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12/03/2013

Grandeur Empire à Gors-Leeuw

10_46_57_776514079_2013-02-16_15_56_45.jpgLes propriétaires récents ont sauvé cette maison d’un certain naufrage. Le parc a été recréé et l’étang restauré. Ne manquent de soins que les fours à pain et le manège en face de la ferme castrale.

Philippe Farcy


NOUS VOICI SUR L’ENTITÉ DE Jesseren, non loin de Borgloon et, donc, au paradis des cyclistes, tant la région abonde de promenades diverses à travers les cultures et le long des petites voiries communales. Mais les balades par ici ne sont pas de tout repos. La géographie locale est faite de plateaux et de collines, et il faut de bons mollets pour tenir les distances. En ce mois de février galeux, la voiture s’imposait, et les châteaux visibles de la route, comme celui-ci, s’en trouvaient bien dégagés.
 
Gors-Leeuw ne fait pas dans la discrétion, puisque l’on peut tourner autour du domaine à 180° en voyant parfaitement la maison. Sur l’Est et le Nord, la propriété, qui doit faire cinq hectares, est clôturée par un haut mur de briques datant du XIXe siècle et les terres qui jouxtent la puissante ferme castrale. Celle-ci date du XVIIIe siècle, en partie, et du XIXe siècle, pour l’essentiel; comme le château, elle est fort bien conservée, elle aussi. Contre le mur du parc, sur le versant oriental, on voit pointer une haute tour ronde imitant une ruine romantique. C’est un de ces caprices assez rares en Belgique pour les signaler; le plus beau dans le Limbourg étant le pavillon de Hamal (Rutten). Ce caprice est d’autant plus rare que, selon le site du patrimoine flamand, il daterait de 1923; mais cela semble bizarre. De loin, cet édicule date des années 1880. La demeure est classée depuis le 17 octobre 1986, de même que la ferme; le site a été protégé en 2004.
 
Philippe de Corswarem a donné, vers 1820, un dessin à l’aquarelle du château de Gors-Leeuw (on écrit aussi Gors-op-Leeuw, et en flamand, Gors-Opleeuw), vu depuis l’Ouest, et, en ce temps-là, il était totalement entouré d’eau. Il s’agissait d’un édifice en U du XVIIe siècle, précédé vers l’église de communs. On accédait à la maison par le Nord, et, sur le flanc nord-ouest, on trouvait une tour carrée engagée, digne de celle du château de Rullingen, tout proche. Ralf Van Laere a écrit, dans son livre “Kastelen van papier”, que ce vieux bâtiment fut détruit peu après le dessin de Corswarem. Cela changea complètement la lecture des lieux que l’on aborde désormais depuis le Sud, face à l’église. L’eau n’a été conservée que sur le flanc oriental et sud-est. Il se dit que l’architecte ou l’entrepreneur serait un certain M. Raskin. Le château est un grand volume en longueur qui affiche onze travées centrées sur un portique d’accès en avancée, soutenu par quatre colonnes en pierre bleue à chapiteaux ioniques, offrant de la sorte un perron sous abri digne d’un accueil grandiose et moderne, alors que nous étions en période hollandaise. Le perron est précédé d’un vaste escalier garni dès l’origine de deux lions en terre cuite, signés par l’artiste liégeois de Tombay. La maison est haute de deux niveaux égaux qui reposent sur un épais soubassement ouvert de baies en demi-lune. La façade arrière n’est pas aussi homogène, et possède une aile désaxée longue de trois travées, terminée par une demi-tour ronde engagée, placée sous une coupole. Les travées sont animées de baies à linteaux bombés à clé. Il s’agit peut-être d’un reste du vieux château.
 
Du point de vue de l’Histoire, il n’y eut rien de particulier depuis deux siècles. Et pour ce qui concerne les occupants, la ligne est assez simple. Jusqu’au XIVe siècle et aussi loin que les archives puissent donner des informations, une famille du nom du village. Au XIVe, arrivent les Gelinden jusqu’au mariage de Jeanne de Gelinden avec Lambert van den Bosch en 1436, ces derniers prennent le domaine en main. Ils le garderont jusqu’en 1639 quand arriva, ici, Arnold van Bodbergen. Sa fille Anne-Françoise va faire passer Oplieux aux barons de Copis de Bindervelt, à travers son époux prénommé Jean-Philippe. Ensuite, au décès de ses parents (Constantin-François de Copis et Françoise-Aloïse de Méan), la baronne Clotilde de Copis (1820-1907), épouse du comte François d’Aspremont Lynden (1813-1858), fit entrer les d’Aspremont sur cette terre. Mais cette branche d’Aspremont vivait à Barvaux-en-Condroz, et, donc, leur fille Marie-Yolande hérita de ce bien “secondaire”. Elle épousa le comte Jules de Beauffort (1841-1903) qui habitait dans le château ancien de Linden, juste à côté de Louvain. Leur fils Baudouin (1877-1960) hérita du bien. Ce dernier avait épousé sa voisine, la baronne Hélène de Tornaco (1885-1956), au château de Voordt. Ils eurent cinq enfants. Le bien fut conservé en indivision quelque temps, puis il fut cédé au docteur Hans Horbach. En 1973, ce dernier le vendit à l’homme d’affaires néerlandais Johannes Boersma. Ce dernier vint à mourir, et le domaine resta vide quelques années. Il servit alors, en partie, de restaurant. Puis il fut vendu, vers 2003, à un industriel malinois Joris Dillen qui l’a complètement restauré pour le revendre, en 2008, aux actuels propriétaires. On ne visite pas.
 
 
Ph.: Ph.Fy.

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