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16/03/2013

Trois hommes et six belles

La Libre, Momento, Escapade, Sybelles, musher, éleveur, restaurateurIls sont éleveur, restaurateur, musher : Franck Rossat, Sébastien Collet et Samuel Forest ont tous les trois misé sur la montagne et le domaine des Sybelles, en Maurienne, pour développer leur activité professionnelle. Rencontres.

Sabine Verhest

SAMUEL FOREST EST UN HOMME de la montagne – du sud de la France mais de la montagne quand même. “La neige et le froid, j’adore !” Les toutous, aussi. “Partir seul en randonnée avec mes chiens, c’est mon truc !” Des attirances, des goûts qui l’ont amené à lancer son activité de chiens de traîneau il y a quatorze ans, dans la vallée savoyarde de la Maurienne, et devenir le premier musher de France. “J’avais envie de partager ma passion.”
 
Passionnés, Samuel et sa femme – belge – Cécile le sont sans l’ombre d’un doute. Lui a adopté un beau jour un husky de la SPA de Nice, Floyd. Un premier, puis un deuxième, puis un troisième, puis un nonantième ! Parmi eux, une trentaine de chiens traumatisés, battus par des maîtres qui “confondent autoritarisme et autorité”… Le couple recueille des chiens nordiques, menacés d’abandon ou d’euthanasie, maltraités aussi, pour leur assurer, jusqu’à leur dernier souffle, “des conditions de vie décentes et adaptées à leurs besoins spécifiques”. “Chaque adoption est une rencontre pleine d’émotions.” A ceux qui s’interrogent sur le sens qu’il y a à faire tirer des attelages par ses chiens, Samuel répond que “c’est inné, physique, ils font cela par atavisme”. Et s’il existe bien un endroit où ces animaux n’ont rien à faire, selon lui, c’est dans un appartement. “Il faut respecter l’aspect anatomique du chien.”
 
L’activité ludique et didactique qu’il a développée en montagne, à l’attention des enfants comme des personnes âgées, a une histoire et une belle histoire donc. Que Samuel Forest partage avec cœur tous les hivers dans plusieurs stations et villages autour de La Toussuire, l’une des six belles du domaine des Sybelles, où il a établi sa meute. L’été, tout le petit monde retrouve le chenil belge, installé dans le village ardennais de Sugny.
 
“Nous voulons que les gens viennent chez nous pour ce qu’on est.” Samuel Forest aurait pu le dire de but en blanc. Mais c’est Franck Rossat qui parle ainsi. L’homme a le visage tanné au grand air et le goût des bonnes choses de la montagne. Après quinze ans à travailler dans l’industrie à Saint-Jean-de-Maurienne, l’ouvrier a changé de vie : il est devenu éleveur à Villarembert. “Mes grands-parents étaient originaires d’ici.” Vaches laitières, cochons, brebis : Franck et son épouse Véronique ont lancé leur exploitation en 2003, les Maries Loux (du nom de ses grands-mères à lui et de leur fille à eux). Dix ans d’une vie sans beaucoup de relâche. “On commence à voir le bout du tunnel.” Comprenez : à être rentable.
 
Chez les Rossat, on privilégie clairement le circuit court. Eux ne produisent que ce qu’ils sont “capables de vendre” , assure l’éleveur. “Et on vend au juste prix.” Le couple, avec lequel travaille le frère de Franck, tient un petit magasin qui fleure bon le terroir pour écouler ses produits et ceux de la vallée. Il n’a curieusement pas choisi le plus authentique des villages des Destinations Sybelles – comme on appelle le plus grand domaine skiable de la Maurienne – pour s’installer. Le Corbier aligne les immeubles dont le principal atout est d’être reliés par une galerie couverte fonctionnelle, mais le domaine a la qualité de la diversité : il relie entre eux, par de gentilles pistes, des points de chute au charme varié – du joli village alpin comme Saint Sorlin d’Arves à la station comme La Toussuire.
 
C’est là, à 1 800 m d’altitude, que Sébastien Collet a bâti sa vie et restauré le chalet d’alpage de sa famille. “Mon grand-père montait les vaches l’été ici avec mon papa.” Lorsque le ski a commencé, après la guerre, les clients sont venus cohabiter avec les ruminants. “Plus le ski se développait, mieux ils ont aménagé le chalet.” Et moins il y a eu de vaches. Mais pour rentabiliser l’accueil et se mettre aux normes, Sébastien, le fils, le chef qui mitonne des petits plats avec les légumes de son jardin, vient, en pleine crise économique, de retaper le chalet à l’heure où ferment les hôtels les uns après les autres. “Je suis fou”, rit-il. Et c’est tant mieux. Le “challenge” en vaut la chandelle et le nom de la bâtisse familiale – Beausoleil – est déjà tout un programme. Et puis, “quand le client a la banane, ça me booste !”
 
 
Ph.: Duodecim - White Forest

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