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26/02/2013

Brazzà, en lien avec le monde

La Libre, Momento, Vie de château, Brazzà, ItalieDans la région de Udine, en la commune de Moruzzo, se trouve un château de style palladien dont les murs ont connu de fortes personnalités. Le développement économique, biologique, touristique et culturel du domaine a pris une certaine ampleur depuis 2005.

Philippe Farcy


BRAZZÀ ! QUE VOILÀ UN VOCABLE souvent prononcé quand on évoque l’Afrique, cet autre Congo qui n’était pas le nôtre, mais celui des Français, et qui, par extraordinaire, a gardé son patronyme ancien, remontant à la période coloniale. La chose semble d’ailleurs unique, du moins pour les capitales d’Etats. Nous avions Jadotville (Likasi), ils ont gardé Brazzaville qui était, jadis, Nkuna. Or, Brazzà n’est autre que le nom d’un citoyen italien, naturalisé français, né à Rome, mais issu d’une famille du Frioul dont le domaine se situe sur les hauteurs de Udine.
 
Prénommé Pietro (Rome 1852 – Dakar 1905), grand-oncle des propriétaires actuels, les Pirzio-Biroli, il fut un aventurier mû par les idées de l’encyclique “Rerum Novarum” (du pape Léon XIII) qui plaçait l’homme, quelle que soit la couleur de sa peau, au centre du développement de l’humanité. Pietro Savorgnan di Brazzà aura été au cœur de l’expansion de l’Empire français dans l’Afrique subsaharienne, et quelque peu rival de Morton Stanley au Congo, le prédécesseur du capitaine Marchand, qui avait tenté de faire la jonction avec la côte orientale de l’Afrique. Mais il y avait les Anglais, et il y eut Fachoda.
 
 
La littérature sur Brazzà, ami de Jules Ferry, abonde sur Internet et ailleurs. Nous n’y reviendrons pas, même si Brazzà a vécu ici avant de partir vers la France à 17 ans. Mais son arrière-petit-neveu de nous dire : “Notez qu’en France, l’explorateur, adversaire de Stanley, était connu comme Pierre Savorgnan de Brazzà ou aussi Pietro Savorgnan de Brazzà – parce que son nom de famille Savorgnan (en frioulan) sonnait très français, même s’il s’appelait Pietro di Brazzà Savorgnan. La villa (château) de Brazzà a été son point de départ, même s’il est né à Rome (au Palazzo Brazzà) où sa famille (feudataire de la République de Venise) s’était installée pour éviter de servir sous l’Autriche.”
 
Pour faire un brin d’une autre histoire encore, notons que le site, posté à 249 mètres d’altitude, fort agreste et bien orienté en ce qu’il regarde vers le sud et les plaines lointaines de la Vénétie, était occupé déjà vers l’an mil quand la région dépendait des ducs de Bavière et du Saint-Empire. Sous Pietro, le domaine comptait plus de 300 ha. Ce qui nous intéresse, ici, n’en comporte plus que 36.
 
Les Savorgnan di Brazzà sont signalés, ici, depuis le XIIe siècle, époque à laquelle remonte la forteresse qui se trouve encore derrière le château. La famille existe toujours en Italie et aux USA. Une chapelle – dédicacée à saint Léonard (le patron des captifs), couverte de fresques du XIIIe siècle mises au jour en 2005 – est le plus ancien édifice de ce qui ressemble à un petit hameau centré sur une “villa”, comme disent les Italiens quand ils ne sont pas face à un château fort. La “villa” que l’on voit présentement est une restauration d’après la Grande Guerre, quand les troupes autrichiennes furent évincées des lieux qui leur servaient de QG. Le château fut incendié en 1918 et reconstruit et transformé par l’architecte Provino Valle. Dans le conflit suivant, Brazzà servit de QG aux troupes allemandes, puis aux alliés en 1944, puis au commandant des forces italiennes de la région, le général comte de Montezemolo, parent du patron de la Ferrari. Le général cohabita jusqu’en 1948 avec Detalmo Pirzio-Biroli, son épouse Fey von Hassell et leurs deux fils Corrado et Roberto, revenant d’un camp de prisonniers en Autriche. Les Pirzio-Biroli sont héritiers des Brazzà par mariage. Fey von Hassell était, elle, incarcérée à Buchenwald (Weimar), car elle était la sœur d’Ulrich von Hassell. Celui-ci était un des conspirateurs contre Hitler dans l’attentat manqué du 20 juillet 1944.
 
 
Le présent et l’avenir de Brazzà tiennent dans l’ouverture à un monde nouveau, touristique, avec l’accès de la ferme à des gîtes (24 lits), mais aussi dans l’élaboration d’une zone de protection de la nature et de la faune. Un itinéraire biologique à travers certaines zones du parc, où ont été réaménagées des zones humides et des pièces d’eau, est venu, depuis 2010, compléter un décor replanté d’arbres et animé de sculptures contemporaines.
 
 
Plusieurs éléments du hameau avaient été très abîmés par le tremblement de terre de 1976. C’est dans l’un d’eux que fut aménagé un musée dédié à Pietro Brazzà et à l’artiste tchèque Stepan Zavrel. Cet espace a été inauguré le 30 septembre 2011.
 
 
Ph.: Thomas de Dorlodot

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