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10/03/2013

La mode ancrée dans son temps

La Libre, Momento, Tendances, Fashion Week Paris, BilanLa Fashion Week terminée, l’heure est au bilan de ce qu’on a vu défiler. Un regard approfondi, sur les collections de prêt-à-porter présentées, met en lumière les questionnements actuels de la mode vis-à-vis de la société. Bling, coût de la mode et image de la femme.

A la loupe: Aurore Vaucelle


Les francs-tireurs qui se moquent des tendances
 
Ceux-là, on les aime. Malgré les impératifs de vente d’un marché débordant de propositions, malgré les diktats vestimentaires, les obligations sociales de répondre à tel ou tel critère en vogue, malgré la difficulté à créer quelque chose de radical, voire d’obédience minoritaire, certains couturiers et créateurs gardent la tête froide et continuent à produire une mode qu’ils ont inventée, qui leur ressemble, qu’ils peuvent argumenter. En bref, ils ne cèdent pas aux chimères des tendances passagères. Jean-Charles de Castelbajac (photo), dont la marque éponyme eut un temps quelques problèmes financiers, continue à imaginer des vêtements drôles, cette saison, animaliers, et qui se démarquent franchement. Ann Demeulemeester poursuit sa même philosophie, des silhouettes d’une grande pureté, et presque androgynes à l’avant, nous défilent. Enfin, un autre élève de l’école anversoise traduit sa pensée avec constance : Haider Ackermann ne se laisse pas détourner de son chemin de création. Et, preuve que c’est une bonne idée, il connaît un succès grandissant.
Ph.: Pierre Verdy/AFP
 
 
La Libre, Momento, Tendances, Fashion Week Paris, BilanLa nouvelle guerre des sexes ?
 
Les défilés sont un moment assez amusant où l’on entend à peu près tout et son contraire en matière de diktats et d’interdits. Et l’on s’en amuse. Certaines consœurs épinglent avec froideur, cette saison, ces maisons qui ont décidé d’intégrer un peu trop de féminité dans leur collection. Marco Zanini, chez Rochas, a été renvoyé à ses modèles qu’on a dit trop rétro. Comme si la femme contemporaine ne pouvait pas porter des robes à godets au risque de passer pour une femme arriérée, au foyer, comme on les voit dans la série “Mad Men”. Comme si les toilettes de Peter Copping, chez Nina Ricci (photo), n’étaient pas adaptées à notre monde réel, comme si on ne pouvait pas courir dans une jupe crayon. Eh si, c’est possible, on a testé. Voilà donc une idée contre laquelle l’on s’inscrit en faux. Point n’est besoin tout de même de s’obliger à porter un froc pour satisfaire à l’image d’une femme de son temps. Après tout, la révolution du smoking pour femme est datée. Cela fait 45 ans que Saint Laurent l’a inventé, et, depuis, des disciples se greffent à cette esthétique masculine habillant habilement un corps féminin. La preuve, cette saison, avec Dries Van Noten, Issey Miyake et Christophe Lemaire chez Hermès. Pas besoin de créer une nouvelle guerre des sexes, qui, selon nous, n’a pas lieu sur ce terrain.
Ph.: Zacharie Scheurer/AP
 
 
La Libre, Momento, Tendances, Fashion Week Paris, BilanFaire du neuf avec de l’ancien
 
De nombreuses marques ont dû choisir une personnalité pour perpétuer leur image, et l’on imagine comme il est compliqué de dégoter le bon directeur artistique (D.A.) qui comprendra les codes de la maison. D’autant plus quand les maisons en question ont une grande histoire stylistique.
Cette saison, on attendait au tournant le nouveau D.A. de Balenciaga, le jeune designer américain Alexander Wang. Opération réussie. Le monde de la mode a approuvé, applaudissant de “sa main” – l’autre étant occupée par le smartphone. D’autres D.A. n’eurent pas tant de soutien de la part de la presse spécialisée cette saison. Le travail de Nicola Formichetti, à la tête de la maison Mugler (photo), a été épinglé comme trop détaché de la réalité. De fait, ses cagoules, ses manteaux troués d’alvéoles, ses costumes d’hôtesse de l’air futuristes ont pu laisser certains perplexes quant à leur usage dans la vraie vie. Pas simple non plus, cette saison, pour Guillaume Henry, chez Carven, dont on a décrié des manteaux oversize couleur candy. Chez Saint Laurent, enfin, Slimane a fait totalement oublier Yves lui-même, un oubli critiquable, puisqu’il ne parvint pas à nous faire rêver.
Ph.: Reporters/Newspictures
 
 
Tapé dans l'œil
Durant cette Fashion Week – dont on précise d’ailleurs qu’elle ressemble plus à une semaine révolutionnaire (inventée par les Révolutionnaires de 1789, celle-ci durait 10 jours) qu’à une semaine conventionnelle, puisqu’elle dure en fait neuf jours –, les défilés produisent des milliers d’images. Le risque, évidemment, pour les marques est de ne pas créer de visuels assez chocs, images-chocs qui seront reprises allégrement dans les journaux et magazines. Chacun a sa technique à ce sujet pour marquer les esprits. Regardons plutôt.
 
La Libre, Momento, Tendances, Fashion Week Paris, BilanA.F. Vandevorst
Certaines griffes, par exemple, rejouent d’année en année leur cérémonial. Chez le couple anversois Vandevorst, on affectionne la silhouette qui fera la différence. Il y a deux saisons, les mannequins défilaient, le visage totalement caché derrière un chapeau, presque à l’aveugle. Cette année, elles semblent ne pas être allées chez le coiffeur depuis longtemps : une longue frange (qui, peut-être, fera autant parler d’elle que celle de Michelle Obama) cache le visage de jeunes femmes au regard d’autant plus mystérieux ! Ligne de conduite maintenue.
Ph.: Martin Burea/AFP
 
La Libre, Momento, Tendances, Fashion Week Paris, BilanJean-Paul Gaultier
Au n°325 de la rue Saint-Martin, “l’enfant terrible de la mode” donnait un défilé comme il les affectionne, un show où se rejoue en fait un pan de l’Histoire de la mode. Cette saison, une version postpunk, coiffures (impressionnantes) et maquillage à l’appui.
Ph.: Jacques Brinon/AFP

La Libre, Momento, Tendances, Fashion Week Paris, BilanLouis Vuitton
Marc Jacobs, à la tête de Vuitton, a le don de trouver une formule de show qui mettra en valeur la collection qu’il a pensée. L’hiver dernier, sa collection de vêtements de voyage débarquait en locomotive à vapeur. Cette saison, Marc Jacobs imagine des toilettes d’intérieur, et fait de la robe de nuit une robe de la nuit que l’on porte pour briller au soleil de minuit. Dans un décor feutré de maison bourgeoise, Kate Moss défile dans une chemise de nuit bleutée, qui fait la part belle à l’imagination, et l’on se dit qu’une telle robe portée en société aurait tous les atouts pour se faire remarquer. Pas de doute, M. Jacobs sait créer l’événement autour de ses créations.
Ph.: AFP

La Libre, Momento, Tendances, Fashion Week Paris, BilanSonia Rykiel
Le nouveau D.A. chez Rykiel a su également se faire remarquer. La marque très frenchy ne rebat pas totalement ses cartes, mais, par contre, insuffle à son image quelque chose de sexy en diable. Extravertie, cette robe qui indique ce qu’elle cache.
Ph.: Reporters/Abaca
 
 

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