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12/02/2013

Folklore et dévotion

La Libre, Momento, Escapade, Nicaragua, DiriambaChaque année, des groupes de danseurs plus colorés les uns que les autres envahissent les rues de Diriamba, au Nicaragua, durant les fêtes en l’honneur de saint Sébastien. Le Güegüense, reconnu au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité depuis 2005, symbolise ce syncrétisme entre cultures précolombienne et catholique.

En rythme: Guillaume Bur

“EN DIOS CONFIAMOS” (“En Dieu nous avons confiance). La devise nicaraguayenne résume bien la mentalité de ce peuple appartenant au deuxième pays le plus pauvre d’Amérique latine. Les Nicas, comme ils s’appellent eux-mêmes, ne manquent jamais de vanter la grandeur et la bonté du Dieu qu’ils adorent, tout comme du saint qu’ils vénèrent dans chaque ville. Les fêtes patronales de Diriamba, du 17 au 27 janvier, offrent ainsi l’opportunité aux Diriambinos de remercier saint Sébastien pour son soutien dans leurs difficultés. Et cela passe par une somme de rituels, dont les plus authentiques sont les nombreuses danses folkloriques.
 
Au premier rang, au côté du saint durant les différentes processions, le Güegüense. Ce théâtre dansé, reconnu au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité de l’Unesco depuis 2005, est considéré comme la première œuvre littéraire du pays. Sa naissance remonte à plus de 350 ans, même si son auteur reste inconnu. Les paroles n’ont été compilées dans un livre qu’en 1942.
 
Ce mélange de théâtre, de danse et de musique est une synthèse des cultures nahuatl et espagnole. Le Güegüense s’apparente en fait à un théâtre burlesque où les colons espagnols, civils et militaires sont tournés en ridicule. Ces danseurs masqués, rappelant fortement les Picaros inventés par Hergé, représentent quatorze personnages différents : trois métisses – le Güegüense, un commerçant centro-américain, et ses deux fils –, quatre autorités espagnoles – gouverneur, capitaine, etc. –, la femme du gouverneur et ses deux dames de compagnie et quatre chevaux (macho raton) qui chargent les objets vendus par le Güegënse aux Espagnols et poussent des cris délirants.
 
Durant toute la journée, les 19, 20 (le jour de la Saint-Sébastien), 26 et 27 janvier, les danseurs accompagnent le saint sur un rythme entraînant de violons et de tambours. Les fidèles suivent saint Sébastien avec ferveur, mais nombreux sont les Dirambinos, les Nicaraguayens, et les touristes étrangers à observer les moindres pas du Güegüense.
 
 
L’un des moments forts des fêtes est la sortie de la statue de saint Sébastien de l’église, pleine à craquer. La population crie alors “viva San Sebastian” et se masse autour du saint. A cet instant, le 19 janvier, la ferveur et le brouhaha sont à leur comble. Tandis que les cloches sonnent, des pétards et fusées explosent sans discontinuer.
 
Tout comme les danseurs, qui ont promis de danser pour remercier saint Sébastien, certains fidèles traversent plusieurs rues sur les genoux pour rencontrer l’intercesseur de Dieu.
 
Saint Sébastien est ensuite porté en triomphe jusqu’à Dolores, la ville voisine située à 4 kilomètres. Tout le long de la route, des spectateurs observent le défilé. Et comme partout au Nicaragua, des vendeurs informels déplacent leur chariot et proposent en criant des boissons, des bonbons, des glaces et des galettes, entre autres. Arrivé à Dolores, saint Sébastien rencontre saint Jacques de Jinotepe et san Marcos de San Marcos, deux cités proches. Les croyants des trois villes exultent, c’est le Tope de los Santos.
 
La Libre, Momento, Escapade, Nicaragua, DiriambaEn tête de cette procession, se trouvent les “protecteurs” de saint Sébastien, les danseurs du Toro Huaco. Divisés en deux groupes, ils sont menés aux tambours et aux sifflets par un chef, puis deux capitaines. On ne peut les manquer au milieu des autres danseurs, car ils portent de grands chapeaux verts formés de feuilles de palmier et de fleurs de toutes les couleurs, en plus de leur masque. Le taureau, muni de cornes et d’un bouclier, s’oppose aux danseurs. Mais il se charge surtout de repousser le public qui, toujours, gagne du terrain sur leur passage.
 
 
Au milieu de ce désordre contrôlé, un duo de danseurs attire particulièrement l’attention, el Viejo y la Vieja (le vieux et la vieille). Déguisés en personnes âgées, ils se dandinent comme des fous au rythme de la guitare, des tambours et des marimbas, un instrument traditionnel dont le son s’apparente au xylophone. Au-delà de leurs masques loufoques et de leurs déhanchés aguicheurs, ce sont en fait deux hommes qui se cachent derrière les costumes du Viejo et de la Vieja. Fou rire garanti.
 
D’autres danses traditionnelles complètent les défilés de saint Sébastien. El Gigante symbolise l’affrontement entre David et Goliath. Les Inditas et les Hungaras offrent l’opportunité aux jeunes filles et garçons du pays de s’adonner à la danse en couple ou en groupe en portant des robes et tenues typiques.
 
Les fêtes de Diriamba annoncent aussi une grande période de charité. Ainsi, du 17 au 20 et du 24 au 27 janvier, le comité Hacienda Rancho distribue 4 000 portions de nourriture le matin et le midi aux nécessiteux de cette ville de 60 000 habitants.
 
Le dernier moment fort des festivités, après une ultime sortie des danseurs, réside dans les Hippicas, les défilés de chevaux qui font aussi la réputation de la ville. En effet, non contente d’être le berceau du Güegüense et du football nicaraguayen, la ville de Diriamba propose également les Hippicas les plus anciennes du pays.
 
 
Entre lacs et volcans
Souffrant toujours d’une réputation sulfureuse, le Nicaragua accueille encore peu de touristes, malgré ses nombreux attraits. Pays statistiquement le moins dangereux d’Amérique centrale, il compte plus d’une cinquantaine de volcans dont neuf sont toujours actifs. Les lacs Managua et Nicaragua occupent 10 % de son territoire, principalement composé de forêts tropicales sèches et humides qui accueillent 5 % de la biodiversité mondiale. Les passionnés d’Histoire et de Culture peuvent y découvrir deux magnifiques villes coloniales, Granada et Leon, et une population charmante. Enfin, les amoureux du farniente auront le choix entre les plages de la côte Pacifique, réputées pour le surf, ou les plages de sable fin et les îles de la côte Caraïbe.
 
 
Ph.: Guillaume Bur

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