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24/02/2013

Jardins en Italie

La Libre, Momento, Dehors, jardins, ItalieDes milliers de voyageurs se sont un jour mis en route à la recherche du soleil italien et des trésors que recèle ce pays. Les lecteurs de cette rubrique ont participé, il y quelque temps déjà, au mouvement, partis, eux, à la découverte des jardins.

En voyage: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur

LES AMATEURS – QUI ONT VISITÉ les grands jardins italiens – ont tous été fascinés par leur harmonie et le haut degré artistique de leur composition. Ils ont servi de source d’inspiration à un nombre considérable de passionnés anonymes ou célèbres. Pas un, parmi eux, qui ne garde en mémoire un détail, une atmosphère, un émerveillement, et ne cherche, revenu au pays, à le retranscrire dans ses propres travaux. Les jardiniers d’aujourd’hui font à leur manière le Grand Tour d’autrefois pour engranger images et souvenirs.
 
 
Constitués d’éléments végétaux, les jardins sont, par définition, les plus éphémères des œuvres d’art, contrairement aux créations architecturales qui traversent l’Histoire. Parmi les jardins les plus connus d’Italie, se trouvent ceux qui entourent les grandes villas. A l’époque, la villa n’est pas qu’un lieu de villégiature, elle est au cœur de l’activité agricole. Son évolution nous est retracée en Toscane dans une série exceptionnelle de peintures. Vers 1598, un peintre d’origine flamande, Giusto Utens, reproduisit, à la demande du grand-duc Ferdinand Ier de Médicis, l’ensemble des villas appartenant à la maison de Médicis. L’art des jardins italiens connut son plein épanouissement aux XVe et XVIe siècles.
 
La villa est le phénomène socio-culturel de la Renaissance. Les notables investissent peu à peu dans l’achat de grandes propriétés autour des villes. Elles offrent un cadre rural où se développent alors deux types d’occupation : la chasse, hommage des nouvelles élites aux passe-temps des nobles, et l’otium à la romaine (voir “plus”). L’agriculture est une source de revenus traditionnels et procure un statut plus prestigieux que celui des comptoirs et du négoce. Elle permet aux bourgeois enrichis de fréquenter les nobles et de découvrir les charmes de la campagne, tout en inventant de nouvelles manières d’en jouir.
 
 
Le jardin fortement architecturé apparaît comme la présence de l’art dans le paysage, l’art dans la nature. Au Moyen Age, il était un espace clos; à la Renaissance, il dialogue avec les environs, tout en étant conçu selon un plan très strict et très géométrique. Maison et jardin forment un tout. Les règles qui régissent la construction des bâtiments s’étendent au jardin. Comme la maison est constituée de pièces distinctes, celui-ci est organisé en une succession de chambres ou d’espaces indépendants soumis au schéma directeur du plan. Les espaces sont créés au moyen de murs, de rangées d’arbres, de haies. Les architectures végétales sont faites à partir de cyprès, de chênes verts et d’ifs. Carrés, rectangles, cercles et demi-cercles se répètent dans les dessins des massifs. Il n’est pas rare qu’une allée aboutisse à une exèdre, forme semi-circulaire typique de la renaissance. L’axe principal du jardin est coupé par des axes secondaires, et donne un plan orthogonal caractéristique de l’époque. Les chemins s’achèvent par un but défini : statue, point de vue, bâtiment. Ces extrémités sont souvent contradictoires. Une allée aboutissant à une grotte verra le côté opposé s’achever sur une terrasse ensoleillée entraînant le regard vers l’immensité du paysage environnant. Comme si le chemin était en butte à des forces contraires. Cette polarité est au cœur du jardin italien.
 
Obscurité et lumière, ombre et soleil, ouvert et fermé, sombre et clair.
 
 
En hauteur
La villa et son jardin sont souvent situés sur une colline. Cette situation surélevée était très recherchée au Moyen Age pour les résidences campagnardes. Répondant à l’origine à un besoin de défense. Au cours du temps, l’air frais et la bise d’été soufflant sur les hauteurs étaient très appréciés de leurs occupants. La position dominante de la villa incluait souvent une disposition des jardins en terrasses ou en paliers. Adaptés à la pente par la construction de hauts murs de soutènement, de splendides escaliers et d’importants remblais, caves et pièces utilitaires pouvaient y prendre place, mais aussi grottes, loggias et belvédères. Les terrasses jouent avec les dénivelés, et l’eau y prendra une place toujours plus importante. De tels lieux furent parfois appelés “jardins suspendus”, comme c’est le cas aux îles Borromées. Une des étapes incontournables des voyageurs. Une nouvelle conception de l’espace y est mise en scène. De la terrasse, le regard embrasse le jardin, puis se perd au loin dans le paysage. Les plaisirs de la vue sont privilégiés. Dus probablement à la nouvelle ouverture sur le monde et la nature des esprits du temps.
 
 
Ph.: MNC & MPV

13:13 Publié dans Dehors | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, dehors, jardins, italie | |

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