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03/03/2013

Le classement des Crus classés de Graves a 60 ans

La Libre, Momento, Papilles, Vins, Crus classés de GravesLes vins de Graves sont les seuls en France qui revendiquent, dans le nom de leur appellation, la nature de leur terroir.

Mise en bouteille: Baudouin Havaux


PLUS DISCRETS, LES CRUS CLASSÉS des appellations de Graves et de Pessac-Léognan jouent moins la vedette que leurs confrères du Médoc ou du Libournais. Leur nombre réduit à 14 châteaux explique sans doute aussi une moindre médiatisation, mais n’hypothèque en rien leur renommée assurée par les ténors de l’appellation et leur accessibilité. Le soixantième anniversaire du classement des Crus classés de Graves – célébré dignement en présence des 14 propriétaires, le 8 février dernier, au Sea Grill d’Yves Mattagne – est l’occasion de redécouvrir cette région viticole bordelaise particulaire. Son classement, édifié en 1953, est calqué sur celui de 1885 – réalisé par les Crus du Médoc et de Sauternes – qui, à l’époque, n’avait retenu que le château Haut-Brion.
 
 
Les 600 hectares de vigne classés, une superficie assez modeste, sont répartis dans une aire d’appellation assez vaste qui démarre aux faubourgs de Bordeaux. C’est là que règne le fleuron mythique des Crus classés de Graves, le château Haut-Brion qui, ayant subi l’expansion de la ville de Bordeaux, s’est transformé en un véritable vignoble urbain. De l’autre côté de l’appellation, le cadre offert par les Landes est plus bucolique. Les Landes qui ont une influence déterminante sur les arômes de pin et d’acacias apportés par les vents du sud et de l’est. La proximité de la ville est, sans conteste, un avantage, car, ici, les propriétaires vivent sur leur domaine, ce qui n’est pas souvent le cas dans les propriétés du Médoc. Vivant au quotidien au cœur du vignoble, leur relation avec la vigne et le vin est plus intime. Ils sont disponibles tous les jours pour recevoir des visiteurs professionnels ou en villégiature, et leur ouvrir les portes de leurs chais, ce qui a développé chez eux un sens aigu de l’hospitalité, un trait de caractère commun partagé par tous les propriétaires.
 
Les vins de Graves sont les seuls, en France, qui revendiquent dans le nom de leur appellation la nature de leur terroir. Son nom résume à merveille son identité, et ici, mieux que nulle part, on comprend son influence qui détermine le caractère particulier de ses vins. Son histoire – liée à la naissance du fleuve Garonne, aux modifications de son tracé et aux épisodes glaciaires successifs de l’ère quaternaire – est aussi complexe que les arômes des vins de son appellation. Le sol est constitué, comme son nom l’indique, de galets, cailloux, graviers plus ou moins gros, sables mêlés à des limons et argiles, reposant par endroits sur des calcaires, mais généralement sur du sable pur, de l’alios ou des argiles. Ces sols pauvres d’une grande perméabilité et les pentes favorisant l’écoulement des eaux assurent une régulation optimale de l’alimentation hydrique de la vigne. De plus, réfléchissant le rayonnement solaire, les graves redistribuent progressivement la chaleur sur les grappes et contribuent ainsi à une meilleure maturation du raisin.
 
Les vins rouges se situent en équilibre parfait entre les saveurs rondes et chaudes des merlots récoltés bien mûrs à Saint-Emilion et les accents pimentés, tirant parfois vers des notes de poivron vert, des cabernets sauvignons vendangés les années plus fraîches. Les vins de Graves présentent un profil particulier dont l’approche n’est pas toujours facile pour un néophyte, surtout dans les jeunes millésimes qui nécessitent un peu de temps pour dévoiler leur charme. Ce sont des vins précis, complexes, grâce au jeu de l’assemblage des merlots, des cabernets sauvignons et de plus en plus de cabernets francs. L’attaque fruitée est plus subtile qu’à Saint-Emilion, et les tanins aux grains fins sont plus doux et plus lissés que dans le Médoc. Un accent fumé s’associe au charme des vins produits à Pessac-Léognan. Ils gagnent leurs titres de noblesse au bout de plusieurs années, c’est à ce moment, qu’avec panache, ils exultent en élégance, finesse et équilibre.
 
Même s’ils ne sont pas classés pour les deux couleurs, le fait que tous les Crus classés produisent en parallèle des vins blancs les démarque également de leurs confrères. Considérée dans le bordelais comme dépositaire des vins blancs aristocratiques, la production s’articule autour d’assemblages de sauvignon et de sémillon. Assez instables, surtout à la sortie de l’hiver, ils peuvent se montrer capricieux, et sur la réserve. Il n’en demeure pas moins qu’ils constituent de grands vins blancs aromatiques, structurés, et au potentiel de garde.
 
 
LES CRUS CLASSES
 
Château Bouscaut (classé en rouge et en blanc)
Château Carbonnieux (classé en rouge et en blanc)
Domaine de Chevalier (classé en rouge et en blanc)
Château Couhins (classé en blanc)
Château Couhins-Lurton (classé en blanc)
Château de Fieuzal (classé en rouge)
Château Haut-Bailly (classé en rouge)
Château Haut-Brion (classé en rouge)
Château La Mission Haut-Brion (classé en rouge)
Château la Tour-Martillac (classé en rouge et en blanc)
Château Malartic-Lagravière (classé en rouge et en blanc)
Château Olier (classé en rouge et en blanc)
Château Pape Clément (classé en rouge)
Château Smith Haut-Lafitte (classé en rouge et en blanc)
 
 
Ph.: Crus classés de Graves

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