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02/03/2013

Des livres et des tendances

La Libre, Momento, Papilles, livres, cuisine, festival du livre culinaire, ParisLe Festival du livre culinaire de Paris, en marge duquel sont remis les prestigieux Gourmand Awards, est le lieu idéal pour prendre le pouls de l’édition culinaire mondiale.

Reportage à Paris: Hubert Heyrendt & Laura Centrella

DEPUIS 1995, GOURMAND INTERNATIONAL organise chaque année un Festival du livre culinaire en marge duquel il remet une ribambelle de prix (plus de 120 !) aux meilleurs ouvrages dans les catégories les plus diverses. Lesquels pourront arborer un petit sticker “Gourmand Award Best of the World” et rêver d’être traduit en anglais, russe ou chinois. Si, pour le grand public, ces prix sont totalement inconnus, ils comptent chez les professionnels, dont beaucoup se retrouvaient dans les allées du salon, installé du 22 au 24 férvier derniers au Carrousel du Louvre.
 
A l’origine de ce rendez-vous, créé pour favoriser les échanges de droits entre éditeurs, on retrouve le Français Edouard Cointreau. Qui se souvient qu’au début des années 1990, les livres culinaires n’étaient pas vraiment à la mode, alors qu’ils constituent aujourd’hui l’une des rares branches de l’édition à rapporter de l’argent. Ainsi, ils représentent un business d’un milliard de dollars aux Etats-Unis, où le marché continue de croître de 4 % par an. Si l’activité est rentable, les livres de cuisine et leurs auteurs sont également devenus respectables. “On est passé d’un secteur méprisé à une époque où tout le monde veut écrire des livres de cuisine” , résume M. Cointreau.
 
C’est la télévision qui a été le moteur de cette révolution éditoriale, d’abord en Angleterre puis aux Etats-Unis. De l’autre côté de la Manche, Jamie Oliver vend ainsi entre un millon et demi et trois millions de livres par an ! Alors qu’aux Etats-Unis, la championne des best-sellers culinaires, Ina Garten (alias la “Barefoot Contessa”), n’écoule “que” 500 000 exemplaires. Plafonnant autour de 300 000 exemplaires, les ventes de Cyril Lignac ou de Julie Andrieu sont en recul en France, où l’on observe par contre un boom des livres consacrés à des marques (merci le placement de produits)…
 
Si l’on note des différences entre pays, la tendance générale reste ceci dit la même partout. La transmission orale et familiale de la cuisine ayant disparu, les gens se tournent vers l’écrit pour réapprendre à cuisiner. “La moitié des livres vendus sont consacrés à des recettes faciles et rapides à base d’ingrédients simples , explique M. Cointreau. Je ne pense pas que les gens cuisinent plus pour autant. J’ai même le sentiment que c’est l’inverse. Quand ils achètent un livre, ils achètent la possibilité virtuelle de faire une recette.”Mais, même si les lecteurs ne les font pas, ces recettes doivent être bonnes et précises, sans quoi le livre ne se vendra pas… Crise oblige, l’une des tendances les plus marquées est d’ailleurs l’explosion des livres à petits prix, dont la qualité est en augmentation constante.
 
Où l’on découvre aussi que le végétarisme, devenu trop mainstream, ne constitue plus une tendance. Débarqueront donc prochainement quantité d’ouvrages sur le végétalisme, la cuisine crue ou encore la cuisine santé, sous l’influence asiatique. “Cela va créer de nouvelles stars, qu’on ne connaît pas encore. On n’a pas encore un Jamie Oliver de la santé mais il arrivera…” , prophétise le directeur de Gourmand International. Qui, habitant et travaillant en Chine, voit également exploser le marché du livre culinaire chinois, où 10 % des ouvrages sont consacrés à la cuisine occidentale. Même si les éditeurs chinois préfèrent traduire des ouvrages japonais ou sud-coréens, plus proches culturellement et qui ont déjà digéré la cuisine occidentale. Un indice de cette future influence ? La Chine était cette année le deuxième pays le plus récompensé aux Gourmet Awards, derrière la France. La Belgique finit, elle, septième, avec sept premiers prix.
 
Autre ligne de force, les liens de plus en plus ténus entre tourisme et culture culinaire. En conséquence, de nombreuses institutions nationales, régionales ou locales soutiennent désormais la publication d’ouvrages mettant en valeur des gastronomies parfois très locales.
 
Côté boissons, après la vogue de la bière, on doit s’attendre à une arrivée massive de livres sur le thé. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, même s’ils sont souvent moins médiatisés, les livres consacrés aux boissons fonctionnent très bien. En Chine par exemple, ils représentent la moitié des achats de droits…
 
Ce que l’on découvre surtout au Festival du livre culinaire, c’est en effet un marché désormais mondialisé. Ainsi, de plus en plus d’éditeurs, comme Flammarion ou l’anglais Phaidon, visent désormais bien plus loin que leur marché local quand ils pensent un livre. Les Etats-Unis ont mis du temps à comprendre cette réalité, laissant la place à l’Angleterre. Mais quand ils seront prêts, leur force de frappe risque de faire mal, estime M. Cointreau. En attendant, en se promenant dans les stands à Paris, on découvre en effet qu’un peu partout dans le monde, on produit de beaux livres de cuisine susceptibles d’intéresser un public international.
 
Seule surprise, la stagnation du livre culinaire numérique, qui peine à réellement s’imposer. Si Jamie Oliver écoule déjà 5 % de ses ouvrages de façon dématérialisée, les ventes restent en général entre 1 et 2 %. Même aux Etats-Unis, où l’on vend pourtant désormais plus de livres numériques que de livres papier. En cause, le plaisir que l’on a à feuilleter un livre de recettes en regardant de belles photos mais aussi, sans doute, le manque d’outils à disposition des éditeurs. Mais on y travaille. Sur le salon, on pouvait ainsi découvrir la nouvelle application iPad du “Grand livre de cuisine” d’Alain Ducasse, très élégante. Tandis que les Allemands de chez Caramelized, sur le marché depuis octobre 2012, présentaient quelques transpositions très réussies du papier à la tablette…
 
 
Ph.: H.H.

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