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22/04/2013

Immersion totale

La Libre, Momento, Autoportrait, Christian Loiseau, Be TV, séries téléChristian Loiseau est directeur d’antenne de Be TV. Il est responsable des programmes de la chaîne, dont les séries télé.


CHRISTIAN LOISEAU EN 6 DATES

28 décembre 1961 : naissance à Uccle. Enfance et adolescence à Bruxelles et en périphérie au rythme – déjà – de l’écran cathodique, avec un père réalisateur et journaliste depuis 1963 à la seule chaîne de télévision belge de l’époque.
 
1986 : voyage de 6 mois en Asie entre l’Université et le service militaire. 10 kilos sur le dos, une seule paire de chaussures et des centaines d’heures de transport. Un rêve… parce que le cauchemar viendra après : à l’armée.
 
1987 : interview du frère du dictateur Ceausescu, alors Ministre de la Défense, sur l’épuration ethnique en Roumanie – la “systémisation” – et publication en page événement de… “La Libre”. Un déclic et le point de départ de douze années de journalisme, réalisation et production en télévision : des centaines de reportages – du news au 52 minutes – pour sept chaînes de télévision.
 
1997 : naissance de Maximilien, mon fils et… mariage 12 ans après ! Mes meilleurs compagnons de voyage.
 
1999 : directeur des Programmes de Canal + Belgique. Plus que le titre de directeur, c’est la responsabilité de tous les programmes d’une chaîne qui est “aspirationnelle” pour quelqu’un de télé.
 
2007 : Canal + est devenue BeTV trois ans plus tôt, et cette année voit la naissance de Be Séries, la première chaîne belge dédiée aux séries comme son nom l’indique.
 
 
UN EVENEMENT DE MA VIE
 
Un tournage de documentaire à Bombay, en Inde. Une immersion de plusieurs semaines dans l’univers de “Slumdog Millionaire”.
C’était en 1999, “Bombay Tiffin Express” a pour cadre les bidonvilles et les bureaux de la “middle class” indienne de cette mégapole tentaculaire de plus de 20 millions d’habitants.
A Bombay, tous les jours, ils sont 5 000 tiffinwallahs (livreurs de boîtes à déjeuner) à collecter 175 000 repas que des femmes ont préparés à la maison pour leur époux. Les tiffinwallahs livrent ensuite les plats cuisinés sur le lieu de travail avant midi. C’est un service unique au monde, l’inverse de la livraison à domicile. Toutes les boîtes – les Tiffin – sont identiques. Les livreurs sont illettrés et reconnaissent l’appartenance des boîtes grâce à des codes couleurs. Plusieurs millions de Tiffin sont livrées chaque mois, il n’y a pas d’erreur, il n’y a pas d’informatique, pas de “process”… Bluffant. Cette organisation unique au monde est née en 1860, lors de la construction du chemin de fer dans les banlieues de la ville.
Outre cette histoire fascinante, ce film nous a aussi ouvert les portes et les yeux sur la vie au quotidien en Inde, avec tous ses extrêmes. De l’existence précaire du personnage principal du documentaire – le tiffinwallah D.K.Chowdry – dans l’immense bidonville de Goreagon au nord de la ville aux familles Brahmanes (la plus haute caste de la religion hindoue) qui utilisent ses services, nous avons pu faire connaître un monde réellement à part. Pour nous…
 
 
UNE PHRASE
 
“Quelque part au-delà de l’arc-en-ciel, Là tout en haut, Il y a une contrée dont j’ai entendu parler un jour dans une berceuse. Quelque part au-delà de l’arc-en-ciel, Des oiseaux bleus volent, Et ces rêves dont tu as tellement rêvé deviennent vraiment la réalité. Un jour je ferai un vœu sous une étoile pour me réveiller là où les nuages sont loin derrière moi.”
Over the Rainbow de Edgar Harburg (dans Le Magicien d’Oz).
Chantée par Judy Garland dans “Le Magicien d’Oz”, cette chanson invite au rêve et à l’évasion. Et c’est évidemment mieux en anglais…
 
 
TROIS SERIES
 
 
“Little Britain”, David Williams & Matt Lucas – 2003 à 2006
A pleurer de rire. Une série trash comme seuls les British osent l’imaginer. Une accumulation de sketches absurdes à souhait où les personnages plus excentriques les uns que les autres sont joués par les deux mêmes acteurs : le travesti, l’homosexuel gallois ou encore l’adolescente vulgaire sont déjà entrés au Panthéon des personnages les plus désopilants des séries anglaises. Si “Little Britain” est aussi un portrait sans pitié de toutes les “sous-cultures” britanniques, elle est surtout la digne héritière des délires des Monty Python. A rattraper d’urgence en DVD.
 
“Homeland”, H.Gordon & A.Gansa – depuis 2011 aux US
Huit ans après sa disparition en Irak, un soldat américain réapparaît et est accueilli en héros par tous à son retour. Tous, sauf une agent de la CIA persuadée qu’il a été “retourné” et qu’il prépare le prochain attentat sur le sol américain…
Vous avez aimé “24 Heures” ? Vous allez adorer “Homeland”… qui réunit tous les ingrédients du suspense : l’angoisse de l’attente et du mystère, les mensonges, les trahisons et les rebondissements. Un degré d’intensité, de stress et de tension rarement atteint. Vivement la suite.
 
“Game of Thrones”, D.Benioff & D.B. Weiss – depuis 2011 aux US
Une grandiose série de Fantasy créée pour HBO sur base des romans de G. Martin. Un budget et une production pharaoniques.
L’histoire se déroule sur des continents fictifs. Plusieurs Maisons se contestent le Trône de Fer du Royaume des Sept Couronnes. Un monde imaginaire si bien écrit et décrit qu’il en devient crédible, un rendu visuel exceptionnel, des paysages et des décors hollywoodiens (dans le bon sens du terme) et une parfaite distribution d’acteurs : “Game of Thrones” nous délivre un blockbuster à chaque épisode. Impossible de s’en lasser, d’attendre, c’est la série la plus addictive.
 
 
TROIS FILMS
 
“Le Jour où la Terre s’arrêta”, Robert Wise – 1951
Sans doute le premier film de science-fiction moderne. Et aussi un des thèmes de mon mémoire à l’univ’ sur le cinéma américain des années cinquante et le Maccarthysme. Le seul ennui après un thème comme celui-là est que je ne peux plus regarder un film sans chercher une signification cachée !
Cela-dit, le film est très drôle. Et nous permet d’apprendre des langues exotiques : “Gort Klatuu Barada Nikto” est une authentique phrase extra-terrestre…
 
“Apocalypse Now”, FF.Coppola – 1979
La guerre du Vietnam a marqué ma génération : j’ai l’impression d’avoir grandi devant des images de jungle en feu.
“Apocalypse Now”, c’est l’histoire de tout un monde à la dérive – la guerre, la drogue, la décadence, la folie – une photo et une mise en scène exceptionnelles et un Marlon Brando en Colonel Kurtz sauvage, glauque, terrifiant, mais surtout fascinant.
 
 
“Drive”, NW Refn – 2011
Le meilleur thriller des dernières années, avec Ryan Gosling – cascadeur de jour et chauffeur de criminels la nuit – comme héros aux côtés de… Los Angeles, l’autre héroïne de ce film où même le silence est une action. Vous avez déjà vu une course-poursuite sans musique ? Ce film est une claque à déguster encore et encore. Inclassable et culte.
 
 
TROIS LIEUX
 
 
Hollywood
C’est un des privilèges du métier : chaque année au mois de mai, c’est la grande transhumance des responsables des programmes des chaînes de télévision du monde entier vers Hollywood. Les “Los Angeles Screenings” : une semaine pour visionner les pilotes de toutes les nouvelles séries – plusieurs dizaines – des studios américains. C’est ici que beaucoup de choix stratégiques sur les séries se font, sur base de la vision d’un seul épisode. Sous le soleil, dans un décor de film. What else ?
 
 
Les aéroports
Il n’y a rien de plus enivrant que d’entrer dans un aéroport et de prendre son billet d’avion directement au comptoir, comme si on prenait le bus. Une expérience vécue dans des coins insolites de la planète et qui donne une impression de liberté unique.
Les aéroports ne se résument pas à des installations qui permettent le décollage et l’atterrissage des avions : ils fourmillent de destins et d’émotions les plus diverses. Quand on y met un pied, on est déjà loin et on est aussi sans doute quelqu’un d’autre, sans le savoir. Personnellement, je suis en apesanteur dès que j’entends le “ding-dong” et les annonces se déverser avec cette voix si suave…
 
 
Le Japon
J’en ai toujours rêvé et, cette fois, j’y vais…
 
 
UNE DATE
 
9 novembre 1989
La chute du mur de Berlin, le “mur de la honte”. Plus que la fin d’un régime autoritaire, c’est la fin d’un monde, une époque. Beaucoup ont dit que le XXe siècle a pris fin ce jour-là. Ce jour-là justement…
Nous réalisions une émission hebdomadaire de sports mécaniques pour RTL/TVI avec Patrick Perret et nous avons immédiatement cherché un prétexte pour vivre cet événement historique sur place. Bon sang, mais c’est bien sûr : les “Trabant” ! Ces voitures est-allemandes d’une autre ère industrielle allaient pouvoir faire le mur. Nous fonçons donc dès le lendemain jusqu’à Berlin pour rejoindre notre cameraman, Alejandro, ex-réfugié chilien. Planté devant le mur depuis 24 heures, Alejandro filme la foule se déversant au travers des brèches, caméra vissée sur l’épaule droite, le poing gauche levé, les yeux en larmes, en hurlant : “Viva la Libertad !”.
Il y avait effectivement comme un parfum de révolution et de liberté attendue depuis une éternité.
Le reportage sur les Trabant sera moins mémorable que la révolution…
 
 
Ph.: Laure Geerts / CARAVANE

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