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16/03/2013

Le vin, vice ou vertu ?

La Libre, Momento, Papilles, vins, médecineMédicament, euphorisant, aliment énergétique, protecteur cardiovasculaire, boisson toxique, le vin revêt, au fil de l’Histoire, des aspects contradictoires.

Divine lecture: Baudouin Havaux


LA DEUXIÈME ÉDITION du livre “Le Vin et la Médecine”, de Marc Lagrange, a reçu le prix du meilleur livre aux “Gourmand Cookbook Awards 2013” dans la catégorie “drink and health”. Son auteur, Marc Lagrange, exerce une carrière professionnelle comme chirurgien au centre hospitalier de Nevers depuis 1980, tout en se passionnant en parallèle pour le monde du vin à travers une approche épicurienne et sémantique. “Le Vin et la Médecine” est une somme de documents, émaillée d’anecdotes savoureuses, truffée de sentences, de citations, de proverbes, d’aphorismes. Abondamment illustré, ce livre sérieux, qui s’adresse aux médecins et aux patients en bonne santé, est divertissant, facile à lire et très accessible aux non-initiés.
 
 
A l’heure où une vision néfaste de l’alcool se propage, et que les plus brillants spécialistes s’interrogent sur les effets bons ou mauvais du vin, le Dr Lagrange nous rappelle le caractère unique du vin, et, consommé avec modération, ses propriétés bénéfiques pour la santé. Dans la première partie, la plus importante, il nous apporte le témoignage de l’Histoire du vin dont les premières traces remontent à la haute Antiquité, puisqu’on retrouve des mentions dans les temples et les tombes égyptiens, 4000 ans avant Jésus-Christ. Déjà à l’époque, l’on y vante les vertus euphorisantes du vin, mais également ses aspects médicinaux, spécialement en gynécologie et après les accouchements.
 
C’est au XIIIe siècle avant J.-C. que le vignoble hellénique connaît son plus fort développement. Homère évoque son rôle euphorisant dans “L’Odyssée” : “Hélène verse dans la coupe de son époux une substance qui dissipe la tristesse, calme la colère et fait oublier les maux.” Mais c’est surtout avec Hippocrate, le père des médecins, que le vin apparaît officiellement dans le domaine de la thérapeutique. Au fil des siècles, la médecine devient plus scientifique, mais n’empêche pas l’usage médicinal dans les préparations des apothicaires.
 
Au XIXe siècle, on prend conscience de l’importance sociale du vin, surtout de son abus. L’alcoolisme est reconnu et combattu, mais en même temps, le vin est utilisé pour lutter contre les grands fléaux de l’époque : le typhus, la typhoïde, le scorbut des marins et le choléra. Dans la foulée, Pasteur publie ses études sur le vin en concluant que “le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons”.
 
Au XXe siècle, l’Académie de Médecine, sans méconnaître les bienfaits du vin, insiste sur l’obligation de son usage modéré en distinguant les effets néfastes de l’alcool des vertus du vin. Aux Etats-Unis, la prohibition est instaurée, et en France, les campagnes antialcooliques prennent de l’ampleur. La seconde partie de l’ouvrage, intitulée “Les vins et les sciences, 50 ans d’Histoire”, met à jour les effets positifs rencontrés par une consommation régulière et raisonnable de vin.
 
Dans l’après-guerre des années 50-60, on voit grandir dans les pays les plus riches une nouvelle menace sanitaire, celle des affections cardiovasculaires. Les scientifiques y reconnaissent comme cause le rôle néfaste du déséquilibre alimentaire. Curieusement pourtant, certaines populations qui semblent avoir les mêmes facteurs de risque de maladies cardiovasculaires présentent moins d’accidents de ce type, et, de ce fait, ont une mortalité plus faible. C’est le cas des pays du pourtour méditerranéen, de la Crète, du sud de la France. Et l’on découvre alors le “French paradox”.
 
Quelle est donc la cause de ce paradoxe ? En dehors d’une alimentation à tendance végétale, la principale différence tient à ce que ces populations consomment du vin en quantité modérée, mais régulièrement. Des preuves scientifiques sont apportées à ce paradoxe français. Le vin et, surtout, certains de ses constituants, les polyphénols, augmentent le taux sanguin de bon cholestérol, limitent les dépôts dans les artères, fluidifient le sang. Enfin, par son effet légèrement euphorisant, le vin atténue le stress.
 
Voici le vin réhabilité. Le vin, certes, mais pas l’alcool, car si la consommation de vin a régulièrement diminué, celle de l’alcool, surtout des alcools forts, a augmenté, principalement dans les couches les plus jeunes de notre société. Malheureusement, la distinction entre le vin et l’alcool, entre ceux qui usent sagement et modérément du vin et ceux qui abusent de l’alcool, n’est habituellement pas faite. Les discutions sur la place du vin dans notre société resteront d’actualité tant que l’amalgame entre vin et alcool persistera.
 
 
Depuis Hippocrate, prescripteur, jusqu’au professeur Renaud, analyste, les fins nectars ont toujours occupé l’actualité médicale et préoccupé le praticien. Médicament, euphorisant, aliment énergétique, protecteur cardiovasculaire, toxique, le vin revêt, au fil de l’Histoire, des aspects contradictoires : le vice dans l’alcoolisme, la vertu dans le “French paradox”. A la lecture de cette Histoire, on peut confirmer que le vin demeure, pour une très grande majorité, un bienfait salvateur, et qu’à nos yeux et nos papilles, le vin doit rester avant tout ce qu’il est devenu, le témoin d’une amitié bien vécue, consommée à la modération souhaitée par saint Benoît, appréciée dans la convivialité et l’affection d’êtres chers.

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