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18/03/2013

Oplieux, en toute discrétion

La Libre, Momento, Vie de château, OplieuxAu creux de son vallon, Oplieux se veut discret et, pourtant, on ne voit que lui, modeste chose tout en raffinement. Les bâtiments ont beaucoup changé depuis la gravure de Remacle Leloup.

Philippe Farcy


ON PARLE DU CHÂTEAU d’Oplieux, que l’on appelait jadis le château d’Oost, en opposition à celui de Gors-Leeuw vu la semaine passée et situé vers l’Orient. Entre les deux domaines, il ne doit pas y avoir un kilomètre. Les mêmes eaux alimentent le fond de cette petite vallée qui donnait jadis un semblant de protection à un bâtiment cerné de défense aqueuse comme l’était l’autre Gors. Ces deux maisons ont été également dessinées par Philippe de Corswarem vers 1820, et en ce qui concerne Oplieux, on voit bien que la maison profitait toujours de fossés remplis d’eau sur au moins trois côtés.
 
On accédait jadis au château par le porche de la basse-cour qui s’ouvrait en U. Ces éléments de fermes et de communs se signalaient par de forts élégants pavillons d’angles à toitures en pavillon mansardées à brisis. Il en était de même pour la tour-porche sommée d’un clocheton piqué d’un bulbe. Des aigrettes en fer forgé finissaient de donner à ces éléments un brin de légèreté. Tout cela fut fort abîmé en 1861, et de l’aile orientale des communs, on fit quasiment une seconde résidence qui pourrait se regarder comme une gentilhommière, tant elle est grande. Le château, en tant que tel, bénéficiait toujours, en 1820, d’un double volume et d’une paire de toitures accolées. Mais le château a été réduit en épaisseur, et des trois travées de largeur, il n’en compte plus que deux. Ces travaux datent de 1874, et, à comparer avec les sources anciennes dont Corswarem, la longueur même de la demeure a varié, puisque l’on n’y compte plus que quatre travées, alors qu’il y en avait six en 1820. Sans doute, est-ce à cette époque que l’on combla les fossés et que l’on changea l’accès au château. Une loggia de rez à cinq pans permit de recevoir les invités. Cet édicule donna en plus une terrasse à la chambre supérieure. Le fronton axial était aveugle et triangulaire vers 1820. Il est devenu un demi-étage en toiture, orné d’un œil-de-bœuf circulaire et sommé d’un arc en demi-lune. On en fit de même sur le flanc oriental. On ne sait qui est l’architecte qui transforma à ce point cette demeure, mais c’est une réussite sur le plan esthétique.
 
Pour ce qui est des communs, Corswarem, pourtant installé à l’Ouest, ne montra pas que, outre la basse-cour, il y avait encore une aile d’époque Louis XV qui précédait le château. Cette aile en cours de travaux existe bel et bien. Les pavillons d’angles ont tous disparus, mais les toitures mansardées, récemment restaurées, ont de l’élégance. Ces ailes de communs présentent cinq travées animées de baies en plein cintre au rez et de petites baies à linteaux bombés à clé, au deuxième niveau. L’ancienne basse-cour est précédée de grilles et, sur le flanc droit, vers l’Orient, un édifice de style classique s’impose à la vue.
 
 
Du côté des familles possédantes ici, on sait que les Oplieux ont eu ce domaine du milieu du XIIIe siècle jusqu’à l’arrivée par héritage des sires de Mettecoven, en 1469. Henri de Oplieux était en 1296 sire de Guygoven et de Wintershoven. Les Mettecoven détinrent le bien longtemps, et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Le premier d’entre eux, Herman, était châtelain de Colmont et sénéchal du comté de Looz. Le dernier sire de ce lieu fut Walther-Nicolas-Ernest de Mettecoven d’Opleeuw, mort en août 1796, signalent Rombout Nijssen et Raf Van Laere. En cette même année 1796, la dernière fille du sieur Mettecoven épousa le baron Frédéric de Woelmont, faisant entrer cette famille illustre d’origine bruxelloise dans cette terre limbourgeoise. Il s’agissait de Marie-Anne-Charlotte de Mettecoven, née à Schin-sur-Geule le 12 avril 1766, chanoinesse de Nivelles, décédée à Namur le 5 avril 1800. Elle était la fille du baron Walthère-Ernest et de la comtesse Marie-Anne de Stazenhoffen. Et elle était la sœur de Marie-Isabelle de Mettecoven (1769-1820) qui alla vivre à Vezin, au château de Melroy, chez son mari Gourcy-Serainchamps.
 
Les Woelmont possédaient alors Brumagne, Frocourt, Hambraine et Seron. Le bien passa à leur fils Louis-Alexandre (1799-1856, marié à une Ribaucourt, que nous citions la semaine passée pour le mauvais état de la tombe), puis à Gustave-François-Florimond (1828-1914, sénateur comme son père). Celui-ci épousa une fille Daminet, du château de Seneffe, et le couple eut dix enfants. En 1905, les Woelmont vendirent Oplieux aux de Grady de Neuville (installés à La Neuville sur Tihange). En 1908, il y eut une autre vente, en faveur de l’officier allemand Cassalette. En 1918, le domaine fut mis sous séquestre et vendu à la compagnie Bernheim qui, comme d’habitude, dépeça le bien; elle en fit trois lots, ce dont profitèrent les sieurs Boelens, Wilmots et Kersten. En 1971, l’ensemble fut vendu aux propriétaires actuels qui ont récemment dégagé les accès de plantations de résineux divers, ce qui rend plus de lumière et de visibilité au site.
 
 
On ne visite pas, mais tout se voit de la rue. Le bien est classé comme monument depuis le 1er mars 2004. La ferme en face est elle aussi classée, mais pas la maison des fermiers qui date des années 1960.
 
 
Ph.: Ph.Fy.

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