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10/03/2013

Hygiène de vie

La Libre, Momento, Autoportrait, Sidi Larbi Cherkaoui, danseurSidi Larbi Cherkaoui est un danseur et chorégraphe belge. Il a fondé en 2010 la compagnie Eastman.


SIDI LARBI CHERKAOUI EN 5 DATES

10 mars 1976 : je suis né à Hoboken qui est un peu la banlieue d’Anvers. Mon papa est musulman et ma maman est catholique, et, moi, j’allais à l’école communale, j’étais donc dans une sorte de communauté avec beaucoup de focus très différents. Sur le plan religieux, mais aussi sur le plan éthique. J’étais dans une transformation constante : je devais penser d’une certaine manière à l’école et d’une autre à la maison. Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours eu ce besoin d’arriver à naviguer entre toutes ces pensées, entre tous ces gens avec toutes leurs convictions.
 
1993 : à 17 ans, bien qu’encore à l’école, j’ai commencé à danser professionnellement dans une compagnie de danse à la télé. Pour moi, c’était très intéressant d’éprouver cette dichotomie entre le côté physique de la danse et le côté cérébral des études.
 
2000 : à 24 ans, j’ai fait ma première pièce en tant que chorégraphe aux ballets C de la B, à Gand. Je travaillais déjà comme danseur chez Alain Platel. Ce fut un grand pas pour moi d’être dans un rapport de création. Quand j’ai fait ma première création, je me suis dit que c’était la dernière fois, tellement on se met à nu et tellement on n’est pas préparé aux attentes des gens. Mais avec les encouragements de mon entourage, j’ai quand même continué, et, presque 14 ans plus tard, je suis toujours là.
 
2002 : j’ai reçu le prix Nijinski, en tant que chorégraphe émergent, à Monte-Carlo. Cela a changé ma vie, car ça m’a mis dans un tout autre contexte qui n’était plus uniquement la danse contemporaine, mais aussi la danse classique. Ma carrière a pris un autre virage. J’étais un peu dans une sorte de réconciliation entre le monde de la danse classique et celui de la danse contemporaine. Depuis, je fais des créations pour les deux.
 
2013 : je suis végétarien depuis mes 15 ans, et, depuis janvier, j’essaie d’arrêter le sucre raffiné. Je ne mange donc plus que des fruits, des légumes et des noix; j’ai complètement changé mon régime alimentaire, et ça m’aide énormément. En parlant avec des nutritionnistes, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de choses assez toxiques dans ma nourriture. Et en changeant de régime, ça a aussi totalement changé mon corps; j’ai l’impression d’être beaucoup plus résistant.
 
 
UN EVENEMENT DE MA VIE
 
A mes 15 ans, j'ai eu un trou dans l’estomac à cause d’ulcères, tellement j’étais stressé. J’avais un rapport plutôt autodestructeur avec mon corps, c’est comme si ça explosait en moi. Après l’opération, je devais prendre des médicaments, et, en fait, j’ai changé de régime alimentaire : je suis devenu végétarien. Je ne bois pas non plus, ni alcool ni café. J’ai mis plein de choses de côté, justement pour sauver ma vie.
Ça a été un moment très profond pendant lequel je me suis rendu compte du rapport entre la psychologie et le physique, entre les organes et les émotions, et aussi entre la nourriture et le bien-être, comment tout ça est lié.
A mes 15 ans, je me suis rendu compte de beaucoup de choses. C’est aussi à cet âge-là que j’ai commencé à danser, j’ai compris que j’avais besoin d’une activité physique. J’étais un enfant très intellectuel, et, soudain, je me suis dit qu’il fallait vraiment que je m’occupe de mon corps, et de l’intérieur également, pas seulement du muscle, mais aussi des organes.
 
 
UNE PHRASE
“Vivre et laisser vivre.”
 
 
TROIS DANSEURS
 
Damien Jalet
Un danseur-chorégraphe-metteur en scène belge qui habite à Bruxelles. Je travaille avec lui depuis mes débuts. C’est quelqu’un que je respecte énormément, il a une vision très pointue, autant sur le mouvement que sur l’art scénique. Avec lui, j’ai fait la création de “Babel”. En ce moment, nous travaillons ensemble sur un boléro pour l’Opéra de Paris.
 
 
Maria Pagés
C’est une danseuse de flamenco et une amie à moi, avec qui j’ai aussi dansé sur scène. Elle est magnifique, elle a une grâce, une force incroyable et un sens du rythme et de la musicalité hors norme. Et puis, c’est quelqu’un de très marrant aussi, elle a un vrai sens de l’humour. En fait, c’est des vacances de travailler avec elle : elle s’occupe tellement bien de la production que, du coup, moi, je ne dois rien faire. J’aime beaucoup être en tournée avec elle.
 
 
Shantala Shivalingappa
C’est une danseuse indienne qui habite à Paris. J’aime beaucoup être en tournée avec elle, elle est très, très intelligente. Elle est très gracieuse, très fine. Elle a mon âge; donc, on est vraiment de la même génération, et j’aime beaucoup être sur scène avec elle.
 
 
TROIS LIEUX
 
Sadler’s Wells à Londres
C’est un théâtre où je travaille très souvent et où je me sens un peu chez moi. J’y travaille déjà depuis 7 ans, et il a la qualité de présenter la danse de par le monde. Ce théâtre est assez important en Angleterre. C’est un lieu qui m’est très proche et qui est très important pour moi.
 
 
DeSingel à Anvers
Le théâtre où je suis résident en ce moment avec ma compagnie “The Eastman”. J’aime beaucoup ce lieu, car c’est un espace où je travaille, on répète aussi beaucoup dans les studios, on peut y présenter nos spectacles… Il y a également une école de danse, une école de musique et une école de théâtre, et un café très sympa. C’est un endroit que j’aime beaucoup.
 
 
Le Japon
Mon partenaire est du Japon, et j’adore être au Japon, et à Tokyo, particulièrement. Il y a un théâtre qui s’appelle Bunkamura qui est un théâtre avec lequel j’aime beaucoup travailler. J’ai fait une création, là-bas en 2011, justement l’année du terrible tremblement de terre et du tsunami. C’est un espace où j’ai vécu des moments très forts; j’y étais pendant le tremblement de terre, et on était dans une situation assez terrifiante. Beaucoup d’images me reviennent à l’esprit quand je pense à cet espace-là.
 
 
TROIS FILMS
 
“Anna Karenine”, de Joe Wright
Je ne prends pas ce film-là que pour l’histoire, c’est aussi parce que j’en ai fait la chorégraphie. Ce fut un vrai plaisir d’inspirer un film à avoir une autre manière de se laisser raconter. C’est une histoire qui, soudain, a viré vers quelque chose de très surréel et de magique. Joe m’avait demandé de faire partie de cette aventure, parce qu’il sentait que mon travail avait justement cette capacité à transposer les choses vers un monde irréel, et il aimait beaucoup la sensualité dans mon travail. J’étais très content de travailler avec lui et avec des acteurs comme Jude Law et Keira Knightley qui étaient très ouverts à ma gestuelle et à mon rapport au mouvement. Je suis très fier du résultat.
 
“Un prophète”, de Jacques Audiard
Ce film est très violent et fait très peur, mais sa force, c’est le personnage qui est assez faible, mais qui a une force : le langage. Il parle plusieurs langues, et grâce à cela, il arrive à être l’élément le plus fort à l’intérieur de la prison dans laquelle il est enfermé. Il parvient à maîtriser presque tout le monde à travers la capacité qu’il a à traduire les choses. Ça démontre à quel point le fait de parler plusieurs langues peut donner une force, un pouvoir sur les autres, même si on n’a pas la force physique. Dans ce sens-là, je trouve que c’est un film avec un certain espoir.
 
 
“Dogville,” de Lars von Trier
J’aime beaucoup l’idée de la vengeance, un sentiment qui, très souvent, est mis de côté, car on ne comprend pas pourquoi les gens veulent se venger de quelque chose. Mais quand on voit ce film, on comprend. Et c’est terrible, parce que la vengeance est horrible, mais parfois, quand on voit ce que quelqu’un vit, on comprend que cette personne puisse vouloir se venger. Ce film n’a pas la morale typique de comment c’est négatif de vouloir se venger, et ça m’a vraiment pris, parce que je comprenais la vengeance de cette femme, même si c’était terrible ce qu’elle faisait.
 
 
UNE DATE
 
4 novembre 2008
Barack Obama devient président des Etats-Unis. C’est un grand changement pour un pays dans lequel, justement, 60 ans plus tôt, les Noirs n’avaient pas de droits humains. Que, soudain, quelqu’un, avec la peau foncée, puisse devenir président, j’ai trouvé ça très impressionnant. Après, ce qu’il a fait ou pas, c’est une autre histoire… Mais c’est un événement qui m’a beaucoup touché.
 
 
Ph.: Alexis Haulot

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