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17/02/2013

Le Belvédère, un havre de paix

La Libre, Momento, Vie de château, Belvédère, Kijckuit, WijnegemOn l’appelait jadis le “Kijckuit”, et les listes du patrimoine flamand préfèrent citer ce nom qu’un “Belvédère” trop francophone. Un citoyen néerlandais veille à ce bien de grande qualité, orné d’un parc de quinze hectares depuis l’an 2000.

Philippe Farcy


DANS LA ZONE ORIENTALE d’Anvers, les beaux domaines se succèdent à un rythme incroyable. Sur des territoires immenses qui ne valaient rien voici 100 à 200 ans, la haute société locale prospère forcément grâce au port, se fit construire des maisons dont les albums de cartes postales, publiés voici quelques années par Miguel de Bounam, donnent un reflet édifiant.
 
Le “Belvédère” est l’un de ces domaines qui en imposent et qui montrent à quel point les belles familles nobles ou bourgeoises se faisaient concurrence, tant en titres récoltés comme des grappes d’Yquem, qu’en nombre de baies affichées aux façades des demeures.
 
 
Heureux architectes de ces années 1840-1914, qui obtinrent des commandes dont les seuls équivalents étaient Anglais, Français et Allemands pour la diversité du vocabulaire décoratif. Ils s’en donnèrent à cœur joie, d’autant que les cordons des bourses étaient largement ouverts. Ce fut le cas ici pour une maison qui était à l’origine, vers la deuxième moitié du XVIIIe siècle, relativement simple et classique. Il en reste quelques éléments, mais c’est vers les années 1820, que l’on fit du “Kijckuit”, dit aussi le “Belvédère”, l’une des gloires de la famille des barons van Havre. Nous sommes sur la Broeckstraat à Wijnegem. Le château et ses abords construits ou plantés sont classés depuis le 7 mars 1994. Cela inclut de petites dépendances et un superbe pont à deux arches précédés de grilles et de quatre piliers somptueux. Les van Havre furent propriétaires du “Belvédère” depuis le 10 novembre 1769 jusqu’en l’an 2000, quand les firmes Sotheby’s et Eurimobel furent chargées de la vente du domaine qui comptait huit hectares en 1769 et quinze lors de la récente cession. L’achat de 1769 coûta 12 528 florins; une pierre, datée 1770, figure au fronton sur l’entrée. La vente de l’an 2000, en faveur d’un Néerlandais, fut bien plus élevée.
 
Le premier propriétaire connu fut Pierre van Hecke, vers 1640. Il vendit cette terre à Aloys du Bois le 30 décembre 1648. Il n’y avait qu’une ferme alors, mais l’on sait qu’en 1722, lors d’une vente par les héritiers du Bois au chanoine et trésorier Christian Terninck, il était question d’un château. Terninck desservait la cathédrale d’Anvers. En 1742, le domaine entra dans une fondation créée par le chanoine, laquelle fondation vendit le bien le 12 juin 1750 à mademoiselle Anne-Marie du Bois. Celle-ci s’en défit à son tour le 22 août 1753 en faveur de Jean van Eij qui, lui aussi, œuvrait à la cathédrale d’Anvers. Van Eij légua le “Kijckuit” le 22 mars 1762 à Herman-Joseph Botermans, marchand à Anvers. Le 10 novembre 1769, en vente publique et par l’entremise d’un homme de paille, le chevalier Jean-Michel-Joseph van Havre (1730-1804), troisième de treize enfants, et son épouse Anne-Marie Lunden (+ en 1801), qui était sa cousine par les Melyn, acquirent le domaine. Elle était veuve de Jean-Jacques de Witte, sire de Bouwel. Le fils van Havre, Jean-Michel-Antoine (1764-1844), fut le premier baron de ce nom, titre reçu de Napoléon Ier, le 7 janvier 1814, confirmé par Léopold Ier le 27 février 1840 par ordre de primogéniture. Tous les autres sont chevaliers. J.-M.-A. épousa sa cousine Isabelle-Marie Stier (1768-1822), d’Aerstelaer, qui était aussi la sœur de son beau-frère. C’est à eux que l’on doit l’agrandissement de la maison.
 
 
Le château, construit en briques et pierre bleue, se compose d’un bloc central de deux niveaux et demi, protégé par une toiture en pavillon ornée de trois lucarnes. Ce massif central est bordé par deux ailes en retour, en avancée vers le pont d’accès et en léger retrait vers le parc. Ces petites ailes d’un niveau et demi sont également couvertes par des toitures en pavillon. Toutes sont couvertes d’ardoises. Les pavillons comptent deux travées. Le logis en compte sept, centrées sur une travée en léger ressaut de largeur décroissante et ornée de décors en pierre bleue de style Louis XVI. A l’arrière, le corps central est animé par un très élégant avant-corps semi-circulaire sommé par un garde-corps à balustres et rythmé à partir du deuxième niveau par quatre colonnes. Le rez est, ici, animé par trois baies en plein cintre. On ne visite pas, mais la demeure se voit parfaitement de la rue.
 
 
Ph.: Sotheby's

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