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02/03/2013

Des cimes multicolores

La Libre, Momento, Escapade, festival de ballons, Château-d'OexLe festival de ballons de Château-d’Oex réunit chaque année une centaine de pilotes venus du monde entier. Le vol dans les Alpes, en hiver, est une expérience unique vécue par plusieurs Belges passionnés.

Envol: Frédéric Van Vlodorp

LES REMORQUES SONT alignées le long de l’esplanade des départs, au milieu d’une large vallée bordée de sommets culminant à 2 500 mètres d’altitude. Dans le hangar voisin, les pilotes assistent au briefing de Xavier Feal, le directeur technique du festival. “C’est à moi que revient, chaque matin, la décision de donner ou non le feu vert pour les décollages”, précise ce natif de Château-d’Oex, lui aussi pilote aguerri. “Je m’appuie bien évidemment sur les précieuses informations météo de votre compatriote Luc Trullemans.”
 
Le Belge s’est levé à 4h30 pour étudier les différents modèles météorologiques européens et américains avec l’aide de son comparse néerlandophone Wim De Troyer. “C’est beaucoup plus gai de faire des prévisions ici en montagne”, souligne celui qui fait la pluie et le beau temps sur RTL-TVI et Bel RTL. La connaissance des lieux est, par exemple, essentielle pour connaître les directions de vents en fonction des altitudes (vallée, crêtes…), des heures de la journée, etc. Luc Trullemans est une référence internationale dans le milieu des montgolfières et au-delà, puisqu’il prépare actuellement le tour du monde du Solar Impulse, dont l’idée est née à… Château-d’Oex. Il a participé à la réussite du premier tour du monde en ballon sans escale, battant au passage les records de durée et de distance de vol (45.755 km). “Le Breitling Orbiter III de Bertrand Piccard et Brian Jones a décollé d’ici le premier mars 1999”, se souvient avec passion le météorologue. “Le ballon a atterri 21 jours plus tard dans le désert d’Egypte.” Cette fabuleuse épopée est à revivre dans l’Espace Ballon, le musée dédié à cet objet qui forge la réputation internationale de Château-d’Oex.
 
 
Pour preuve, les 91 pilotes de cette 35e édition du festival proviennent de 18 pays issus des trois continents. Les voilà d’ailleurs qui sortent du briefing. Yes ! On vole aujourd’hui ! C’est parti à toute vitesse. Les nacelles sont tirées sur un traîneau vers l’aire de décollage qui s’apparente désormais à une fourmilière multicolore. Les toiles sont étirées à même le sol. Les gros ventilateurs se mettent en route, les brûleurs crachent leurs flammes. Les géants de toiles prennent forme et s’allongent côte à côte, à l’instar de touristes sur une plage de sable blanc. La température s’élève à l’intérieur des ballons qui se redressent les uns après les autres. Les équipages s’affairent, les pilotes et passagers prennent place dans les nacelles en osier, à présent relevées.
 
On connaît le site de départ, mais on ignore le lieu d’arrivée.” En une phrase, Vincent Demelenne résume le principal ingrédient nourrissant la passion de ces hommes et femmes toujours prêts à décoller pour un voyage forcément riche en surprises. Le citoyen d’Hotton est un habitué de ce rendez-vous annuel unique, l’hiver en montagne. “Un seul vol vaut le déplacement de 700 kilomètres, tant les paysages sont grandioses et l’ambiance formidable”, assure-t-il avec enthousiasme. “On s’en met plein la vue et on éprouve le plaisir de partager des sensations”, renchérit Charles Gourmet, pilote de Han-sur-Lesse, titulaire du ballon “Rochefort”. Le compère de Vincent Demelenne apprécie particulièrement le vol en montagne, qui s’adresse à des pilotes expérimentés. “Cette pratique nécessite une grande technique de vol, sans compter qu’il importe de trouver des lieux pour se poser”, précise, de son côté, Alain Cruteanschii, Liégeois d’origine installé à Monaco où il préside le club “Les aéronautes de Monaco”. Issus du “plat pays”, les Belges sont donc nombreux et appréciés à Château-d’Oex.
 
 
Les premiers ballons, dressés, bombent le torse et jouent à présent du corps-à-corps sous l’œil amusé du public. L’événement, agrémenté de nombreuses animations, attire, en effet, de nombreux spectateurs fascinés par la féerie de couleurs. Un ballon dans n’importe quel ciel accroche déjà le regard; alors, imaginez des dizaines de ballons multicolores sur fond de montagnes enneigées et d’écran azur.
 
Les décollages se succèdent à un rythme soutenu. Ici, en montagne, en hiver, les conditions permettent de voler toute la journée. Chaque pilote devrait donc partir le matin et l’après-midi pour une heure trente en moyenne, avant d’être récupéré par ses équipiers qui suivent son parcours, toujours aléatoire. “Notre seule marge de manœuvre, c’est monter et descendre en jouant avec la température de l’air à l’intérieur du ballon”, indique Vincent Demelenne, le fondateur des Hottolfiades et vice-président du Belgian Balloon Club. C’est parti ! Le ballon quitte le sol majestueusement. Seul le bruit du brûleur rompt le silence. Un sentiment de liberté totale s’empare du pilote et de ses passagers. Le paysage se déroule sous leurs yeux. Chaque voyage est toujours unique, un luxe dans notre société formatée…
 
En 2014, l’événement aura lieu du 25 janvier au 2 février.
 
 
Ph.: Charles Mahaux

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