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23/02/2013

Des hommes et des rois

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Game of Thrones, Homeland, sérieDimanche, 20h, match au sommet entre “Game of Thrones” (La deux, RTBF) et “Homeland” (RTL-TVI). Epic fantasy contre thriller politique : l’affiche est belle, mais pour les amateurs de bonnes séries, c’est
un fameux dilemme. Intrigues, origines des deux phénomènes : à vous de comparer.

Karin Tshidimba


Un trône férocement convoité
 
“Game of Thrones” offre un mélange entre la saga des “Rois maudits” et une épopée fantastique.
 
Baptisée " A Song of Ice and Fire", la saga “Game of Thrones” s’attache au destin de trois familles et univers distincts : Winterfell, royaume du Nord aussi glaçant que majestueux, où règne Eddard (Ned) Stark, fidèle compagnon du roi Baratheon. A l’extrémité de ce royaume se situe “le Mur”, qui les sépare de la fameuse forêt hantée, une immense falaise de glace surveillée par la Garde de nuit.
 
A ce royaume de ténèbres et de neige est opposé celui nettement plus brûlant des Dothraki ou “sauvages du Sud”, des colosses aux manières frustres mais à l’armée imposante, dont Viserys Targaryen compte faire ses alliés grâce aux charmes de sa jeune sœur Daenerys (Emilia Clarke), afin de reconquérir “leur” trône perdu.
 
Entre les deux univers, voyagent les Lannister, une riche famille d’intrigants et de fourbes qui ont mis sur le trône l’actuel roi Baratheon (Mark Addy). Conscient des dangers qui le guettent, ce dernier a fait appel à son vieux compagnon, Ned Stark (Sean Bean), afin qu’il devienne la “Main du roi” (son bras droit, donc) et l’aide à gouverner. Car l’hiver s’annonce dans le royaume de Westeros qui pourrait bien charrier son lot de guerres et de désolation…
 
Bien qu’imaginaire, le royaume des Sept couronnes rappelle l’Europe du Moyen Age où les rois et reines, chevaliers et renégats, menteurs et nobliaux rivalisaient de fourberie et d’ambition pour obtenir le pouvoir absolu symbolisé, ici, par le Trône de fer. La duplicité des personnages et la diversité des points de vue sont les principales richesses de cette saga littéraire signée George R. R. Martin (cf. ci-contre). Un univers sombre et cru, qui a permis à l’acteur Peter Dinklage d’être récompensé pour son rôle très contrasté de Tyrion Lannister, alias “le gnome”.
 
 
Un roman de 4 000 pages
 
Depuis le lancement de la série, les ventes en librairie ont été multipliées presque par dix.
 
La saga "Game of Thrones" n'a pas attendu l’entrée en scène de l’imposant Sean Bean (alias Ned Stark) pour régner sur le cœur des fans. L’univers de George R. R. Martin avait de nombreux admirateurs, surtout en France, bien avant la transposition signée par HBO. Pour les amateurs de fantasy, le livre représente une sorte de Graal : à la fois foisonnant et “contemporain”, mêlant intrigues politiques et faits de guerre, passions interdites et alliances de raison, proposant, surtout, une foule de personnages et d’univers dans un récit soigné.

Ni elfes, ni hobbits, ni gobelins, mais des personnages de chair et de sang s’opposant avec force pour conquérir le pouvoir suprême dans un univers où guerres et famines semblent imminentes. Peu de magie, mais une foule de légendes et de traditions à ne pas prendre à la légère. “Le récit doit aussi beaucoup à Jean Sola, responsable de la traduction française. Son amour de la langue médiévale et du romanesque a contribué à en faire un succès de librairie , souligne Michel Dufranne, spécialiste des littératures de genre à la RTBF. Au point même que les autres traductions (italiennes, etc.) sont reparties du texte français et pas de l’original américain.” Comme toute adaptation – car il ne s’agit pas d’une simple traduction –, ce travail a fait grincer les dents des fidèles de Martin, puisque Sola “a pris la liberté de réorganiser certains chapitres, d’enrichir le style de l’auteur plutôt direct, d’adapter certains noms dans une langue qu’il estimait plus conforme à celle du Moyen Age”, poursuit Michel Dufranne. Renforçant encore les points de comparaison avec la saga des “Rois maudits” de Maurice Druon. La série HBO a accru le phénomène, faisant de GoT, le plus grand succès fantasy de ces quinze dernières années en librairie.
 
 
La Libre, Momento, Derrière l'écran, Game of Thrones, Homeland, sérieTraître à sa patrie ?
 
"Homeland" se joue de la paranoïa post-11 Septembre aux Etats-Unis.
 
Bâtie sur le thème de “l’ennemi intérieur”, “Homeland” a créé le buzz dès les premiers épisodes diffusés en octobre 2011. Dix ans après les attentats, cette histoire de soldats, libérés après huit années de captivité en Irak, a ravivé les souvenirs du 11 Septembre. “Pas pour prôner le retour de la ‘chasse aux sorcières’ mais pour interroger nos propres préjugés”, comme l’expliquait Howard Gordon, l’un de ses créateurs.
 
Adaptée de la série israélienne “Hatufim”, “Homeland” est assez différente de son modèle initial. Au-delà de l’opposition entre liberté et sécurité, la question centrale est en effet celle de la peur : “Devons-nous avoir peur et jusqu’à quel point ?” Avec, en filigrane, cette hypothèse aussi stressante qu’électrisante des “soldats retournés”.
 
Au cœur de la série s’inscrit en effet le jeu du chat et de la souris auxquels se livrent Claire Danes, alias l’agent Carrie Mathison, et Damian Lewis, qui campe le sergent Nicholas Brody, enfin de retour chez lui. D’emblée, Carrie le soupçonne d’être le soldat “retourné” dont lui a parlé l’une de ses contacts en Irak. Soit un futur terroriste en puissance à la solde du redoutable Abu Nazir.
 
Obsédée par l’idée de laisser passer un indice qui pourrait mener à une nouvelle catastrophe, Carrie décide de l’espionner sans mandat défini ni supervision. Souffrant de bipolarité, la jeune femme est-elle psychotique, parano ou ce qu’elle pressent a-t-il un réel fondement ? Ce rôle “borderline” a valu à Claire Danes un Emmy award et un Golden Globe, des récompenses qui s’ajoutent aux nombreuses autres récoltées par la série et son partenaire, Damian Lewis.
 
 
Le tabou des otages
 
A l’origine, la série “Hatufim” sur les prisonniers de guerre.
 
Dans "Homeland", un Damian Lewis sur le fil campe un soldat et père visiblement ravagé, libéré après 8 années de captivité en Irak. Malgré la douleur et les stigmates, on ne peut en effet s’empêcher de s’interroger : quel a été le prix à payer pour avoir la vie sauve ?
 
Cette hypothèse des “soldats retournés” n’est pas centrale dans la série originelle, “Hatufim”, qui a inspiré la création d’Howard Gordon et Alex Gansa. Drame intimiste faisant écho à une problématique nationale, la série israélienne évoque le délicat retour des prisonniers de guerre. Après 17 ans, deux des trois soldats capturés lors d’une mission au Liban sont libérés. Ils doivent apprendre à réintégrer la société et leur famille, tout en surmontant les traumatismes nés de la torture et des mauvais traitements. Si la question des informations divulguées durant leur captivité est évoquée, elle l’est parallèlement à l’analyse de la vie “envolée”, pour les prisonniers comme pour leurs proches…
 
“Hatufim” (titre hébreu) ou “Prisoners of War” (titre anglais) est programmée depuis 2010 en Israël sur la chaîne Keshet TV. La saison 2 s’est achevée en décembre dernier. Le sujet est d’autant plus brûlant qu’il concerne 1500 hommes aujourd’hui encore en Israël. Racontée par Gideon Raff, cette situation de paranoïa larvée a largement inspiré les créateurs de “Homeland”, comme ce fut le cas précédemment avec un autre drame psychologique d’origine israélienne : “In treatment”. Gideon Raff a d’ailleurs participé à l’écriture de l’adaptation américaine. Comme Arte a acheté “Hatufim”, on pourra bientôt la juger sur pièces. Quant à la saison 2 de “Homeland”, elle démarrera le 15 avril sur Be tv.
 
 
Ph.: RTBF & Kent Smith / Showtime

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