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17/03/2013

Max Bale, le Mr 100 000 volts de la radio

La Libre, Momento, Derrière l'écran, Max Bale, Planète Radio, RFIMaître d’œuvre du projet RFI Planète radio depuis ses débuts en 1998, Max Bale n’a jamais lâché l’af- faire. Quinze ans plus tard, le programme a aidé plus d’une centaine de radios à voir le jour dans le monde.

Entretiens: Karin Tshidimba
A Kinshasa

“JE TIENS À MONTRER QU’À CÔTÉ de tout ce qui se passe à l’est du pays, d’autres projets voient le jour et transforment le Congo”, insiste Max Bale, créateur et responsable du projet Planète Radio au sein de RFI.
 
Sa nouvelle patronne, Marie-Christine Saragosse, directrice de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF) depuis octobre dernier, l’a surnommé “Monsieur 100 000 volts”. “Pour sa capacité à faire surgir l’électricité là où il n’y en a pas.” Mais Max Bale est surtout connu pour une autre de ses qualités : une fois qu’il a une idée, il ne “lâche pas l’affaire”.
 
“Ce qu’on fait ici, c’est plus que de la coopération culturelle, c’est de la coopération humaine, une histoire d’hommes et de femmes volontaires et engagés”, insiste-t-il. “Il y a une vraie énergie, une volonté de coopération qui rend les choses possibles alors qu’en Centrafrique, par exemple, avec les conflits, les grigris et le standing présumé des journalistes, certains refusent la solution du bœuf qui tourne ou la laissent péricliter. Là-bas, 80 % des radios qu’on a aidées ont sombré. Alors qu’au Congo, pas !”
 
Une fois le projet présenté au chef coutumier et aux responsables de la radio, les choses se mettent rapidement en place. Qu’il s’agisse de former des bouviers à la technique du bœuf qui tourne ou d’organiser la récolte de noix de palme pour confectionner l’huile, les deux solutions durables imaginées pour pallier le manque d’électricité nécessaire au fonctionnement de la radio.
 
 
“Si on compare, on voit qu’il y a de vraies compétences, ici, au Congo.” Un exemple ? Le jeune Bob Yala (31 ans), devenu responsable du projet pour tout le Congo. Un gestionnaire brillant qui a démarré au bas de l’échelle, animateur puis directeur de radio, en suivant toutes les formations (technique, gestion, environnement) dispensées au fil des ans par RFI. Un bagage qui fait de lui un consultant convoité. Pourtant, il a choisi de rester auprès de ceux qui l’ont “découvert” et travaille à l’encadrement des projets congolais.
 
En dix ans de présence au Congo, le programme a permis de monter une cinquantaine de radios. Et si les succès sont significatifs dans le pays-continent, RFI Planète Radio est également présente dans huit autres pays : du Timor oriental à Madagascar en passant par Cuba.
 
Favoriser les talents locaux et les échanges “Sud-Sud” : une autre caractéristique du projet RFI Planète radio, qui n’a rien d’une utopie. Ainsi, Radio Adiketsuya, développée au Venezuela, fait désormais partie intégrante du processus scolaire local, en aidant les jeunes à parler des grands enjeux de la vie : la sexualité, la drogue, la violence, etc.
 
Protection de l’environnement et débrouillardise restent les préoccupations n°1 de Max Bale. “J’ai un container de 5 tonnes de matériel en cours de dédouanement qui contient uniquement du matériel de récupération européen. D’où empreinte carbone : zéro.” Au fil de ses recherches sur le moteur à huile de palme, Max Bale a d’ailleurs débusqué la véritable histoire d’Adolphe Diesel, inventeur du moteur du même nom. “Mon idée, c’est de remettre le projet d’Adolphe Diesel là où il aurait dû rester : dans les campagnes. En utilisant l’huile végétale, on peut changer le regard sur cet homme et sur son histoire.” D’où son envie de mettre l’inventeur au cœur de son prochain documentaire…
 
 
Une autre idée a déjà fusé dans son esprit : “celle d’un collectif d’artistes à la manière de ce que font les Anglo-Saxons afin d’encourager les échanges et porter l’énergie qui existe ici. La misère, la guerre, on connaît déjà, passons à autre chose.” Son credo ? Montrer un autre visage du Congo, par la poésie et la force des mots. Le concert Jupiter-Grand corps malade, organisé en février dernier à Kinshasa pour les 15 ans de Planète Radio, sera donc le premier jalon d’une longue liste…
 
Entre-temps, le voilà déjà prêt à mettre le cap sur l’Inde pour y monter “la première radio pour les femmes de la caste des intouchables”. En prononçant ses mots, ses yeux brillent de mille feux. C’est clair, ce type est une véritable pile électrique.
 
 
PLANETE RADIO: ETINCELLE POUR TALENTS LOCAUX
 
En 10 ans, une cinquantaine de radios ont été soutenues et/ou installées grâce au programme de développement de RFI au Congo. Avec un succès qui devrait faire des émules ailleurs.
 
Dans le local, deux groupes se concentrent sur le montage de séquences radio récoltées la veille. Silence dans la salle, où seul circule le formateur Eduardo Olivares, pilier des formations délivrées habituellement en Amérique latine.
 
 
“Hier, ils sont partis en reportage du côté de Kasangulu, à 45 kilomètres de Kinshasa, où ils ont récolté du son.”
 
Le premier groupe a travaillé sur la déforestation, problématique aiguë au Congo; le second aborde la question cruciale des déchets ménagers. Passée de Kin-la-belle à Kin-poubelle en divers lieux de la cité, la capitale a en effet largement de quoi multiplier les chantiers.
 
“Les six radios représentées ici font partie du projet ‘huile de palme’, elles sont accompagnées par quatre ONG congolaises qui ont l’habitude de travailler sur les projets environnementaux et de diffuser des messages en radio”, détaille Bob Yala, responsable national du projet “RFI- Planète radio” pour la RDC.
 
 
La grille moyenne de chacune de ces radios représente 10 heures de programmes par jour avec une majorité de questions de société : développement, implication des femmes, questions de succession, patrimoine foncier, techniques agropastorales, économie rurale, etc.
 
“Nous travaillons avec les radios où l’on constate une vraie participation de la communauté même si celle-ci n’a pas forcément beaucoup de moyens. Le prix du carburant était un poids important dans le budget. Aujourd’hui, que ce soit pour la production électrique via la technique du bœuf qui tourne ou via le moteur à huile de palme, on demande la participation de la communauté. C’est eux qui fournissent l’huile ou le fourrage pour les bœufs. En général, ils instaurent un tour de rôle entre les différentes zones géographiques arrosées par la radio afin de couvrir les ressources nécessaires chaque semaine. L’argent du carburant peut être réinvesti ailleurs; matériel ou développement de la grille.”
 
RFI s’appuie sur les équipes en place et aide à leur professionnalisation en proposant formations et coaching. “Les sessions de formation sont organisées en fonction des nécessités repérées sur le terrain. Par exemple, en 2012, on avait organisé deux formations en vue des élections. La première portait sur l’amélioration de la communication entre politiques et journalistes, et la seconde sur l’amélioration de la communication entre journalistes et société civile. Nous en avons même fait deux émissions qui proposaient différents types d’interviews assez poussées. Le but étant que les auditeurs deviennent eux-mêmes juges de la qualité de l’info qui leur est proposée à la radio”, souligne Max Bale, créateur du programme d’un clin d’œil entendu.
 
“La gestion d’une radio est un vrai enjeu démocratique. Or, même si il y a de la bonne volonté au départ, l’équipe n’a pas toujours la formation nécessaire, renchérit Bob Yala. C’est pourquoi on propose une formation et un coaching d’encadrement de dix jours sur place. Les six radios présentes ici sont celles que nous avons le plus récemment suivies. On essaie de passer en revue les besoins et de faire un travail de sélection car, souvent, elles sont trop étroitement liées à l’une ou l’autre personnalité politique (ou religieuse) du coin. Les radios auprès desquelles nous intervenons ont un statut associatif et apolitique. On demande aux radios d’être très attentives à ces questions d’indépendance.”
K. T., à Kinshasa
 
 
Ph.: Anthony Ravera

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