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31/03/2013

La grande tranquillité de Rivieren

La Libre, Momento, Vie de château, RivierenCoincé entre la A76 et la A79, non loin de la ligne de chemin de fer Maestricht-Heerlen, Rivieren profite d’un isolement étonnant. Le domaine conserve ses allures anciennes et affiche une nonchalance incroyable. Dépaysement garanti.

Philippe Farcy


À VOERENDAAL SOUS HEERLEN, dans le Limbourg néerlandais, on baigne dans une tranquillité étonnante, alors qu’à moins de deux kilomètres, se trouve la ville de Heerlen, précédée de voies rapides en tous genres. Le village de Voerendaal ne compte pas moins de cinq châteaux. Nous avons déjà donné ici le château de Cortenbach (579) et celui de Terworm (573). Tous possèdent des liens avec notre pays en ce que nous sommes ici sur d’anciens domaines du duché de Brabant. Les connexions sont donc nombreuses avec d’anciennes familles disparues ou d’autres toujours bien présentes. Et c’est le cas ici avec les comtes de Marchant et d’Ansembourg, actuels propriétaires de ce domaine. Les apparences laissent penser que la maison remonte au XVIIe siècle, mais le bâti est bien plus ancien encore. Les d’Ansembourg (merci de prononcer d’Ansbourg) sont également les heureux propriétaires du château d’Amstenraedt (513), situé à quelque dix kilomètres de ce lieu.
 
Le lieu qui nous intéresse est en partie public, car les d’Ansembourg louent une zone de la ferme castrale aux fins d’un restaurant qui semble de belle qualité. Le site est remarquable, bordé de rangées d’arbres le long de la voirie qui monte vers deux autres châteaux quand on va vers le Sud. Par ailleurs, sur la route de Maestricht à Aix-la-Chapelle, on voit le magnifique château de Neubourg qui fut également, jadis, aux mains des comtes d’Ansembourg.
 
Mais revenons à Rivieren où un chemin de terre mène d’abord à un pont dormant de trois arches, qui donne accès à un large porche aux murs de guingois. Cela a beaucoup de charme. Le porche précède la basse-cour et les communs. Tout est entouré d’eau en ce site fort agreste. La ferme et les dépendances sont en U, érigées toutes en briques et pierre bleue, comme il est de tradition dans le monde mosan ancien.
 
Le château, pour sa part, affiche sa différence en étant posté sur une seconde île, plus élevée que la première. Et il n’arbore pas de briques, mais bien une pierre blanche de tuffeau. Un long pont muni de seulement deux arches y mène; il est piqué de deux piliers et de grilles d’époque XVIIIe.
 
La demeure seigneuriale se compose d’un seul corps de logis en longueur, piqué d’une tour circulaire engagée vers la basse-cour. Les pignons sont avantageusement crénelés et permettent de voir que la maison est fort mince; seulement deux travées y prennent place. En longueur, l’édifice aligne six à cinq travées selon le flanc. Elles sont régulières et remodelées au XVIIIe siècle sur la haute cour. Par contre, vers la voirie et, donc, l’Ouest, les baies sont plus minces, éparpillées presque, et généralement de configuration gothique, à croisées et en accolades. Notons que les encadrements des baies sont en pierre bleue, comme sur les dépendances. Le château ne se visite pas. La cour de la ferme vous attend, par contre, avec patience. Le site et le bien sont classés.
 
 
Les propriétaires
 
 
Ton Reijnaerdts a donné, en 2009, un aperçu de l’historique de ce site qui remonte au XIVe siècle. En effet, une maison a été fondée ici, comme dépendance du prieuré de Saint-Gerlach à Houthem, par la révérende mère Catherine de Rivieren. Nous avions donc un cloître pour origine, mais la dévotion ne dura guère, car, dès 1444, Guisbert Van der Vyeren en fit l’acquisition. A une date inconnue, on vit arriver Jean Van der Koesselaer dont la fille Mynten épousa Arnold de Printhagen, ce qui fit venir cette famille à Rivieren, mais pour une seule génération, car une de leur fille hérita et épousa son voisin Gérard Huyn (van) (d’)Amstenrade. Leur fils Gaspard fit ériger le château actuel, ce qui nous place vers 1580. Son fils Gérard le suivit comme châtelain. En 1663, il y eut un nouveau changement, puisqu’un sire d’Eynattend de Rivieren, famille bien connue chez nous, devint maître des lieux. Ils possédèrent également Terworm, à deux pas d’ici. En 1686, rebelote, on changea de maître, et ce fut à l’avantage de Jean-Albert de Schrieck. Le fils de ce dernier lui succéda et agrandit le château en érigeant les communs en U. Les d’Ansembourg, descendants du château d’Amstenraedt, sont propriétaires des lieux depuis près de deux cents ans, semble-t-il.
 
 
Ph.: Philippe Farcy

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