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23/04/2013

Dans le parc de Downton Abbey

La Libre, Momento, Dehors, Downton Abbey, jardin, exposition florale, AngleterreUne très belle série télévisée met en scène une famille de la haute société anglaise et ses domestiques. L’histoire débute en 1912 dans le cadre féerique d’une majestueuse demeure et de son parc…

So British: Marie Noëlle Cruysmans et Marie Pascale Vasseur


L NE FAUT PAS LONGTEMPS POUR que l’amateur de jardins retrouve des ambiances et des émotions ressenties lors de ses périples outre-Manche. La splendeur de la campagne anglaise, la vie des grands propriétaires terriens et de leur entourage sont brillamment portés à l’écran. C’est l’Angleterre de toujours et ses traditions. Paradoxalement, tout a changé, et pourtant… Héritage du passé, l’amour des plantes et des jardins est immuable. Profondément inscrit dans les gênes de la population. Nulle autre contrée n’offre aux visiteurs le spectacle d’autant de bonnes volontés prêtes à aider et à s’investir pour maintenir les grands domaines en état ainsi qu’à sauvegarder les paysages. Ce pays a su préserver son précieux patrimoine. Il fait aujourd’hui sa renommée.

Le sujet de “Downton Abbey” n’est certes pas le jardin, mais le spectateur jardinophile ne s’y trompe pas. Il y a dans tout cela un petit air familier. Non qu’à force de visiter de magnifiques endroits, il côtoie palais et gentry. Question d’atmosphère plutôt. Un épisode a pour cadre l’exposition de fleurs organisée par les notables du village non loin de la propriété. A l’époque, les foires horticoles rencontrent un grand succès. Dans tout le pays, la moindre bourgade a son concours. Les habitants viennent y présenter leurs plus belles fleurs ou leurs plus beaux légumes. Tous peuvent y participer. Bien sûr, il y a des prix à la clef. Dont le premier est objet de convoitise et de reconnaissance. Hélas, inéluctablement, il échoit à la Duchesse douairière. Non pour la compétence de son jardinier mais par égard pour son statut. Jusqu’au jour où… Suite à l’écran.

Cette tradition qui remonte au XIXe siècle perdure. L’exposition florale organisée depuis 1862 par la RHS, le fameux Chelsea Flower Show, au jardin de Kensington, est la plus importante au monde. Elle attire environ 160  000 visiteurs et mieux vaut programmer l’achat de ses tickets bien à temps. Les distraits n’ont aucune chance.

Ce désir de briller en horticulture nous ramène à l’omniprésence de l’art du jardin en Angleterre. Qu’il s’agisse du plus simple des cottages ou d’un parc éblouissant, la source d’inspiration chère au cœur du jardinier anglais est la nature. L’un comme l’autre doivent parfaitement s’intégrer au paysage. La trace de l’homme doit être minime en ce sens que le promeneur doit avoir l’impression que l’ensemble a toujours existé tel quel. Que le terrain n’a pas été aménagé et que les plantes y poussent le plus naturellement du monde. Les rigueurs géométriques à la française sont loin. Dans les grandes propriétés, le parc semble se dissoudre dans l’infini du paysage.

De sorte que, lorsque la caméra balaie le parc à l’anglaise qui entoure le château, l’œil plonge vers la campagne environnante. Impossible alors de ne pas songer au fameux ha-ha. Ce large fossé creusé en limite de propriété. Son nom rappelle l’exclamation causée par l’émerveillement devant la brusque découverte du paysage. Jusqu’alors barrières et murs étaient nécessaires pour tenir à distance les bestiaux et clôturer la propriété. Cette géniale invention permit d’ouvrir la vue. Dorénavant l’œil libéré de la contrainte des haies et des limites file vers la campagne sans plus rencontrer aucun obstacle. Une vraie petite révolution. Illustrée par cette phrase extraite de l’œuvre de J.Austen, Emma : “La vue était douce, douce au regard et douce à la pensée. La verdure était anglaise, le confort était anglais et le soleil brillait sur tout cela, franc sans être accablant”. So British.


Amusante coïncidence
Vita Sackeville-West est connue des jardiniers pour son merveilleux jardin de Sissinghurst. Cependant, avant d’être jardinière, elle fut une poétesse et une romancière célèbre. Son œuvre romanesque et poétique est presque exclusivement consacrée à la peinture d’une société aristocratique ébranlée par la Première Guerre mondiale. Un de ses romans, publié en 1930, “Au temps du Roi Edouard”, rencontre, à l’époque, un succès phénoménal. L’esprit en est étonnamment proche de la série télévisée qui nous occupe aujourd’hui. Vita Sackeville-West connaît parfaitement le monde qu’elle décrit et les bouleversements que la grande guerre y apporte. Le berceau familial de Vita se nomme Knole, c’est l’un des plus fastueux châteaux d’Angleterre, construit au XIVe dans le Kent. Sa splendeur n’a rien à envier à celui de “Downton Abbey”. Etant une femme, la loi anglaise l’empêche d’hériter de cette immense demeure et de ses domaines. Sa douleur est immense lorsque le tout passe aux mains de son oncle paternel. Elle s’installe alors à Long Barn qu’elle restaure avec Edwin Lutyens. Elle achète Sissinghurst quelques années plus tard.


Ph.: Reporters

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