Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

16/04/2013

Un coin d’enfer pour paradis

La Libre, Momento, Vie de château, RuysbroeckLe château de Ruysbroeck est dénommé, dans la tradition locale, comme celui de l’Enfer (de Helle Kasteel). Drôle d’idée, d’autant que les lieux font naître enchantement, amour et joie de vivre.

Philippe Farcy


RUYSBROECK SUR LA SENNE, qui n’est pas celui situé sur le Ruppel, pas loin de Duffel, est tout proche d’Anderlecht, de Drogenbos, de Forest et du bas d’Uccle. Le château de cette semaine est inscrit presque à la limite sud du village, sur l’avenue Charles Gilson, et n’est pas trop dérangé par le bruit du ring qui court à moins de 500 mètres.

C’est un château d’époque et de style Louis XV français, bien différent toutefois de celui de Lennick-Saint-Quentin, vu la semaine passée, de par sa conception, car il n’est pas flanqué d’ailes de communs. Il en est également différent par ses toitures qui, ici, sont mansardées, alors qu’à Lennick, elles étaient bien plus simples, en bâtière, donc, avec deux versants.

Le château est posé sur une île qui le défend avec un charme remarquable foisonnant de végétation et de petits arbres divers quand le pourtour de la pièce d’eau et le parc sont piqués de nombreux arbres anciens. Nous sommes dans une zone très proche de Bruxelles, qui ne sera pas, en ce lieu précis, attaquée par la modernité, car le château est classé, tout comme le site, depuis le 3 février 1997. L’architecte qui n’est pas connu, sans doute s’agissait-il d’un maçon comme c’était souvent le cas, a utilisé de la pierre blanche pour monter ses murs. Cette sorte de tuffeaux est sommée par une épaisse et haute toiture en pavillon couverte d’ardoises. Quelques lucarnes y donnent lumière et animation.

La maison court de chaque côté sur six travées. Les arêtes des façades sont à refends. La demeure monte sur deux niveaux, sauf au Sud où, pour compenser le talutage du château, on a installé un vrai niveau au sein des cuisines. De là, on accède à une terrasse qui, en d’autres temps, a pu servir de plage. Vers l’Ouest, une grande véranda restaurée permet de déployer les activités de réceptions dont le château est devenu le très élégant abri.

On accède au château par la partie nord en traversant un pont dormant d’une arche menant à la cour d’honneur pavée. Devant le visiteur, se déploie la grande porte d’entrée à double vantail précédée de deux marches et joliment encadrée de pierre bleue à refends sous un arc surbaissé à clé.

La menuiserie y a sûrement perdu ses petits-bois rayonnants en imposte et dans les grands carreaux des vantaux. Au second niveau, cette entrée est surmontée par une porte-fenêtre, elle aussi ceinte de pierre bleue à refends. On y remarquera un joli garde-corps en fer forgé de style Louis XV. Dans le parc vers la chaussée, on trouve une ancienne chapelle devenue une résidence de gardiens.

Visites très souhaitées. Le château se loue pour des fêtes.

http://www.restauration-nouvelle.be/FR/


Propriétaires

Si le château semble dater des années 1730, la seigneurie de Ruysbroeck est évidemment plus ancienne. Dès le XIIIe siècle, on voit poindre par ici quelques failles illustres du Brabant, à commencer par les sires de Perwez signalés en 1210, les sires de Stalle en 1277, et les Aa dont Jean, cent ans plus tard. Nicolas de Swaef sera sire de ce lieu en 1393 avant d’être suivi par les Taye, célèbres seigneurs de Wemmel, arrivés ici en 1455. Par eux, arrivèrent les Witthem, question de se rapprocher de la Cour, mais aussi de Beersel. Charles de Witthem releva Ruysbroek en 1511. Ses descendants seront suivis par Charles de Lalaing en 1613, puis par Jean de Merode en 1657. Dans ce tournis de détenteurs, vinrent s’ajouter, en 1711, les comtes d’Yves, marquis de Bavay et barons d’Ostiche. Le premier fut Philippe-Antoine, issu de la deuxième branche des d’Yves, sires de Neufville et de Marguerite de la Hamaide. Son père Jean-Philippe, grand militaire, avait été gouverneur de Condé-sur-Escaut puis de Bruges. Notre Philippe-Antoine (1669-1732) fut le premier baron d’Ostiche. Il avait épousé une demoiselle d’Overschie, puis, tombé veuf, il se remaria avec Anne-Thérèse Vecquemans de la Vère, fille du bourgmestre d’Anvers. Cette seconde union donna Gaspar-Henri d’Yves, sire de Warelles, de grand et petit Roussy (pas localisés), de Rottebroeck, comme ses ancêtres et premier comte de Ruysbroeck depuis le 20 septembre 1732. Il épousa Anne van der Noot de Carloo dont la mère était une Oyenbrugge. Il mourut en 1749. Leur fils Ferdinand sera le second et, donc, dernier comte de Ruysbroeck. De son mariage avec une jeune fille de Bohême, ne vint qu’une enfant dont nous ne savons rien. Le domaine restera dans les mains des d’Yves jusqu’en 1859, quand eut lieu une vente publique. Le bien arriva au sieur Couteaux, puis, en 1863, aux Faudeur, en 1864, aux Misson, et, en 1873, au prince de Looz-Corswarem. En 1897, les princes vendirent le château au futur bourgmestre de Ruysbroeck, M. Baerdemaecker, et par lui, le domaine aux Reinhard qui cédèrent le bien, en 1985, aux actuels propriétaires.


Ph.: Restauration nouvelle

Les commentaires sont fermés.