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02/04/2013

Caraïbes d’Afrique

La Libre, Momento, Escapade, São Tomé et Príncipe C’est le second plus petit pays d’Afrique après les Seychelles, mais, en comparaison de ces stars du tourisme chic, les îles de São Tomé et Príncipe font plutôt figure de terres oubliées. Pour peu, on croirait qu’il s’agit d’un pays imaginaire. Alors, imaginez…

Loin là-bas: Pierre Gilissen

PRENEZ DE LA JUNGLE ÉPAISSE et dispersez-la tout autour d’anciens volcans éteints. Saupoudrez de plages parfaites tout autour. Ajoutez une bonne dose d’architecture coloniale, des plantations un peu à l’abandon, une population des plus sympathiques et des airs de bout du monde. Le tableau se précise : assurément, on a bien fait de venir.
 
São Tomé et Príncipe, c’est une république indépendante et un petit archipel en plein golfe de Guinée, au large du Cameroun et du Gabon : une île principale, São Tomé, et une autre plus petite et surtout beaucoup moins peuplée, Príncipe. On est donc en Afrique centrale, pile sur l’équateur, et pourtant, les premières impressions évoquent plutôt une sorte de Cuba lusophone que le Congo. C’est que l’Histoire de ces îles est très américaine. Découvertes, dès 1470, par les Portugais qui y firent venir des esclaves du continent pour y planter du café et du cacao : après quelques générations, tout le monde s’était métissé, à la portugaise, et la notion d’ethnie n’a plus cours ici. Géologiquement aussi, c’est un monde à part qui n’a jamais été relié à l’Afrique. En attestent de nombreuses espèces endémiques de plantes, d’oiseaux ou de reptiles.
 
Mais toutes ces femmes et ces enfants au verbe haut – qui parcourent, dès l’aube, des pistes en terre rouge avec des charges invraisemblables sur la tête, et ces minibus neuf places où on s’entasse à quatorze ou quinze – rappellent qu’on est bel et bien en Afrique noire.
 
Le tout ne fait que 1 000 km2, mais le relief et, parfois aussi, l’état de certaines routes font qu’on ne se sent pas du tout dans un pays confetti. Et il y a largement ici de quoi remplir plusieurs semaines de vacances.
 
 
Tout voyage dans l’archipel commence par la capitale et seule ville d’importance, São Tomé. Un long front de mer, un des plus beaux ensembles de bâtiments coloniaux d’Afrique noire, un intéressant musée national, une fabrique de chocolat, un marché très coloré, voilà de quoi se mettre en jambes.
 
Ensuite, il y a les plantations ou roças. La plus grande, c’est la Roça Agostinho Neto, non loin de la capitale. Emouvante visite d’un lieu, dominé par les ruines de l’ancien hôpital, qui continue à fonctionner, comme beaucoup ici, au ralenti et dans la nostalgie d’un passé révolu. D’autres roças sont plus actives, comme la Monte Café, où l’on cultive toujours… le café, ou accueillent désormais les voyageurs, comme celles de São João ou de Micondo, mais impossible de ne pas être frappé par le nombre de ruines, datant du XIXe ou de la première moitié du XXe siècle et souvent envahies par la jungle.
 
Il y a aussi la jungle et les montagnes, justement, paradis des randonneurs et des amateurs de nature sauvage. Les forêts primaires de São Tomé sont considérées comme les secondes d’Afrique en termes d’intérêt biologique, et elles sont très faciles d’accès. A une heure de voiture de la capitale, plusieurs randonnées partent, par exemple, du jardin botanique Bom Sucesso ou de la Roça Bombaim. Guide local indispensable. Le sud-ouest de l’île est même totalement inhabité, plaine de jeux pour ornithologues et autres expéditions scientifiques.
 
Il y a, enfin, les superbes plages, notamment au niveau des pointes nord et sud. Et à proximité de celles du Sud (Porto Alegre), cette curiosité : se tenir pile sur l’équateur dans l’îlot de Rolas. Le passage de cette ligne imaginaire y est matérialisé par un monument en forme de planisphère.
 
 
Et puis, il y a l’autre île, Príncipe : un coup de cœur. Elle possède pratiquement tous les atouts de sa grande sœur, mais l’atmosphère de bout du monde y est encore bien plus forte. On se sent privilégié d’être là. En fait, rien que l’arrivée en petit bimoteur dans cette microsociété (6 000 habitants), pratiquement sans voitures, vaudrait presque le voyage. Au fond de sa baie, avec les montagnes toutes proches, Santo Antonio est la localité la plus charmante de l’archipel. Tout autour d’elle, on retrouve le même cocktail de plages (probablement les plus belles du pays), de plantations et de montagnes couvertes de végétation luxuriante, mais très vite, les routes goudronnées font place à des pistes, et la moto s’impose comme unique moyen de transport possible. Un paradis, en termes de dépaysement : lors de notre passage, il n’y avait probablement guère plus d’une demi-douzaine de touristes sur l’île.
 
 
Ph.: P. Gilissen

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