Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

27/01/2013

J’aime créer la surprise

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Boardwalk Empire, Terence WinterAprès le temps de l’ascension, vient celui de la confrontation entre Nucky Thompson et son fils spirituel, Jimmy Darmody. “La relation au père est au cœur de “Boardwalk Empire””, nous explique son créateur Terence Winter. Sur fond de Prohibition, la saison 2 s’annonce explosive. Dimanche, Be 1, 23 h 50.

Entretien: Karin Tshidimba
À New York

LA SAISON 1 PRÉSENTAIT l’ascension de Nucky; la saison 2 est celle de la trahison. Une trahison qui va gangréner la relation entre Nucky et Jimmy, son fils spirituel.
 
“La relation au père est au cœur de ‘Boardwalk Empire’”, souligne Terence Winter, son créateur. “Très certainement, parce que c’est une problématique personnelle : j’ai perdu mon père quand j’étais très jeune, cela a créé un grand vide dans mon existence et cela me bouleverse aujourd’hui que je suis père à mon tour. C’est aussi ce qui m’a fait rechercher, dans ma vie professionnelle, des ‘mentors’ comme David Chase (créateur des “Soprano”, NdlR). Dans ‘Boardwalk Empire’, l’histoire de Jimmy rappelle la tragédie d’Œdipe… Dès le départ, je savais que les choses allaient mal tourner entre Nucky et Jimmy. Depuis ce fameux jour ( où Jimmy dit à Nucky qu’il ne peut pas être ‘à moitié gangster’…”
 
 
“Je sais qu’aux Etats-Unis, ma tête est mise à prix à cause de ces événements et surtout de la fin de saison, poursuit Terence Winter en riant. Cela a bouleversé et mis en colère beaucoup de fans. Mais je reste très heureux d’être arrivé à ce résultat. Aujourd’hui, les gens sont nourris au storytelling; ils voient tout arriver. C’est devenu un défi de les surprendre.”
 
“David Chase disait que le plus important était le mystère. Je suis tout à fait d’accord avec lui ! J’adore quand les téléspectateurs me disent : “Je ne comprends pas pourquoi il a fait ça.” Ça me ravit car, moi-même, je ne pourrais pas expliquer la moitié de mes actes. Pourquoi en serait-il autrement dans les séries ? La plupart du temps, nous nous mentons à nous-mêmes. Ce n’est pas parce qu’un personnage dit quelque chose que c’est la vérité ! Quand on écrit, on le voit bien : la vérité d’un personnage est pleine de mensonges. C’était déjà le cas de Tony Soprano : même dans le cabinet de sa psy, il mentait sans arrêt…”
 
 
“Mad Men” , “Hell on Wheels” , “Boardwalk Empire” … De nombreuses séries se penchent sur le passé des Etats-Unis. “Il y a à la fois une fascination pour ce passé si exotique, et un regard beaucoup plus franc sur ce qu’était l’époque. Avec le recul, on comprend mieux le déroulement des événements. Et puis, ça nous donne des éclairages sur le présent. Parce que, quand on y regarde de plus près, les choses n’ont pas tant changé. La corruption politique, le business avant tout, le trafic d’alcool - qui peut être remplacé par celui de la cocaïne -, ces jeunes mecs qui veulent faire de l’argent rapidement… Ça ne vous rappelle rien ? C’est aberrant qu’on n’ait pas davantage tiré les leçons du passé ! La prohibition a donné toute son ampleur au crime organisé. Aujourd’hui, de la même façon, on laisse l’argent être le moteur de tous les trafics.”
 
Il y a aussi une sorte de “filiation” entre Tony et Nucky. “Nucky représente le début et Tony la fin de cette période de l’Histoire américaine lancée avec la Prohibition. Parmi les fans de la série, il y a ceux qui aiment les histoires de gangsters, ceux qui aiment l’Histoire et ceux qui sont fascinés par l’histoire entre Nucky et Margaret. C’est très intéressant, d’ailleurs, d’écrire sur la transformation de Margaret tout au long de la série. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas seulement un univers d’hommes. Il y a vraiment des personnages féminins très intéressants : l’époque était dense pour elles (suffragettes, ligue des femmes pour la tempérance). Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, elles ont eu du pouvoir. C’était une époque charnière pour les femmes.”
 
 
Lors du lancement de la série, Terence Winter évoquait la possibilité de faire 6 ou 7 saisons… “J’espère couvrir toute la période et aller jusqu’au bout de la Prohibition, en 1933. Avec la montée en puissance d’Al Capone, le massacre de la Saint-Valentin et la traversée de Charles Lindbergh, Atlantic City, cité balnéaire très fréquentée, était vraiment au sommet de la vague à cette époque.”
 
S’il n’est plus derrière la caméra, comme ce fut le cas pour l’épisode pilote de la série, Martin Scorsese reste très impliqué dans “Boardwalk Empire”, dont il reste l’un des principaux producteurs exécutifs avec Terence Winter. “Au début de l’année, je lui fais le pitch du thème de la saison et lorsque nous commençons à écrire les arches et les scripts, Martin Scorsese les lit tous – même les corrections au fur et à mesure que nous y apportons. Il nous fait des suggestions pour les scénarios et même pour le choix des musiques puisque c’est un genre et une époque qu’il connaît vraiment bien. Il intervient dans les choix de casting et lorsque les premiers rushes sont disponibles, il les visionne et nous fait des suggestions de montage. Il est très présent.”
 
 
Ph.: Reporters

Les commentaires sont fermés.