Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

10/02/2013

Passionnantes “Histoires d’opéras”

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Histoires d'opéras, ArteOu : comment présenter un opéra, son auteur, son intrigue, ses maîtres d’œuvre, ses chanteurs et
la maison d’opéra qui le produit, en 26 minutes ? Nicolas Crapanne relève le défi en présentant quatre grandes œuvres. Série à suivre sur Arte, les dimanches 10, 17 et 24 février ainsi que le 3 mars à 16h20.

Martine D. Mergeay

LE CONCEPT EST D’UNE ÉVIDENCE confondante mais personne jusqu’ici n’y avait songé : à l’occasion d’une production précise, faire raconter un opéra par ceux qui sont en train de le jouer. Et, par là même, raconter le genre opéra tout entier. Encore faut-il des narrateurs crédibles, quel que soit leur talent.
 
Dans le cas des documentaires écrits et réalisés par Nicolas Capranne pour Arte, les artistes interviewés – tous de talentueux chanteurs - sont aussi de talentueux pédagogues, et d’autant plus écoutés qu’on les découvre au four et au moulin, parlant d’un opéra qu’ils adorent comme si leur vie en dépendait (certains du moins) et, la séquence qui suit, chantant et jouant l’opéra en question, en répétition et en représentation (superbes montages) !
 
 
Ils ne sont pas les seuls à intervenir : chefs d’orchestre, metteurs en scène (généralement les assistants, les metteurs en scène sont si occupés…), directeurs de théâtre, décorateurs, couturiers, techniciens, etc. y vont chacun de leur expérience et c’est magnifique. Ce qui fait qu’au total, ces documentaires en disent autant des œuvres décortiquées (4 en tout) que des personnes qui en parlent. Et l’on sort de chaque épisode, en ayant tout embrassé d’un coup : le livret (en ce compris l’“histoire”), la musique, les interprètes, la production et la maison d’opéra qui l’accueille.
 
Premier héros (ou anti-héros) de la série : le ténor franco-sicilien Roberto Alagna, alias Pinkerton, l’officier yankee sans scrupule qui, ayant séduit et abandonné Cio-Cio-San, la douce Mrs Butterfly, ici chantée par Svetla Vassileva (déchirante), parvient, en plus, à lui voler son enfant. Alagna est désespéré de l’attitude de Pinkerton, on sent qu’il adore cette pauvre petite, il cherche à se justifier d’un amour sincère, il en perd ses mots, il est au bord des pleurs à la mort de sa victime…
 
Au passage, on découvre à Munich l’opéra “de répertoire” (il en existe encore deux en Allemagne) le mieux équipé du monde, et c’est époustouflant. Prix à payer pour les chanteurs : après avoir répété deux jours en studios plus ou moins “à dimensions”, ils découvrent la vraie scène le soir de la représentation !
 
 
Deuxième opéra investigué : Arabella de Strauss, à l’Opéra Bastille (Paris) dans la mise en scène de Arco Arturo Marelli. La narratrice est la soprano américaine Renée Fleming, joliment épaulée par Michael Volle, un Mandryka amoureux et jaloux à la scène comme à la ville des dires même de l’intéressé, et par Philippe Jordan, chef d’orchestre.
 
A vrai dire, tous s’y mettent, le dramaturge, la perruquière, la couturière, Doris Soffel et Kurt Rydl (les parents d’Arabella), et on sort de là tout retourné(e ) : l’“histoire” finit bien, certes, on rit même quelques fois, mais quelle mélancolie, sacré Strauss, sacré von Hofmannsthal !
 
 
Au troisième épisode, nous voici à Vienne, la Mecque de l’opéra, le meilleur orchestre du monde, pour La Clemenza di Tito de Mozart. La narratrice est la mezzo lettone Elina Garança, à tomber par terre de beauté et de féminité, qui n’en joue pas moins le rôle d’un jeune homme, Sesto, le meilleur ami de l’empereur Titus (qu’il trahira, hélas…).
 
Comptez sur Jürgen Flimm pour érotiser les scènes avec Vitellia (Juliane Banse), Elena s’en accommode et explique combien elle a dû s’entraîner pour changer de sexe, on la croit sur parole. Et combien son amitié pour le ténor canadien Michael Schade (Titus) est, elle, bien réelle et l’aide dans cette production. Sans surprise, l’exégète de la bande sera Louis Langrée, amoureux de Mozart et infiniment subtil dans ses analyses.
 
La dernière production sera la Carmen de Callixto Bieito (et de Bizet), donnée à La Fenice après avoir fait le tour de l’Europe (en passant par Anvers), une production particulièrement trash mais supportable dans ce contexte, puisque donnée à petites doses (avec, il faut le dire, des images superbes) et présentée par la belle Béatrice Uria-Monzon (filmée sur un pont de Venise, loin de la foule déchaînée).
 
A nouveau, les anecdotes fusent – comment transporter les décors par canaux ? Une vraie question… -, les scènes significatives s’enchaînent, les femmes sont magnifiques, les hommes un peu balourds. La magie de l’opéra raconté de l’intérieur opère une fois encore.
 
Arte, les dimanches 10, 17 et 24 février et le dimanche 3 mars, à 16h20
 
 
 
Quatre interprètes, quatre temples de l’art lyrique, quatre œuvres remarquables, quatre rendez-vous sur Arte à 16h20
 
Munich. Le 10 février, Roberto Alagna raconte “Madame Butterfly” de Puccini à l’Opéra de Munich. Roberto Alagna explique pourquoi la partition reste l’une des plus déchirantes de tout le répertoire lyrique, présente chacun des personnages clés (Sharpless, Suzuki, Pinkerton, Cio Cio San…). En 26 minutes, le docu prend le temps d’expliquer le fonctionnement artistique de l’Opéra munichois (programmation de répertoire, c’est-à-dire alternant chaque soir un opéra différent), les enjeux techniques de la production (conception des lumières par exemple), évoque la riche histoire du théâtre des Wittelsbach où Louis II de Bavière a fait créer quasiment tous les opéras de Wagner au XIXe
 
L’Opéra-Bastille. Le 17 février, Renée Fleming commente “Arabella” de Richard Strauss à l’Opéra Bastille à Paris. L’histoire est celle d’une famille ruinée ayant deux filles à élever. Les parents déguisent la cadette en garçon pour réduire les dépenses qu’occasionneraient deux mariages, et mettent en valeur l’aînée afin de lui trouver un bon parti. Jeune fille fière, Arabella cherche l’homme idéal. Elle a de nombreux prétendants : trois comtes et un jeune officier. Tout en badinant avec eux, elle remarque un étranger qui retient son attention…
 
Vienne. Le 24 février, Elina Garanca souligne la modernité de “La Clémence de Titus”, dernier seria de Mozart (1791). Le docu met l’accent avec raison sur l’essor du sentiment romantique qui place Mozart au nombre des compositeurs les plus visionnaires de tous les temps. En guide attachante, la mezzo slovène Elina Garança qui chante le personnage travesti de Sesto, l’ami de Titus. L’action se déroule à Rome, juste après l’explosion du Vésuve sous le règne de l’Empereur Titus. Jamais Mozart n’a été aussi juste dans l’expression des sentiments, aussi visionnaire et déjà romantique avant l’heure. Cette modernité mozartienne est parfaitement saisie et expliquée dans le film. En 26 minutes, le docu évoque même le fonctionnement technique de la production, tout ce qu’un opéra comme celui de Vienne doit produire et maîtriser.
 
La Fenice à Venise. Le 5 mars, Béatrice Uria Monzon interroge l’actualité de “Carmen” de Bizet… Opéra tragique en quatre actes, Carmen est l’un des opéras les plus joués au monde. Carmen, jeune bohémienne et grande séductrice, n’en est pas moins une femme rebelle qui déclenche une bagarre dans la manufacture de tabac où elle travaille. Le brigadier Don José, chargé de la mener en prison, tombe sous le charme et la laisse s’échapper. Pour l’amour de Carmen, il va abandonner sa fiancée Micaëla, déserter et rejoindre les contrebandiers. Mais il est dévoré par la jalousie, et Carmen va se lasser de lui et se laisser séduire par le célèbre torero Escamillo… Le documentaire flâne également dans la cité des Doges où les décors, en pièces détachées, sont acheminés jusqu’au théâtre par les canaux en fonction des horaires des marées.
Au.M.
 

Ph.: Opéra Bastille
 

Les commentaires sont fermés.