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26/03/2013

L’écran à la page

La Libre, Momento, Derrière l'écran, BD dématérialisée, numérique, Le professeur Cyclope, ArteArte cofinance “Le professeur Cyclope”, une revue de bande dessinée de cent pages… numériques, disponible depuis le 1er mars. Une expérience transmédia parmi d’autres qui tente de réinventer “l’expérience et l’histoire de la bande dessinée”.

Alain Lorfèvre


DÉCIDÉMENT, LA GALAXIE GUTENBERG n’est plus ce qu’elle était. Et les nouvelles banlieues accroissent le village global de Mac Luhan. Imaginez : une ex-chaîne hertzienne franco-allemande (et un peu belgo) qui s’associe au projet de revue numérique d’une poignée d’auteurs de bande dessinée pour diffusion sur tablette. Cela paraîtrait presque banal en 2013, mais à bien y réfléchir, c’est la quadrature de la case.
 
Donc, voici “Professeur Cyclope”, mensuel de cent pages, vendu 4,99 € le numéro (ou 33 € l’abonnement annuel), en partenariat avec Arte. Budget prévisionnel de la première année : 180 000 € (dont moitié supportée par la chaîne), le reste étant pris notamment en charge par trois investisseurs privés, amateurs de BD. Parmi les cofondateurs, on trouve le scénariste belge Fabien Vehlman.
 
 
Au sommaire du premier numéro : “Le Teckel” d’Hervé Bourhis (un émule de Blain), “Zappoto”, chronique d’un studio d’animation de Marion Montaigne (qui utilise d’ailleurs un brin d’animation Flash), “Les Experts (en tout)”, strip minimaliste d’Anouk Ricard, “Otto le sorcier” de Pluttark, ou “Lycéennes” de Stephen Vuillemin, qui, lui aussi, profite du support pour introduire le mouvement dans ses cases.
 
Bref, un nouveau support pour un vieux média, qui permettra peut-être de raconter des histoires en image autrement. Le support tablette semble se prêter le mieux à la consultation (en attendant l’écran digital souple ?).
Le site parle d’ailleurs d’une “expérience en cours”. Qui générera peut-être quelques “effets secondaires au début”. Surtout, insiste le premier éditorial, signé Lovelace Gutenberg, “point de tabula rasa”. Le but n’est pas d’abolir le papier. Mais de trouver “la bonne alchimie” entre “l’expérience et l’histoire de la bande dessinée d’un côté, l’innovation et les nouvelles narrations de l’autre”. “Professeur Cyclope” comprend aussi des textes – ici unebrève (pré) histoire de la BD papier ou “L’Herbier sauvage”, où Vehlman collecte et réécrit “des histoires de cul authentiques”. Mais le fondement reste le même que celui des bons vieux illustrés d’antan : série à suivre, gags autonomes, un peu de tout, pour tous les goûts, donc à boire et à manger (avec l’œil d’un cyclope).
 
Destiné, comme d’autres expériences similaires (“BD Nag”, “Mauvais Esprit”, “La Revue dessinée”), à affranchir les auteurs des diktats commerciaux des éditeurs traditionnels, “Professeur Cyclope” paie la planche (ou son équivalent numérique) deux à trois fois moins cher (150 €). Dure loi de la dématérialisation, qui voudrait que le contenu créatif y coûte moins cher (alors que ce sont les frais de production qui sont moindres). Mais la liberté a peut-être ce prix-là aussi. Au terme de deux semaines, “Professeur Cylcope” compte déjà un peu plus de 400 abonnés – soit 40 % de son objectif pour la première année.
 
 
 
La Libre, Momento, Derrière l'écran, BD dématérialisée, numérique, Le professeur Cyclope, ArteDEPASSER LE DECALQUE DU PAPIER
 
Comme pour la musique, la télé ou la presse, le passage au numérique" est une nécessité pour la BD…
 
Aux Etats-Unis et au Japon, deux marchés importants de la bande dessinée, la transition numérique est en passe d’être réalisée avec des chiffres d’affaire désormais représentatifs. Côté américain, les deux géants Marvel et DC Comics se sont ainsi lancés à l’assaut des tablettes et des smartphones grâce à une application commune développée par Comixology, qui tourne sous iOS et Android. Celle-ci donne accès à une collection de 16 000 titres (à partir de 1,99 €), dont 700 gratuits et des centaines de comics anciens. Auxquels s’ajoutent, semaine après semaine, toutes les sorties des deux géants de la BD américaine. Incontournable pour les fans de Spiderman, Batman, Daredevil, Superman et autres Avengers. Car le système de lecture, jonglant habilement entre les pages et les cases, rend la lecture dynamique et très agréable.
 
L’équivalent, côté francophone, serait l’application BDBuzz (disponible sur AppStore, Google Play et Windows Store), qui revendique 3 000 titres (BD, mangas et comics) et des dizaines de nouveautés tous les mois. On y retrouve des aventures de “XIII”, “Alix”, “Lucky Luke”, “Corto Maltese”, “Spirou”, “Bob et Bobette” mais aussi des albums de Schuiten, Bilal, Tardi… Dommage que le mode de lecture proposé soit ici à ce point basique : il s’agit en effet de simples pdf des planches, dans lesquelles on navigue sur sa tablette à l’aide du doigt.
 
Créée en avril 2010, la plateforme Izneo (disponible sur iOS et Android) regroupe, elle, quelque 25 éditeurs, dont des acteurs majeurs (Casterman, Dupuis, Dargaud, Fluide Glacial, Futoropolis/Gallimard, Kana, Humanoïdes associés, Le Lombard, Vents d’Ouest…) mais aussi quelques éditeurs indépendants. Le lecteur est identique à celui de BDBuzz, la collection est moins riche mais la plateforme permet un accès à l’ensemble du catalogue via un abonnement de 9,90 €/mois.
 
 
La mise au point d’une liseuse BD réellement adaptée aux tablettes et aux smartphones étant coûteuse et complexe – l’application du Festival d’Angoulême (disponible sur iOS et Android), qui donne accès chaque année à des extraits des ouvrages en compétition, est à ce titre une vraie réussite –, les éditeurs ont, en attendant, investi l’iBook Store d’Apple. Dans iTunes, on trouve ainsi les catalogues Dupuis, Casterman, Delcourt, DC Comics, Le Lombard, Dargaud, Marvel, etc. Là encore, il s’agit d’une simple transposition sur écran tactile des pages papier. Insuffisant donc pour beaucoup d’utilisateurs, qui ne seront sans doute pas prêts à débourser 6 à 12 € par album. Même si l’offre est déjà très riche, de “Lucky Luke” à “Blake et Mortimer”, de “Largo Winch” à “Corto Maltese”, en passant par “Thorgal”, “Walking Dead” ou “Un zoo en hiver” de Jirô Tanigushi. Grands absents, pour l’instant : Tintin et Astérix, qui n’ont toujours pas plongé dans le bain numérique…
H.H.
 
 
Ph.: Arte & Casterman

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