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26/01/2013

La vie paisible du Blauwhuis

La Libre, Momento, Vie de château, BlauwhuisCette charmante demeure figure dans la “Flandria Illustrata” de Sanderus datée de 1641 et de 1730.
La maison n’a presque pas changé. Elle dépendait de la châtellenie de Courtrai.

Philippe Farcy


AU 171 DE LA CHAUSSÉE de Beernem (N 370), non loin du château de Bulskamp-veld (lieu public ouvert toute l’année), qui appartient à la région flamande et qui fut jadis aux Lippens, se trouve le petit château du Blauwhuis. La bâtisse est une résidence familiale depuis quelques années, mais elle avait servi à plusieurs reprises de restaurant et de lieu de fêtes privées dans les années 1980-90. La propriété est aussi connue comme étant le château de Wildenburg, nom du hameau qui est le fief des barons van der Bruggen qui possédaient au début du siècle passé un château en face de celui-ci, bien plus considérable mais qui a été démoli en 1985. Les barons qui avaient eu en main le Blauwhuis habitent tout à côté, dans une belle villa. Sur le site des biens classés de la Communauté flamande, Stefanie Gilté montre cette demeure sous d’autres angles que la photo ci-dessus mais prises en 2009, les façades sont en partie cachées par les haies de plus en plus hautes, utiles pour s’abriter de la route très passante qui frôle le jardin.
 
 
Ce que l’on sait du site de Wildenburg, c’est qu’une demeure patricienne s’y trouvait dès les années 1525, construite à la demande de Jan Wyts mais que sa descendance eut à souffrir des guerres de religion et que les biens familiaux en ces lieux furent saisis sur ordre des armées espagnoles du duc d’Albe. Au début du XVIIe siècle, le domaine fut rendu aux héritiers du premier bâtisseur, et on retrouve dans le volume d’Antoine Sanderus (1586-1664) intitulé “Flandria Illustrata” (1641-1644 et 1730-1735 pour la 2e édition), la maison que l’on voit de nos jours, agrémentée alors de divers communs qui ont depuis lors disparu.
 
La bâtisse principale dessinait un L et possédait une tour d’angle carrée, engagée, à usage d’escalier. On accédait à la cour d’honneur en traversant une de ces ailes de communs protecteurs. En 1641, le domaine appartenait encore à Georges-Ferdinand Wyts qui donna le plus grand lustre à cette propriété. La famille Wyts sans doute vendit le bien composé de 202 hectares, après 1730-1735, si l’on s’en réfère à la deuxième édition de la “Flandria Illustrata” parue à cette date et où le domaine est signalé comme appartenant à Vincent Wyts, sire par ailleurs de La Bouchardrie, lieu non repéré par nous. En tout cas, un an ne change pas grand-chose à l’affaire, et le Blauwhuis fut vendu à l’avocat brugeois Jean-Jacques Van Hoenacker. Celui-ci continua d’agrandir le domaine, repris sur la carte de Ferraris (1770-1778), le poussant à 292 hectares. On ne sait ce qui se passa pendant les troubles révolutionnaires mais il est certain qu’en 1829, le Blauwhuis était aux mains de Jacques Liévin van Caneghem. Ce Jacques Liévin était un industriel et un grand mécène gantois (1764-1847). Il s’était marié le 17 septembre 1789 à Marie Verspeyen. Leur fille Jeanne épousa, le 16 septembre 1812, l’avocat gantois Eugène de Nayer (1786-1843). Le baron (Emmanuel) van der Bruggen nous disait cette semaine que ce couple eut trois filles. L’une d’elle, Elise, reçut Bellem (n° 239) racheté aux Montmorencys, l’autre, prénommée Zoé, se vit offrir Ooidonck, et la troisième, Géorgine, reprit Wildenburg qui nous intéresse ici. Géorgine, née le 22 avril 1815 (décédée en 1873), épousa en effet à Gand le 8 septembre 1840 Frédéric-Charles van der Bruggen (1804-1872). Leurs successeurs firent édifier le château d’en face, puis la génération suivante encore revendit le domaine qui nous intéresse il y a près d’une quarantaine d’années.
 
Le couple Naeyer-Caneghem fit agrandir le château qui prit la forme d’un T. En 1881, le cadastre enregistrait l’agrandissement des communs. Il y eut encore des augmentations de volumes en 1903. Notons enfin que l’arrière-arrière-grand-père du baron van der Bruggen, le baron Jules de Saint-Genois, a publié un roman, “Les Mutinés du siège d’Ostende”, qui se déroulait en partie au château de Wildenburg dit le “Blauwhuis”.
 
 
Du point de vue architectural, il n’y a guère de choses à dire puisque la maison est petite et qu’elle se limite à cinq travées disposées sur deux niveaux et demi en ce compris le soubassement. Les façades sont érigées en briques et, pour le logis principal, elles sont agrémentées aux baies par des volets de bois. Les pignons principaux sont animés de degrés. Vers le Sud, une baie à croisées est bouchée. Cette zone est toujours occupée par une aile de retour, mais la tour d’escaliers a disparu. Les toitures en bâtières sont couvertes d’ardoises et de tuiles noires. On ne visite pas. Le bien, qui a été dernièrement fort bien restauré par l’actuel propriétaire, n’est pas classé.
 
 
Ph.: Ph. Fy.

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