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09/02/2013

Skier en beauté

11_14_00_228348842_station6_flaine.jpgLe Mont-Blanc est un joyau à lui seul. Mais aux alentours, la vallée recèle de stations étonnantes. Chamonix, par son histoire, et Flaine, par son art. Petit tour en bas des pistes.

Découverte: Fanny Leroy


SA POSITION FAIT RÊVER. A mi-chemin entre la France et l’Italie, non loin de la Suisse, le Mont-Blanc tient une place de prédilection dans la liste des domaines skiables les plus enviables. Haut de ses 4 810 mètres d’altitude, il fait la joie des skieurs et randonneurs aguerris. Et les stations qui l’entourent ont le don d’attirer tous les amoureux de la montagne, même les moins sportifs. “L’hiver, nos visiteurs ne sont plus que 30 % à skier. Voilà pourquoi nous choyons les alternatives”, souligne Jean-Claude Burnet, directeur des trains de la Compagnie du Mont-Blanc.
 
Le Chamonix d’hier est, en effet, bien différent de celui d’aujourd’hui. Les heures de gloire de l’alpinisme, les chapitres anglais aristocrates de la fin du XIXe, ceux des années 40, Rébuffat et consorts, les années 60 et leurs sauvetages des Drus… font aujourd’hui partie de l’histoire de la ville. Des marques de prestige sont venues s’immiscer dans les ruelles de plus en plus commerçantes de la station. D’ailleurs, ne dites plus “Chamonix”, mais “Cham”. Pas de doute, la commune montagnarde monte en gamme et s’intensifie en glam’. En atteste le premier hôtel cinq étoiles de l’endroit : l’Albert Ier qui tient son nom de notre bon souverain, fervent adepte d’alpinisme et client notable de l’établissement. Là, on y mange deux étoiles Michelin, on y loge soit dans des chalets de bois cosy ou des chambres chic, au choix. Mais Chamonix tend à garantir un accès à une clientèle plus large. C’est le cas lorsque l’on pousse la porte des Chalets des Aiguilles, par exemple. Une auberge qui fait partie du réseau “Vacances pour tous”, un label appelant à l’ouverture et à la solidarité. Géré par Magali Lamotte, l’endroit se nourrit d’une ambiance bon enfant. Les chambres sont à lits superposés, les repas se prennent ensemble, les activités s’organisent par groupe. La formule est avantageuse et idéale pour les familles qui veulent profiter au maximum des activités “neige” pour un budget mini.
 
Et puis, Chamonix fourmille aussi d’idées de projets plus ambitieux les uns que les autres. Depuis l’été dernier, la rénovation du téléphérique de l’Aiguille du Midi, piton rocheux élevé à 3 842 mètres d’altitude et offrant un panorama de 360°, a vu les choses en grand : une boîte en verre transparent construite au plus proche de la paroi, des espaces visuels racontant l’histoire de Chamonix, l’alpinisme, les progrès technologiques, les recherches scientifiques, un petit musée et un accès à une grotte naturelle. Quant au train historique du Montenvers, il débarque désormais ses passagers dans un glaciorium spectaculaire, un espace de 120 m² de “sens et d’explications”. “ Il y a 100 ans, la petite machine rouge faisait le spectacle à elle seule : elle était le premier train à crémaillère, explique Jean-Claude Burnet. Dorénavant, on doit expliquer les choses aux gens. Pourquoi les glaciers reculent, par exemple”. Car les effets des changements climatiques sont là, visibles.
 
 
Mais à septante kilomètres de Chamonix, où l’on enregistre souvent le meilleur enneigement de France, l’entreprise est tout autre. On y tente de maintenir en vie l’œuvre d’un richissime homme du pétrole, vestige de l’opulence des Trente Glorieuses : la station de Flaine. Le concept peut aujourd’hui paraître incongru, mais la ville, située au sein du massif Arve Giffre, n’est autre que le désir d’Eric Boissonnas et de sa femme Sylvie. En plus d’être riches, les deux mécènes skieurs sont de grands adeptes d’Art moderne. Une passion qu’ils ont éparpillée dans la commune jusqu’à leur décès dans les années 1990. Mais le badaud s’y méprendrait : à première vue, Flaine n’est pas ce que l’on peut appeler “une belle station”, loin de là. Les bâtiments rivalisent, en effet, par la grisaille de leur béton. Pourtant, un œil attentif remarque les œuvres de maîtres qui donnent toute sa valeur à l’endroit. Ainsi, l’audacieux porte-à-faux de l’Hôtel Le Flaine est le premier cube en béton de l’histoire construit en parfait équilibre au-dessus d’une falaise. Un triomphe pour son inventeur Marcel Breuer dans les années 60. Prolifique, l’architecte dissimule aussi cinq cheminées dans les bâtiments de la station, de véritables sculptures monumentales de béton. Et les joyaux ne se cachent pas qu’à l’intérieur des maisons. Le skieur en descente peut admirer un portrait géant de femme de Picasso, un polychrome en tôle émaillée haut de 5m30 de Vasarely, une fontaine de glace de Carl Nesjar, ou encore le Boqueteau des sept arbres de Jean Dubuffet. Incroyable ! Même un artiste belge s’expose à Flaine : Pol Bury et sa Fontaine située à l’entrée de l’Auditorium. “Je suis un passionné de cette station, explique Eric Lecourtois-Gallois, directeur du village club du Soleil. Elle a été conçue et construite pour le bien-être des visiteurs”.
 
Soutenue financièrement par le couple Boissonnas pendant des dizaines d’années, Flaine est aujourd’hui livrée à elle-même. “Nous devons redoubler d’inventivité et de dynamisme pour que cette station puisse s’autoréguler”, continue Eric Lecourtois-Gallois, aussi directeur bénévole de l’office du tourisme. Le développement de Flaine tend donc à continuer. Une nouvelle résidence quatre étoiles, accompagnée d’une piscine publique, voit actuellement le jour. Tandis qu’un véritable hameau nordique aux petites maisons en bois coloré est venu diversifier l’offre de la station.
 
 
Camions en enfilade
Sur la route des vacances, ne vous étonnez pas des camions qui stationnent sur les bas-côtés. Ce sont les travailleurs saisonniers ! Ou du moins, s’ils n’ont pas été chassés. “La vie à Chamonix devient de plus en plus chère. Nombreux sont les saisonniers à dormir dans des camions s’ils ne sont pas logés, nourris et blanchis par leur employeur”, explique Pierre, ancien moniteur de ski engagé pour quelques mois. “Ces logements sont illégaux, mais les saisonniers travaillent plus de 40 heures par semaine pour ne gagner que 800 - 1 000 euros net par mois. Comment vivre autrement dans une station comme Chamonix ?”, interroge Pierre. Depuis plusieurs années, la situation de ces collaborations de saison se fragilise, donnant lieu à des situations sociales précaires et des remaniements des décisions communales.
 
 
Ph.: Photozoom

15:30 Publié dans Papilles | Lien permanent | Commentaires (0) | |

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