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18/02/2013

Hestercombe, un jardin mythique

La Libre, Momento, Dehors, Hestercombe, jardin“La Libre Jardin” s’envole à la fin mai dans le Somerset. A la découverte, notamment, d’un jardin typiquement anglais où différentes époques et traditions se mêlent.

En voyage: Marie Pascale Vasseur et Marie Noëlle Cruysmans

À HESTERCOMBE, un ensemble unique de trois jardins embrasse trois siècles d’Histoire et de dessin de jardin. Un parc paysager dans le plus pur style XVIIIe y côtoie une terrasse victorienne du XIXe et un des premiers jardins formels du mouvement “arts and crafts” datant du début du XXe siècle. Il est rare que dans un même lieu, subsistent des styles complètement différents. Remercions le dynamique Hestercombe Gardens Trust, en charge du domaine, qui a effectué plusieurs campagnes de restauration.
 
Le parc paysa
ger, créé entre 1750 et 1790 et restauré en 1992, se présente comme un parcours initiatique. Un paysage arcadien. Agreste presque idyllique. A l’époque, son propriétaire, un amateur de jardin éclairé, se prend au jeu et désire faire aussi bien ou mieux que ses voisins également férus de botanique et d’architecture paysagère. Dans une vallée boisée de près de 17 ha, dans laquelle serpente un cours d’eau, il installe à différents endroits stratégiques des fabriques, éléments de décor, temples, kiosques et ponts. Il aménage une cascade spectaculaire, un bassin et d’autres chutes qui conduisent l’eau près de la maison. A chaque détour du chemin, un nouveau tableau, une nouvelle ambiance.
 
Au XIXe siècle, une grande terrasse est ajoutée le long de la façade. Restaurée en 1998, quatre immenses parterres symétriques, plantés de fleurs annuelles, y prennent place. Mais il faudra attendre 1903 pour que le jardin connaisse une renaissance. Le nouvel hôte se concentre alors sur la création d’un jardin différent tout en sauvegardant à la fois le parc et l’imposante demeure. Il fait appel au célèbre duo Edwin Lutyens, l’architecte, et Gertrude Jekyll, la jardinière, qui passent pour être les maîtres du style “arts and crafts”. Littéralement art et artisanat, ce mouvement artistique naît dans les années 1860-70 en Angleterre avant de gagner l’Europe et l’Amérique. Fortement influencé par l’Art nouveau, il repose sur un projet ambitieux de transformation de la société, de réforme du travail et des modes de vie. Il se veut un courant en profondeur, moins superficiel, formel et esthétisant que l’Art nouveau. Globalement, il impose techniques traditionnelles et traditions locales. L’art doit intervenir dans tout, c’est l’idée fondatrice du design. Il s’applique au mobilier, aux objets, aux bijoux, à l’architecture, à la peinture, à la photographie… et même aux jardins. Et cela en symbiose avec la nature.
 
A Hestercombe, un jardin formel, issu de leurs quatre mains expertes, voit le jour. Il s’inscrit dans le paysage environnant, les restes du parc à l’anglaise et la campagne de la vallée de Taunton. Une série de terrasses géométriques – ponctuées de bassins et de canaux, ainsi qu’une longue pergola d’où l’on a une magnifique vue sur la campagne – sont installées. Une orangerie et un jardin dit hollandais, orné d’urnes de style Renaissance, les accompagnent. Lutyens intervient dans les moindres détails. Il s’intéresse aux escaliers, pavements, bassins, bancs, pierres et murets, alors que Jekyll, complémentaire, dessine les plans des plantations. Magique.
 
 
Les couleurs de miss Jekyll
Suite à des troubles de vue, Gertrude Jekyll abandonne sa passion pour la peinture pour expérimenter le jardinage. Elle désire promouvoir des jardins plus naturels. A la limite du sauvage. Elle devient à la fois paysagiste et auteur d’innombrables articles et ouvrages sur le sujet. Aujourd’hui, elle influence encore bon nombre de jardiniers.
Ses recherches portent sur l’équilibre et le mariage des couleurs, les proportions et les camaïeux. Ses réalisations de plates-bandes sont divines. Plantées par bandes diagonales pour donner un effet de masse. Beaucoup de ses compositions complètent le travail de structure d’Edwin Lutyens. Ensemble, entre 1893 et 1912, ils créent quelque 70 jardins. Elle y mettait une touche féminine, les fleurs. A Hestercombe, notamment des bergénias, lavandes, santolines, lys et yuccas.
 
 
Ph.: MNC & MPV

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