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30/03/2013

La nature à l’état brut

La Libre, Momento, Escapade, GroenlandEt si le Groenland représentait bien plus qu’un large point blanc sur le planisphère ? Dans cette immense étendue, vit une population chaleureuse et généreuse. Rencontre avec cette portion presque inconnue du monde.

Cap au Nord: Fanny Leroy

CONNAISSEZ-VOUS LA PETITE histoire ? Non, les Vikings ne semblent pas avoir nommé cette terre “Groenland”, car le climat y était clément. L’argument est pourtant l’un des favoris des climato-sceptiques. C’est bien plus subtil que ça. Les Vikings, débarqués sur l’île au Xe siècle, se sentaient en réalité bien seuls. Pour attirer leurs compatriotes, ils n’ont pas trouvé de meilleure astuce que d’appeler le pays “terre verte”, le rendant ainsi plus attrayant.
 
 
Aujourd’hui, plus besoin de faux arguments pour se rendre au Groenland. Si la nature à elle seule vaut bien sûr le déplacement, c’est aussi et surtout la population groenlandaise qui vaut la rencontre. Peuplée de 56 000 habitants, l’île est à dimension humaine. Confiance, chaleur et amitié sont au détour de chaque pas-de-porte passé. Car au propre comme au figuré, les Groenlandais aiment à dire que leur porte n’est jamais fermée. Doux mélange entre les descendants inuits et les colons danois, leur visage présente la belle complexité des métissages. C’est à Nuuk, dans la capitale, que le mélange est le plus flagrant. “Née de père danois et de mère groenlandaise, je ne me sens réellement chez moi qu’ici”, confie Else, maman de deux enfants à la blondeur scandinave. A Nuuk, les identités se confondent, mais toutes participent à l’élaboration d’un Groenland tourné vers l’avenir et le reste du monde. Centre commercial, supermarché hyper-approvisionné, cafés branchés…, les stéréotypes du touriste européen sont d’emblée abattus ou plutôt confrontés aux paradoxes du Groenland, à mi-chemin entre tradition et modernité.
 
Devant le supermarché local, se pressent des chasseurs et pêcheurs vendant leurs butins au marché noir. Renne séché, crevettes fraîches, myrtilles cueillies la veille… Et lorsque l’on pousse la porte du marché officiel : phoque, baleine, poisson arctique, requin. Des mets à mille lieues des habitudes de nos papilles que les Groenlandais sont toujours fiers de faire déguster. Comme le metek, cette peau de narval appréciée comme une délicatesse, ou encore la joue de baleine, grasse à souhait, qui procure une chaleur incomparable, idéale pour aller affronter le froid extérieur. Autant se le dire, le végétarien n’est pas en terre amie au Groenland, même si les changements climatiques rendent plus propice la culture de verdure. Les salades – icebergs, bien sûr – font d’ailleurs aujourd’hui leur apparition dans le sud de l’île, comme les tomates, ou même l’élevage de moutons.
 
Elevage ? Un mot avant inconnu, ou en tout cas rejeté par les Groenlandais pendant de nombreuses années. La faune étant si abondante et la chasse faisant tellement partie du quotidien, la population a toujours refusé l’assujettissement des animaux. Malgré l’installation d’une société moderne impliquant travail journalier et responsabilité, les Groenlandais sont encore nombreux à s’absenter de leur emploi pour courir après les phoques par beau temps. Rien ne vaut d’ailleurs un séjour dans un petit village de la côte ouest pour apprécier les allées et venues des chasseurs-pêcheurs rasant les imposants icebergs avec leur minuscule barque.
 
 
La Libre, Momento, Escapade, GroenlandSi la contemplation des monstres de glace se fait déjà depuis le hublot de l’avion, c’est en bateau que l’on apprécie toute la majesté des icebergs. Du blanc au bleu le plus surnaturel, ces glaçons fascinent, surtout à Ilulissat (qui signifie simplement “iceberg” en groenlandais). Dans le fjord, sont rejetées d’immenses parties du glacier Jakobshavn, de loin le plus productif en icebergs du Groenland. Pour peu qu’un vêlage ait lieu, c’est le silence qui se rompt en un craquement tonitruant. Fascinant. Terrifiant, parfois. La vigilance est d’ailleurs toujours de mise lorsque l’on se balade sur les côtes groenlandaises. Un tsunami survient régulièrement, suite au retournement d’un ou de plusieurs icebergs. “De plus en plus nombreux sont les morceaux d’icebergs à ne pivoter qu’une fois dans le fjord. Ils révèlent alors une quille jusqu’à neuf fois plus grande que la partie visible. Un tel déplacement de masse provoque d’importantes vagues qui créent parfois des dégâts”, détaille Ole Quist, pêcheur d’Uummannaq.
 
Dans ce petit village, situé juste au-dessus du cercle polaire dans la baie de Disko, un tsunami a dévasté, l’été dernier, quelques bateaux sur les bords du port et emporté plusieurs chiens. “Pas de victime humaine cette fois”, poursuit Ole, tout en nettoyant les centaines de flétans attrapés le matin même, résultat de sa pêche à la longue ligne, sur la terrasse de sa maison au bois chaleureusement peint en rouge. Un modèle d’architecture danoise. Car, avant, les maisons étaient en pierre et en tourbe. Seuls quelques modèles demeurent, à Uummannaq, notamment. L’une d’elles a été transformée en musée dédié à Jean Malaurie, emblème français de la connaissance de la culture inuit. Ses ouvrages sont d’ailleurs des sources précieuses pour celui qui tente l’aventure groenlandaise, même si son intervention reste controversée.
 
Car s’informer sur le Groenland demeure une tâche délicate. Même si le tourisme tend à se développer, les informations restent discrètes. Les formules sont souvent celles d’importantes croisières traversant le pôle arctique. Le Groenland mérite pourtant qu’on s’y attarde, qu’on goûte à son mode de vie où le stress rencontré dans les civilisations occidentales est étranger. Voyager au Groenland, c’est s’offrir un souffle de nature brute, sauvage, c’est aussi se confronter aux valeurs essentielles, celles de l’humain et du respect de l’environnement.
 
 
Ph.: Fanny Leroy

13:27 Publié dans Escapade | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la libre, momento, escapade, groenland | |

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