire à un décrochage scolaire avec de lourdes conséquences familiales et sociales.
 
Voit-on aujourd’hui apparaître en consultations certaines peurs “nouvelles” ?
En effet, un certain nombre d’enfants et d’adolescents expriment des peurs relativement nouvelles qui concernent les agressions sexuelles, le sida, le terrorisme, etc. En clinique, d’autres motifs de consultation surviennent plus fréquemment cette dernière décennie, comme de nombreux cas d’anorexie sub-clinique en lien avec la peur du regard de l’image que l’on donne, les préoccupations corporelles, la diffusion des photos sur les réseaux sociaux, etc.; une insécurité grandissante au point de vue de l’avenir professionnel des jeunes face au chômage mais également de nombreuses inquiétudes écologiques en lien avec le réchauffement climatique.
 
(1) Mandy Rossignol a également une pratique clinique dans le service de pédopsychiatrie au CHU Tivoli (La Louvière).
(2) La conférence UCL-IPSY grand public se déroulera ce mardi 19 février de 18 h 45 à 20 h 15 à l’Auditoire Socrate, Place Cardinal Mercier, 10 à 1348 Louvain-la-Neuve. Entrée libre et gratuite. Tél. : 010.47.45.47. Site IPSY : www.uclouvain.be/ipsy.htlm
 
 
A PARTIR DE QUAND FAUT-IL S'INQUIETER ET ENVISAGER DE CONSULTER?
 
A partir de quel moment faut-il s’inquiéter ? Quels sont les signes ?
L’enfant anxieux vit en permanence avec un sentiment d’appréhension, comme si quelque chose de terrible allait arriver. Cette inquiétude au sujet de l’avenir le conduit à être inattentif en classe. On le dit irritable, colérique, capricieux, etc. Il exige la présence d’un adulte à proximité et demande à être rassuré. L’enfant se dévalorise souvent (j’ai mal fait, je ne suis capable de rien). Sur ce fond anxieux peuvent survenir de véritables crises d’angoisse dont le déclenchement peut être dû à des facteurs externes (changement de classe, maladie d’un parent) ou internes. Les parents vont repérer une chute des performances scolaires. L’enfant va s’isoler socialement. Il risque de s’absenter plus régulièrement de l’école. Il prendra de moins en moins de plaisir pour ses activités quotidiennes.
 
Quelles sont les indications de prise en charge ? Quand songer à consulter un spécialiste ?
L’anxiété provoque une détresse qui ne peut pas être calmée en faisant appel à la raison ou au bon sens. L’enfant anxieux est profondément malheureux, il ne profite pas de sa vie d’enfant et ne s’épanouit pas dans son entourage. L’anxiété pathologique perturbe le développement normal de l’enfant et une telle anxiété s’améliore rarement sans intervention thérapeutique. Une prise en charge est donc à envisager quand l’enfant ne peut pas maîtriser son anxiété et cherche à éviter à tout prix ce qu’il redoute.
 
Comment détecter un réel problème de timidité ? Et comment s’y prendre ? En l’occurrence, y a-t-il des choses ou des mots à éviter ?
Les signes de la timidité sont nombreux. L’enfant timide rougit, se cache derrière ses parents, ne lâche pas la main de ses parents, regarde le sol quand on lui parle, etc. Les parents d’un enfant timide s’étonnent de ne pas pouvoir le rassurer. Il ne sert à rien de lui demander pourquoi il a peur et de tenter de le bousculer ou de se moquer de son manque de courage en espérant le faire “revenir à la raison”. La contrainte ne fera que renforcer la timidité de l’enfant et ne l’encouragera pas à faire de nouvelles expériences. Un enfant timide a besoin de se sentir soutenu par ses parents, qu’ils croient en lui. Il est important d’encourager l’enfant et d’éviter de lui rappeler sa réserve. Sa confiance en soi doit grandir. La timidité évolue et peut disparaître.
 
 
A CHAQUE AGE SES PEURS
 
Quel est le développement normal des peurs chez l’enfant ? Certaines peurs sont-elles propres à certains âges ?
Dès sa naissance, l’être humain est prédisposé à craindre ce qui peut lui faire du mal et à l’éviter ou le fuir”, répondent encore nos interlocutrices. “La peur est donc une réponse émotionnelle normale et indispensable à la survie. Certaines peurs apparaissent de manière presque universelle durant le développement. Ainsi, dès 6 mois, les bébés s’avèrent capables de reconnaître leurs proches et montrent une peur des étrangers. Ces réactions sont progressivement remplacées par la peur du noir et de la solitude chez les petits de 18 mois – 2 ans. La peur des animaux qui mordent, dont les chiens, est particulièrement fréquente à cet âge. Ensuite, l’imagination se développe et l’enfant évoque une peur des animaux sauvages et des créatures imaginaires, vers 5 ans. L’enfant de 7 ans, qui comprend davantage le monde, se met à redouter les accidents, les catastrophes naturelles ou la guerre. La peur de la mort se développe vers l’âge de 8 ans, quand l’enfant prend conscience de sa mortalité. L’adolescent ressent des peurs relatives à son avenir et à son intégration sociale. L’intensité de ces peurs diminue avec l’âge mais les filles évoquent plus de peurs que les garçons. Cela dit, toutes ces peurs sont normales, elles ne constituent pas à elles seules des manifestations pathologiques d’anxiété. Cependant, leur exacerbation peut donner lieu au développement d’un trouble anxieux.”
 
Ph.: PhotoAlto/Reporters

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