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10/02/2013

Du monde dans ce bas monde

La Libre, Momento, Dehors, sous terre, animaux, racinesAu jardin, la terre, c’est la vie. Entre elle et les plantes, les liens sont étroits. Leurs racines s’y faufilent, croisant au passage une multitude d’êtres vivants au look étrange.

En mode sous-terrain: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans

EN RÈGLE GÉNÉRALE, plus la terre est foncée, plus elle est riche en aliments, en humus, comme le disent les jardiniers qui ont toujours eu le souci d’en entretenir les qualités. L’humus, voici le mot magique prononcé. C’est l’assurance de prospérité des plantes. Il est fait de la lente maturation des divers déchets végétaux et animaux qui jonchent le sol. Les préposés à la tâche sont nombreux. On ne présente plus le ver de terre, véritable cheville ouvrière de cette grande entreprise. S’il est célèbre, son travail l’est moins. Quant à être reconnu à sa juste valeur, loin s’en faut. Et il n’est pas le seul de cette faune “underground” à partager ce sort. Collemboles, cloportes, myriapodes et autres punaises et larves font rarement les gros titres. Encore aujourd’hui, une certaine forme d’agriculture ne tient pas compte du monde vivant évoluant dans le sol. Elle le considère comme un simple substrat. Mais la science s’intéresse à ces habitants de l’ombre ainsi qu’à leur rôle. Une branche particulière, la zoologie des sols, s’y consacre et regroupe bien du “beau monde”. Sous nos pieds, grouille une faune peu banale, indispensable à notre survie sur cette planète. Des milliers d’espèces. Tout un cortège d’animaux, de champignons et de micro-organismes, assure des fonctions essentielles : recyclage des matières végétales, régulation des bactéries, dégradation de la matière organique, production de nutriments assimilables par les plantes d’une manière progressive, durable et équilibrée. Ces processus naturels maintiennent la fertilité de nos sols.
 
 
Le sous-sol est aussi le lieu de vie des racines. Elles assurent le ravitaillement en eau et en sels minéraux des plantes et les fixent au sol. Beaucoup moins connues que les parties aériennes, elles sont d’une importance capitale. La littérature reste à leur sujet assez laconique. Et pourtant, chaque plante a son type d’enracinement. Le connaître permet de choisir un sujet parfaitement adapté à la situation et, donc, d’obtenir de meilleurs résultats. En combinant des végétaux à l’enracinement différent, il est possible de créer des scènes plus durables où elles ne se livrent pas à une concurrence problématique. Quand la racine principale descend profondément dans le sol pour puiser l’eau et les éléments minéraux inaccessibles dans les couches superficielles, il s’agit d’un système pivotant. Tels, entre autres, le chêne, la consoude. Quand il n’y a pas de racine principale, mais un grand nombre de fines radicelles formant un entrelacs dense, c’est un système fibreux comme dans le cas des fougères et des rhododendrons. Souvent caractéristique des plantes de sous-bois.
 
Les plantes d’humeur vagabonde ont des racines à l’horizontale poussant juste sous le niveau du sol comme le lysimaque et l’houttuynia. Ce sont des plantes à système traçant. Le jardinier se méfie en général de ces baladeuses qui se faufilent partout et qu’il qualifie vite d’envahissantes. Le système fasciculé se distingue par ses racines nombreuses, épaisses et très ramifiées; aucune n’est dominante, mais toutes explorent le sol dans toutes les directions. Beaucoup d’arbustes sont pourvus de ce genre de racines. Seringat, groseillier, cornouiller, lilas. Certains occupent tellement le sol qu’il est parfois difficile de cultiver quelque chose à leur pied. Le système racinaire superficiel se rencontre principalement chez les plantes dites “couvre-sol”. Epimedium, bugle, lamier, etc. Les racines adventives sont le propre de quelques plantes capables d’émettre des racines à partir de tissus aériens. Chez le lierre, cette faculté sert à s’accrocher à un support.
 
 
Les forces de l’ombre
La population des invertébrés du sol se répartit en trois grands groupes. Les épigés qui vivent à proximité de la surface, les endogés qui mangent les racines en profondeur, et les anéciques qui circulent verticalement de la profondeur vers la surface. Les épigés se nourrissent de la litière de surface. Ils la broient et produisent des boulettes qui seront attaquées par les microbes et transformées en humus. Chaque famille épigée a ses préférences parmi les mets offerts par la litière. Les collemboles, par exemple, attaquent les parties tendres des feuilles entre les nervures. Les cloportes s’alimentent du bois des rameaux. Cette faune épigée est fortement détruite par les labours. La faune endogée se nourrit quasi exclusivement des racines mortes. Elle assure une porosité au sol en profondeur, ce qui permet la respiration des racines.
La troisième faune, l’anécique, est la plus connue, ce sont les grands vers de terre, les lombrics. Ils brassent le sol des profondeurs avec celui de la surface.
 
 
Ph.: Reporters / Scanpix Bildhuset

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