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25/02/2013

La beauté, selon Ovide

La Libre, Momento, Bien-être, beauté, Rome antique, OvideDans “L’Art d’aimer”, le poète latin est précis, impitoyable aussi. Mais de ses délicieux écrits, on peut encore s’inspirer très largement aujourd’hui. Extraits minutieusement choisis.

Sans concession: Laurence Dardenne


ÉVOQUER LA BEAUTÉ ET LE BIEN-ÊTRE en Italie, c’est un peu inévitablement remonter aux sources et se plonger dans l’ambiance vaporeuse des thermes romains. Les balneae, ces étuves édifiées par l’empereur Marcus Agrippa où la patricienne, accompagnée de son esclave, venait joindre l’utile à l’agréable.
 
Dans la Rome antique, on se rendait en effet aux thermes par mesure d’hygiène mais aussi par pur plaisir, pour se faire une beauté. Munie de ses onguents fabriqués à partir d’huile d’olive, la patricienne n’oubliait jamais son strigile, un genre de petit instrument en fer recourbé servant à racler la sueur et participant à une exfoliation toute naturelle du corps lors des bains de vapeur.
 
Dans l’“Art d’aimer”, Ovide est on ne peut plus explicite (*). Précis et impitoyable à la fois, presque cruel mais peut-être lucide : La beauté est un présent des dieux; mais combien peu de femmes peuvent s’enorgueillir de leur beauté ! La plupart d’entre vous n’ont pas reçu du Ciel cette faveur. Voilà qui est dit, avec une franchise à laquelle ne se risqueraient pas nos magazines féminins d’aujourd’hui. Les soins de la parure vous embelliront , poursuit Ovide. Mais, faute de soins, le plus beau visage perd tout son éclat, fût-il comparable à celui de la déesse d’Idalie .”
 
 
Avide de conseils ? Ovide n’en manque pas. Côté coiffure, pour commencer : Sa grâce dépend de plus ou moins d’adresse des mains qui président à ce soin. II est mille manières de la disposer : que chacune choisisse celle qui lui convient le mieux : elle doit avant tout consulter son miroir. Un visage allongé demande des cheveux simplement séparés sur le front : telle était la coiffure de Laodamie. Un nœud léger sur le sommet de la tête, et qui laisse les oreilles découvertes, sied mieux aux figures arrondies. Celle-ci laissera tomber ses cheveux sur l’une et l’autre épaules. Une coiffure négligée sied à plus d’une femme : on la croirait de la veille; elle vient d’être ajustée à l’instant même. L’art doit imiter le hasard .”
 
Même les colorations et les perruques ont déjà leurs adeptes : La femme teint ses cheveux blancs avec le suc des herbes de Germanie; et l’art leur donne une couleur d’emprunt, préférable à leur couleur naturelle. La femme se montre à nos yeux parée de l’épaisse chevelure qu’elle vient d’acheter, et, pour un peu d’argent, les cheveux d’autrui deviennent les siens .”
 
Pour le poète, la femme doit tout simplement savoir user d’artifices et se prévaloir d’une démarche altière, afficher une assurance sans faille. Elle se doit aussi de présenter un corps soyeux au toucher, irréprochablement épilé. J’allais presque vous avertir de prendre garde que vos aisselles n’offensent l’odorat, et que vos jambes velues ne se hérissent de poils”, s’épanche encore Ovide, qui livre aussi, à sa façon, quelques conseils de maquillage, pour réparer la beauté des jeunes femmes peu favorisées de la nature  : Votre art sait encore remplir les lacunes d’un sourcil trop peu marqué, et voiler, au moyen d’un cosmétique, les traces trop véridiques de l’âge. Vous ne craignez pas d’animer l’éclat de vos yeux avec une cendre fine, ou avec le safran qui croît sur les rives du Cydnus.
 
 
Trop prévenant, franchement, Ovide nous glisse encore à l’oreille : Il ne faut pas toutefois que votre amant vous surprenne entourée des petites boîtes qui servent à ces apprêts. […] Que l’art vous embellisse sans se montrer. Qui de nous pourrait, sans dégoût, voir le fard qui enduit votre visage tomber entraîné par son poids, et couler sur votre sein ? Que dirai-je de l’odeur nauséabonde de l’oesype, quoiqu’on tire d’Athènes ce suc huileux, extrait de l’immonde toison des brebis ? Je vous blâmerais aussi d’employer la moelle de cerf, ou de nettoyer vos dents en présence de témoins. Tout cela, je le sais, fera briller vos charmes; mais la vue n’en est pas moins désagréable : que de choses nous choquent quand nous les voyons faire, et nous plaisent quand elles sont faites !
 
(*) Cette traduction française est celle de M. Heguin de Guerle – M. F. Lemaistre, Ovide. L’Art d’aimer, Paris, Classiques Garnier, 1927.
 
 
Le poète qui parlait aux femmes...
 
Extrait de “L’Art d’aimer”, Livre III, Ovide.
 
“La foule de mes élèves se compose de belles et de laides; et ces dernières sont toujours en plus grand nombre. Les belles ont moins besoin des secours de l’art, et font moins de cas de ses préceptes : elles ont le privilège d’une beauté qui ne doit point à l’art sa puissance. […] Cependant il est peu de visages sans défauts : cachez ces défauts avec soin; et, autant que possible, dissimulez les imperfections de votre corps. Si vous êtes petite, asseyez-vous, de peur qu’étant debout on ne vous croie assise; si vous êtes naine, étendez-vous sur votre lit; et, ainsi couchée, pour qu’on ne puisse pas mesurer votre taille, jetez sur vos pieds une robe qui les cache. Trop mince, habillez-vous d’étoffes épaisses, et qu’un large manteau flotte sur vos épaules. Pâle, teignez votre peau d’un vermillon pourpré; brune, ayez recours au poisson de Pharos. Qu’un pied difforme se cache sous une blanche chaussure; qu’une jambe trop sèche ne se montre que maintenue dans ses liens. De minces coussinets corrigent heureusement l’inégalité des épaules : entourez d’une écharpe une gorge qui a trop d’ampleur. Faites peu de gestes : en parlant, si vos doigts sont trop gros et vos ongles trop raboteux. Celle qui a l’haleine forte doit ne jamais parler à jeun, et se tenir toujours à distance de l’homme qui l’écoute. Celle qui a les dents noires, ou trop longues, ou mal rangées, peut en riant se faire beaucoup de tort.”
 
“Une simplicité sans art est l’ornement qui convient à l’homme”

Quant aux conseils vestimentaires, d’hygiène et de beauté adressés à ces messieurs, le poète latin écrit : “D’ailleurs renonce au futile plaisir de friser tes cheveux avec le fer chaud, ou de lisser ta peau avec la pierre ponce. Laisse de pareils soins à ces prêtres efféminés qui hurlent sur le mode phrygien des chants en l’honneur de Cybèle. Une simplicité sans art est l’ornement qui convient à l’homme. Thésée, sans ajuster sa chevelure, se fit aimer d’Ariane; Phèdre brilla pour Hippolyte, quoique sa parure fût simple; Adonis, cet hôte sauvage des forêts, gagna le cœur d’une déesse. Aime la propreté; ne crains pas de hâler ton teint aux exercices du Champ de Mars. Que tes vêtements, bien faits, soient exempts de taches. Ne laisse point d’aspérités sur ta langue, point de tartre sur l’émail de tes dents. Que ton pied ne nage pas dans une chaussure trop large. Que tes cheveux, mal taillés, ne se hérissent pas sur ta tête; mais qu’une main savante coupe et ta chevelure et ta barbe. Que tes ongles soient toujours nets et polis; que l’on ne voie aucun poil sortir de tes narines; surtout que ton haleine n’infecte pas l’air autour de toi, et prends garde de blesser l’odorat par cette odeur fétide qu’exhale le mâle de la chèvre. Quant aux autres détails de la toilette, abandonne-les aux jeunes coquettes, ou à ces hommes qui recherchent les honteuses faveurs d’autres hommes.”
 
 
Ph.: Mary Evans PL/REPORTERS

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